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    Réfugiés syriens en France: «J’espère un jour pouvoir rêver de Paris»

    media Comme chaque semaine depuis plusieurs mois, des réfugiés syriens et des francophones se retrouvent dans les locaux de l’Inalco. RFI/Matthieu Millecamps

    Près de trois ans après le début de la crise, un Syrien sur dix est un réfugié. Ils sont 2,2 millions au total, dont la majorité est en exil dans l’un des pays limitrophes : Turquie, Liban, Jordanie. D’autres tentent leur chance plus loin, notamment en France. Arrivés dès 2011, ou il y a seulement quelques jours, ils racontent leurs premiers pas sur le sol français. Des espoirs et des rêves plein la tête, mais aussi de l’angoisse et des cauchemars.

    Suite à un incident technique, cet article a été republié dans les mêmes termes ultérieurement à sa première date de publication

    Chaque réfugié syrien a une histoire. Un parcours unique, qu’il doit raconter dans les moindres détails pour obtenir l’asile en France. « L’une des choses les plus importantes, lorsque l’on demande l'asile, c’est le récit », insiste Nizar Touleimat, membre hyperactif de l’association Démocratie et entraide en Syrie. « Selon la manière dont on le rédige, on peut gagner deux semaines, ou plus. Il y a une façon d’écrire un récit d’asile, qui correspond aux attentes de l’Ofpra(*). Il faut être très précis sur les dates, les lieux, les circonstances. »

    Jasem a 27 ans, il est originaire de Jarablous, à la frontière turco-syrienne. Sourire gravé sur son visage juvénile, il raconte le récit qu’il a livré à l’Ofpra. Militant de la première heure pour la révolution, à l’université d’Alep, Jasem a été arrêté plusieurs fois. Il a connu l’humiliation et la torture dans les geôles syriennes. Un épisode qu’il raconte avec un détachement feint.

    Avant de quitter la Syrie, il « rêvait toutes les nuits » qu’il se faisait rattraper par les chabihas, les milices du régime. Son militantisme ne s’en est pas pour autant affaibli. En janvier, il travaille comme « fixeur » pour un journaliste français. Yves Debay est assassiné sous ses yeux le 17 janvier. Jasem décide de fuir. Il se rend d’abord à Ankara. Là, à l’ambassade de France, il raconte le drame dont il a été témoin. Six mois plus tard, il obtient son visa. « Si l’ambassade avait refusé, je serais parti clandestinement ».

    Jasem apprend le français, le sourire toujours aux lèvres. RFI/Matthieu Millecamps

    Treize nuits sur les bancs de l’aéroport

    Mais pour lui, le cauchemar se poursuit. « A l’ambassade, on m’a dit : "Vu ton histoire, en France, tu auras un logement, des aides” ». Mais, lorsqu’il débarque, seul, à Roissy le 27 juin, c’est l’enfer. « Personne à l’aéroport. Je n’avais même pas d’argent, rien. Je ne parlais pas un mot de français ».

    « J’étais furieux ». Durant treize jours, il dort sur les bancs de l’aéroport, avant qu’une association ne lui vienne en aide. Puis, il attend encore trois mois avant de toucher l’aide temporaire d’attente (*) et de décrocher une place dans un centre d’accueil de demandeurs d’asile (CADA). « Je touche 180 euros par mois. On sait que les demandeurs d’asile ne peuvent pas travailler. Avec ce que j’ai, ce n’est même pas possible d’acheter un pass Navigo », déplore-t-il, fort de sa collection d’une bonne dizaine d’amendes de la RATP. « J’ai la sensation qu’on nous pousse à voler, à mendier ou à travailler au noir. On nous pousse dans l’illégalité ».

    Alors, Jasem attend. Il attend d’obtenir son statut de réfugié, son inscription à la CMU. Il passe des heures à apprendre le français, pour s’intégrer, « pour vivre ici ».

    « Juste pour être ensemble »

    Un samedi après-midi, à Paris. Comme chaque semaine depuis plusieurs mois, des réfugiés syriens et des étudiants français se retrouvent dans les locaux de l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales). Jasem est là, lui aussi. Mais point de récit. Il s’agit d’aller de l’avant. Lieu d’échange linguistique avec quelques bénévoles francophones, la salle mise à leur disposition est aussi un lieu où l’on se retrouve. « Juste pour être ensemble ».

    L’ambiance est chaleureuse. Ici, on apprend aux débutants à se présenter. Là, on aborde les exceptions sur l’emploi du passé. De Damas, de Daraa, d’Alep, de la région kurde syrienne ou du camp palestinien de Yarmouk , ici, « on est tous Syriens ».

    → A (RE)LIRE : Réfugiés syriens en France: quels actes après les promesses ?

    « Avant, ils arrivaient en France pour fuir les troupes d’Assad. Aujourd’hui, c’est pour fuir une partie de l’opposition au régime, les jihadistes », raconte Lise Alchami, l’une des bénévoles. « Je suis venu par la mer. J’ai fui en Egypte, puis en Italie avant de rejoindre la France. Heureusement que j’ai un frère ici. Sinon je ne sais pas comment j’aurais pu survivre », confie timidement l’un des derniers arrivés dans l’Hexagone. Pour le moment, il n’a pas de papier. Les demandeurs d’asile syriens ont beau se trouver parmi les mieux lotis - la procédure d’asile ne dure que six mois là où elle prend jusqu’à deux ans pour ceux qui doivent faire un recours devant la Cour nationale d’asile - il sait que les démarches qui l’attendent vont prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

    Le décryptage d'un plan de métro parisien.... RFI/Matthieu Millecamps

    « Je n’ai pas choisi de venir en France, raconte un autre. J’aurais préféré aller en Angleterre, où c’est plus facile pour les papiers. C’est parce que j’ai obtenu un laissez-passer pour la France que je suis ici ».

