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    Moyen-Orient

    Un jeune Saoudien tourne en dérision l'interdiction faite aux femmes de conduire

    media Hisham Fagui

    Un jeune humoriste saoudien est à l'origine d'un gros coup de buzz. Son clip parodie le tube de Bob Marley No Woman no cry. Adaptée, la chanson devient donc No Woman no drive. Hisham Fagui, âgé de 26 ans, a surtout voulu tourner en dérision l'interdiction faite aux femmes de conduire en Arabie Saoudite. La vidéo a déjà été vue par plus de 7 millions d’internautes sur You Tube depuis le 26 octobre dernier.

    Avec notre correspondante à Riyad, Clarence Rodriguez

    En introduction de son clip réalisé avec cinq amis, Hisham nous explique avec une bonne dose d’humour, comment lui est venue l’idée d’adapter la chanson de Bob Marley à la culture de son pays : «Je m’appelle Hisham Fagui.Je suis artiste et activiste, dans le domaine social. Je ne suis pas un professionnel de la musique, mais quand j'étudiais aux Etats-Unis, j 'ai entendu ce titre du chanteur jamaïcain.J’ai décidé d'en faire ma propre version, avec ma culture, sans instrument. et maintenant avec l 'aide de copains talentueux, je vais chanter».

    No woman no drive, en français Non femme, ne conduis pas, est interprété à capella, accompagné par ses amis qui sifflent.

    Hisham dit en substance «Je me rappelle l'époque où tu t'asseyais dans notre voiture familiale, mais sur la banquette arrière. Comme ça, tes ovaires étaient en sécurité et en bonne santé, et du coup tu peux faire des tas et des tas de bébés…

    Le jeune Saoudien n’hésite pas à fustiger le clergé, et fait notamment allusion aux récentes déclarations absurdes d'un imam saoudien assurant que la conduite nuit aux ovaires et, dans le cas des femmes enceintes, que la conduite provoque des «troubles cliniques» chez les enfants à naître. On se souvient que ces déclarations avaient enflammé la toile, début octobre.

    Il faut préciser que cette vidéo No Woman No drive n’a pas été postée sur You Tube n’importe quel jour. Hisham Fagui l’a postée samedi dernier, le 26 octobre, le jour où des militantes du mouvement oct26driving avaient décidé de braver l’interdiction de conduire. Suite aux pressions exercées par le ministère de l’Intérieur, la plupart d’entre elles ont eu peur. Elles ont évité la confrontation avec les autorités. Seules quelques irréductibles ont quand même conduit dans les rues de Riyad. Elles se sont filmées au volant et ont posté leur vidéo sur les réseaux sociaux.

    Ce jour-là, les journalistes, photographes ou autres cameramen n’étaient pas les bienvenus. Grâce aux réseaux sociaux, des millions d’internautes dans le monde ont pu découvrir en images ces militantes saoudiennes de noir vêtues au volant de la voiture de leur père ou de leur mari. Alors qu’il y a 23 ans, lorsque 47 Saoudiennes avaient osé prendre le volant, elles avaient été arrêtées. Aucun écho ni dans la presse ni sur internet.

    La fenêtre Internet

    Dans ce pays où les manifestations sont strictement interdites, on constate que ces dernières années les Saoudiens ou Saoudiennes utilisent de plus en plus souvent internet comme une fenêtre d’expression.

    Mardi dernier, Walid Aboulheir, militant des droits de l’homme saoudien a utilisé les réseaux sociaux pour annoncer la libération de Hamza Kashgari. Et non pas la presse locale. Hamza, blogueur saoudien vient de passer 20 mois en prison. Son crime ? Avoir tenu des propos jugés blasphématoires à l’égard du prophète Mahomet, sur Twitter. Il était alors passible de la peine de mort. C’était en février 2012.

    Que ce soit Hamza, Hisham ou ces femmes qui militent pour la conduite, ces Saoudiens ou Saoudiennes voient en Internet un outil de revendication efficace et productif. Lorsqu’il n’y a pas de censure !

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