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    Moyen-Orient

    Turquie: visite très symbolique - et politique - de Massoud Barzani

    media Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan (C) a accueilli le leader des Kurdes d'Irak, Massoud Barzani (G) lors d'une fête à laquelle participait également le poète et chanteur kurde Sivan Perwer (D), le 16 novembre 2013. Reuters

    Massoud Barzani a été reçu en grande pompe ce samedi 16 novembre à Diyarbakir, dans le sud-est – à majorité kurde – de la Turquie. Un moment historique, d’autant que le dirigeant de l’administration autonome du Kurdistan irakien était invité par le Premier ministre Tayyip Erdogan. Une rencontre qui doit aider à consolider un processus de paix avec la rébellion kurde paralysé depuis des mois, et aussi empreint de préoccupations électoralistes.

    Avec notre correspondant à Istanbul,Jérôme Bastion

    Beaucoup de symboles forts pour ce grand show qui restera certainement dans les mémoires, à commencer par la présence du premier et seul chef d’un quasi-Etat kurde, le voisin Massoud Barzani élu il y a dix ans déjà à la tête du Kurdistan irakien, et si longtemps honni par Ankara.

    Autre symbole, cette poignée de mains inédite, en sa mairie, avec le premier élu de Diyarbakir, Osman Baydemir, et l’embrassade avec la députée du parti pro-kurde BDP, Leyla Zana, récemment sortie de onze années de prison. Ou encore le retour du grand chanteur kurde Shiwan Perwer, persona non grata depuis 37 ans sur sa terre natale. Et enfin un concert en langue kurde du crooner Ibrahim Tatlises qui toute sa carrière a préféré dissimuler son identité kurde.

    A (RE)LIRE : Les Kurdes, un peuple, quatre territoires, quatre histoires

    Pour Recep Tayyip Erdogan, voilà de quoi, assurément, conquérir le cœur des électeurs de la région, à six mois d'élections municipales qui seront suivies, peu après, d’un scrutin présidentiel au suffrage universel direct. Mais certains, comme Ahmet Türk, l’autorité morale incontestée de l’opposition kurde, n’oublient pas le fiasco des récentes réformes démocratiques ignorant les revendications kurdes, et appellent à l’unité entre tous les Kurdes, comme Abdullah Öcalan, le PKK et le PYD de Syrie que la Turquie tente, avec le soutien de Barzani, de mettre hors course.


    ■ Décryptage avec Ahmet Insel, professeur à l’université de Galatasary à Istanbul et chroniqueur au quotidien turc Radikal.

    RFI : Diyarbakir, dans le sud-est de la Turquie est un lieu symbolique puisque la population y est à majorité kurde. Le gouvernement turc veut-il envoyer un message aux rebelles ?

    Ahmet Insel : Oui, en partie mais il faut reconnaître que l’organisation PKK – qui mène la lutte armée depuis 1984 contre l’Etat turc et l’armée turque – n’est pas très contente de cette visite parce que sur le Kurdistan irakien, mais encore plus sur le Kurdistan syrien, l’organisation PKK est en rivalité avec l’organisation de Massoud Barzani, le parti PDK. Et le Congrès national kurde qui aurait dû se tenir fin novembre, a été une deuxième fois repoussé à cause de cette mésentente entre les deux organisations.

    Donc Diyarbakir est un lieu symbolique pour la population kurde de la Turquie. C’est une étape importante pour la Turquie et pour Massoud Barzani, pour la reconnaissance de l’entité politique kurde au nord de l’Irak, en Kurdistan irakien, parce que jusqu’à très récemment, disons jusqu’à quelques années, la Turquie n’osait même pas prononcer le nom officiel de l’autorité régionale du Kurdistan en Irak. Alors qu’aujourd’hui, Massoud Barzani qui est le chef du gouvernement, est reçu avec les honneurs dignes d’un chef d’Etat régional.

    Les pourparlers de paix, comme vous l’avez dit, ont été suspendus. Les Kurdes accusent notamment les autorités turques de ne pas tenir leurs promesses de réforme. De quelles promesses parle-t-on exactement ?

    Du côté de la Turquie, on ne connaît pas la teneur des pourparlers qui sont menés avec Abdullah Öcalan, le chef du PKK, qui est en prison depuis 1999 en Turquie. Nous ne savons pas quelles sont les promesses faites par la Turquie. Pour ce qui est des revendications des Kurdes, du principal parti kurde qui est présent au Parlement, c’est le droit à l’enseignement à la langue maternelle dès l’école primaire, dans les écoles publiques de la région. Donc, un enseignement bilingue, la suppression de toute connotation ethnique dans la définition de la citoyenneté et la reconnaissance de la multiculturalité du peuple habitant en Turquie, et une décentralisation avec la création de régions disposant d’autonomie dans certaines branches des services publics. Sur ces questions-là il n’y a pas d’ouverture.

    Comment pensez-vous que la communauté kurde vit cette visite à grand spectacle de Massoud Barzani ?

    Disons que la communauté kurde est divisée en deux. Les Kurdes qui sont plutôt conservateurs, évidemment sont très contents. Les Kurdes qui sont plutôt modernistes, qui sont constitués autour du Parti kurde au Parlement, sont plutôt réservés. Mais bien entendu, personne n’ose, ne veut, s’opposer publiquement là-dessus. Il y a quelques grincements. On voit un peu cette opération comme une opération préélectorale du parti de Tayyip Erdogan avant les élections municipales du 31 mars 2014.

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