    Baraa est l’un des fidèles de ces rendez-vous du samedi. Le français, il le parle plutôt bien, alors il donne un coup de main pendant les cours. Il est arrivé il y a deux ans. Diplômé d’architecture, Baraa a tout laissé en Syrie, jusqu’à sa famille.

    Il est d’abord passé par un logement en CADA, avant de sous-louer une chambre à Villejuif, dans la banlieue sud de Paris. Ses mains gelées par le froid roulant une énième cigarette, Baraa raconte qu’il est « soulagé » : il a obtenu une carte de séjour de 10 ans. Il se dit prêt à « accepter n’importe quel travail pour enfin faire autre chose que de rester enfermé toute la journée ». Le grand jeune homme maigre garde pourtant le sourire, comme les autres réfugiés.

    Sauf, peut-être, Bassam dont les nerfs lachent. Il désespère. Et s’il était expulsé ? Depuis son arrivée en France, ce jeune avocat vit avec sa femme et son bébé dans un logement minuscule. Il ne parvient pas à se dépétrer des problèmes administratifs qui l’innondent. Il craque. Il est persuadé que, sans l’aide des bénévoles, il serait à la rue.

    « Médiocrité de l’accueil »

    Bassem, qui lui aussi est avocat, est en France depuis longtemps. Il anime la page Facebook de Démocratie et entraide en Syrie destinée aux réfugiés. Il espère ainsi permettre à ses compatriotes demandeurs d’asile en France d’éviter les écueils qu’il a dû surmonter. C’est dans un petit appartement parisien, autour d’un café syrien très fort, et de quelques dattes, qu’il raconte son histoire. Il est arrivé d’Alep en août 2012, avec ses parents. « Je pensais que le régime tomberait rapidement, que nous allions repartir en Syrie. Mais il fallu se rendre à l’évidence... La révolution est loin d’être finie ».

    La prise de conscience passée, il entame les démarches, pour lui et ses parents. « Le premier rendez-vous [à la préfecture] s’est très mal passé. On a été traités comme des moins que rien, s’énerve-t-il. Le fonctionnaire s’est emporté contre mon père, un homme de 69 ans, lui disant qu’il ne comprenait rien…Personne ne parlait arabe, ni anglais. Heureusement, il y avait un bénévole qui nous a aidés ».

    ►A (RE)ECOUTER : Le numérique au secours des réfugiés syriens

    Bassem et ses parents parviennent à retirer un dossier de demande d’asile. « Ensuite, j’ai rédigé mon récit avec Nizar ». Maintenant qu’il a obtenu le statut de réfugié, Bassem n’est pas au bout de ses peines. En ce moment, il bataille pour constituer le dossier médical de son père. « En tant que juriste, déplore Bassem, je pense qu’en terme de droit, tout est très bon ici. Mais c’est dommage qu’un accompagnement des réfugiés aussi médiocre gâche tout ».

    Même lorsqu’ils ont surmonté nombre d’obstacles administratifs, les réfugiés et demandeurs d’asile syriens doivent encore se battre contre leurs angoisses de déracinés. C’est le cas de Jasem. « Je retournerai en Syrie. J’ai l’impression d’avoir abandonné mon pays. Je pensais que je pourrais me poser en France, que les problèmes allaient s’éloigner. Mais en fait, quitter son pays en guerre, ça ne permet pas de se reposer. Dans mes rêves, c’est toujours la Syrie. J’espère un jour pouvoir rêver de Paris ».


    ■ Le parcours des demandeurs d’asile

    En France, les réfugiés syriens sont près de 3 000, selon le ministère des Affaires étrangères. 1 500 d’entre-eux ont fait une demande d’asile, accordée à plus de neuf sur dix par l’Ofpra.

    Les Syriens arrivent en France légalement ou pas. Soit ils ont obtenu un visa auprès d’une ambassade ou d’un consulat dans le pays où ils avaient trouvé refuge après avoir fui la Syrie, soit ils empruntent les chemins d’exil meurtrier qui ont fait tant de morts au large de Lampedusa.

    A son arrivée en France, le demandeur d’asile doit d’abord obtenir une adresse (celle d’un parent, ami ou organisme). S’il est entré illégalement sur le territoire français, le migrant doit ensuite demander une « autorisation provisoire de séjour » à la préfecture. Un premier rendez-vous permet de présenter les pièces nécessaires, de remplir le dossier. Dans les 15 jours qui suivent un nouveau rendez-vous lui est fixé.

    Muni de son visa ou de cette autorisation provisoire de séjour, le demandeur d’asile doit ensuite déposer son dossier à l’Ofpra. L’office décide s’il accorde le statut de réfugié, la protection subsidiaire ou si la demande est rejetée. En cas de rejet - très rare dans le cas des Syriens - le débouté a la possibilité de présenter un recours devant la Cour nationale de demande d’asile (CNDA) dans le mois qui suit. La décision est envoyée dans les trois semaines suivant l’audience devant la Cour. La CNDA envoie sa décision dans les trois semaines qui suivent l’audience.

    (*) CADA : Centre d’accueil de demandeurs d’asile. En théorie, tout demandeur d’asile en France a droit à un logement. Le système est cependant congestionné, et nombre de demandeurs d’asile doivent se débrouiller seuls.

    ATA : Allocation temporaire d’attente. Elle est attribuée à tout demandeur d’asile en France. Elle est de 11 euros par jour, mais peut-être réévaluée en fonction de la situation de chaque demandeur (logement, charge de famille, etc.)

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