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    Moyen-Orient

    Syrie: la BD pour dévoiler les coulisses de l’ONU

    media Bachar el-Assad rase une ville syrienne, sous la plume du dessinateur Thierry Martin. La Revue dessinée/Thierry Martin

    Trois ans de guerre en Syrie, ce sont aussi trois ans de négociations aux Nations unies. Pour raconter les coulisses d’une diplomatie à la peine, le « reportage dessiné » offre un regard original et innovant. Plongée dans le huis clos d’une terrible partie d’échecs.

    « Condamner avec la plus grande fermeté. » Des violences « préoccupantes ». « Nous sommes préoccupés », « gravement préoccupés ». Faut-il agir « urgemment » ou encore « sans délai » ? De l’intense ping-pong sémantique que se livrent les diplomates lors de chaque négociation au sein des Nations unies, Karim Lebhour, correspondant de RFI à l’ONU, voulait raconter les coulisses et les enjeux.

    Pour montrer ce bras de fer diplomatique qui se joue majoritairement à huis clos, le journaliste manque de moyens : il n’y a ni témoin, ni photographe. C’est là qu’émerge l’idée d’un nouvel outil, qui convainc aujourd'hui de plus en plus de reporters : la BD. Grâce à La Revue dessinée, Karim Lebhour a pu retranscrire ce qui se trame dans les couloirs du Conseil de sécurité ou encore dans les bureaux des différents responsables des Nations unies.

    « Je suis à l’ONU depuis plus de trois ans, explique le journaliste. J’ai suivi toute la crise syrienne. Ce format [la BD, Ndlr] permet de revenir sur des faits et de raconter des choses que je ne peux pas toujours dire à la radio. » Pour Karim Lebhour, tout l’enjeu est d’expliquer les nuances et la complexité des négociations qui entourent la diplomatie onusienne. Plus que la situation de blocage, qui stigmatise le rôle des Nations unies dans le cadre de la guerre en Syrie, c’est la persévérance des diplomates qu’il veut mettre en avant. « L’ONU n’a la capacité d’agir sur un conflit que si les acteurs de celui-ci sont d’accord pour dialoguer », conclut-il.

    → A (RE)LIRE : Syrie, l'ONU demande « les moyens de faire son travail »

    Dessiner les faits

    Au crayon de ce « reportage dessiné », ce ne sont pas un, mais deux illustrateurs qui ont été mobilisés. James est un habitué du dessin d’actualité, qu’il traite à grands traits caricaturant et humoristiques. Thierry Martin est un pur produit de la bande dessinée, univers dans lequel il a été amené à traiter de sujets tantôt distrayants, tantôt très graves. Pour tous les deux, l’expérience est inédite.

    Leurs connaissances du conflit syrien ne sont pas aussi approfondies que celles de Karim Lebhour. Alors pour illustrer, il faut se documenter. Photographies des lieux, vidéos publiées sur internet ou encore portraits des personnages leur permettent de nourrir des regards plus personnels. « J’essaie d’attraper l’esprit » de la scène, confirme Thierry Martin. « A partir de cette matière première, nous avons réalisé un storyboard », explique James.

    Réalisme et allégories

    La première difficulté pour Karim Lebhour, c’est de « laisser vivre l’interprétation » des deux illustrateurs. Lui, il fournit les textes. Eux les mettent en images. Et là, chacun son style. James est chargé de représenter les négociations à l’ONU. Plume réaliste et tranchante. Thierry Martin s’occupe de la partie « terrain ». Dans un style plus humoristique, plus rond, il opte pour l’allégorie : un Bachar el-Assad immense piétinant une rébellion dépassée.

    « Au départ, nous avions une idée de théâtre de l’absurde », explique James. Le débat sémantique des diplomates, il l’illustre sous forme d’un échiquier. « Tous ces gens se connaissent et se fréquentent à l’extérieur, même s’ils sont ennemis », remarque-t-il pour décrire son interprétation de la situation, comparant l’ONU à un ring de boxe. Thierry Martin illustre de son côté l’improvisation de la rébellion : face au gigantisme du président syrien, elle lance des bombes improvisées avec une catapulte. « C’est symbolique, c’est un peu l’image de David contre Goliath, explique-t-il. On essaie de choisir des images qui vont illustrer sans être redondantes. » Tous les deux se disent touchés par la situation de la Syrie, ne pouvant que déplorer le manque d’intérêt général pour cette guerre, dont le décompte macabre des morts ne semble pouvoir infléchir le cours.

    La métaphore n’est qu’à moitié figurée : cette image des rebelles et de leur catapulte n’a pas été inventée... puisqu’elle est tirée d’une vidéo filmée par les insurgés eux-mêmes. « Toutes les anecdotes dans cette BD sont vraies », assure Karim Lebhour. Les réflexions, les images, les témoignages... « La bande dessinée est une manière simple et attractive de parler d’actu », explique le journaliste avant de conclure : « Ce serait beaucoup plus ennuyeux sous forme de livre ! »
     


    Syrie, le veto de l’ONU - Un reportage de Karim Lebhour, James et Thierry Martin. A découvrir dans le numéro 3 de La Revue dessinée, disponible dans toutes les bonnes librairies (225 pages, 15 euros. 3,59 euros pour la version numérique).

    → A (RE)ECOUTER : L'atelier des médias - Raconter le monde en BD, le pari de La Revue dessinée


    Journée spéciale sur RFI : La Syrie, 3 ans après. A l’occasion du 3ème anniversaire de la révolte syrienne, RFI propose une journée spéciale, ce vendredi 14 mars.

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