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    Asie-Pacifique

    Afghanistan: le sombre bilan d’Hamid Karzaï

    media Le président Hamid Karzaï, en visite officielle au Sri Lanka le 5 mars 2014. REUTERS/Dinuka Liyanawatte

    Nommé par la conférence de Bonn suite à la chute du régime des talibans en 2001, élu puis réélu dans des conditions contestées, le président afghan Hamid Karzaï passe la main. Des progrès essentiels ont été accomplis. Mais son successeur aura fort à faire. Hamid Karzaï laisse derrière lui un pays en guerre où les insurgés regagnent chaque jour un peu plus de terrain, une économie sous perfusion internationale et une corruption généralisée.

    Depuis la chute du régime taliban, l’Afghanistan a connu des avancées majeures dans deux domaines. Celui des institutions tout d’abord. Bien que balbutiantes, elles existent. En témoigne l’organisation de ce scrutin au suffrage universel. Un début de démocratie a vu le jour. Celui ensuite, plus visible, de la société. Des progrès considérables en matière d’éducation ont permis l’émergence d’une jeune génération très éduquée. L’accès à la santé, les médias, les infrastructures se sont développées. Les droits humains progressent, notamment ceux des femmes, à qui Hamid Karzaï a permis de prendre place dans la vie politique et économique.

    Tout cela a été possible grâce à la manne financière internationale qui s’est déversée sur le pays. Selon le chercheur de l’IRIS, Karim Pakzad, les Etats-Unis ont dépensé près de 700 milliards de dollars dans le pays, dont un tiers en investissements civils. Au regard de ces montants, le bilan n’est pas satisfaisant. « On en revient à la question de la corruption, qui touche le sommet de l’Etat. Des milliards de dollars ont été détournés en Afghanistan. Un état de fait reconnu par les observateurs intérieurs et par les Etats-Unis », explique-t-il.

    Cette corruption touche aussi bien les députés qui monnaient leurs votes au Parlement que les juges, ou les entreprises étrangères qui surfacturent systématiquement la moindre prestation. Les écoles auraient ainsi coûté plus du triple de leur prix normal. L’économie repose donc de façon artificielle sur cette aide occidentale, et le gouvernement n’a quasiment pas de ressources propres. Autre fléau : la culture du pavot. L’Afghanistan est en passe de devenir un narco-Etat. « Cet échec est largement partagé par la coalition internationale qui n’a pas su ou pu aider les paysans à reconvertir les cultures, en particulier dans la région frontalière du Pakistan, aux mains des talibans », explique l’ancien diplomate Omar Samad.

    La transformation politique reste inachevée

    Instaurer une bonne gouvernance dans un pays ravagé par la guerre n’était pas chose facile. Plaquer le modèle démocratique sur les structures traditionnelles du pays non plus. D’autant que la société afghane n’a jamais été organisée autour de partis politiques. Certains observateurs reprochent à Hamid Karzaï une vision à court terme des affaires politiques et des liens encombrants avec les chefs de tribus. Le président afghan est lui-même un chef traditionnel, issu de l’importante tribu pashtoune des Popalzai, rappelle Haroun Mir. Selon cet analyste afghan, Hamid Karzaï a marginalisé les institutions de l’Etat au profit des institutions traditionnelles : « Nous avons perdu une opportunité unique. Nous avions le soutien militaire, financier et diplomatique nécessaire pour transformer l’Afghanistan, et malheureusement cette transformation a été bloquée par Hamid Karzaï qui n’a pas permis aux institutions de l’Etat de fonctionner proprement ».

    Un fiasco sécuritaire

    Sur le plan sécuritaire, l’échec est complet. Balayés en 2001, les talibans frappent aujourd’hui jusqu'aux lieux les plus sécurisés de la capitale. A l’approche des élections, ils multiplient les attentats. De cet échec aussi, Hamid Karzaï partage la responsabilité avec la coalition internationale. Quelque 150 000 soldats de l'Otan et désormais plus de 300 000 hommes des forces afghanes n'ont pas réussi à stopper ces dernières années le retour des talibans. Le nombre de victimes civiles augmente. Peu de chiffres sont disponibles, mais pour la seule période de 2007 à 2012, les Nations unies comptabilisent plus de 14 500 morts.

    La détérioration des rapports entre le président afghan et Washington n’a pas arrangé la situation. Installé au pouvoir par l’administration de George W. Bush, Hamid Karzaï avait de très bonnes relations avec les républicains. En revanche, entre Barack Obama et lui, la méfiance a d’emblée prévalu. Le président Karzaï reproche notamment à la coalition de ne pas avoir su ou voulu faire pression sur le Pakistan qui abrite les réseaux arrière des talibans afghans. Il a tenté sans succès de faire venir ces derniers à la table des négociations, en cessant même de les considérer comme des terroristes, explique Karim Pakzad, qui ajoute : « Les talibans sont désormais les " frères mécontents " d’Hamid Karzaï, qui est allé jusqu’à demander aux Etats-Unis d’arrêter leurs opérations. Le président a même demandé aux forces armées afghanes de ne pas accompagner les forces étrangères si elles attaquaient des Afghans. Il est allé très loin, au point d’affirmer qu’en fait il n’y avait pas de terroristes en Afghanistan. »

    Les Américains n’ont guère apprécié ce revirement. Ils ont à leur tour fâché Hamid Karzaï en entreprenant de négocier directement, et seuls, avec les insurgés. L’épisode de l’ouverture d’une représentation talibane à Doha, au Qatar, et la querelle diplomatique qu’elle a suscitée a encore envenimé les relations entre Kaboul et Washington.

    L’embarrassant soutien occidental

    L’attitude frondeuse d’Hamid Karzaï vis-à-vis du créancier américain s’explique largement par son besoin d’attester de la souveraineté de son pouvoir. En fin de mandat, le président afghan a tout fait pour ne pas apparaître à titre personnel comme une marionnette des Américains. La question est d’autant plus sensible qu’elle remonte loin dans l’histoire du pays, explique Karim Pakzad. « Au XIXe siècle, lorsque les Britanniques envahissaient l’Afghanistan, ils mettaient en place un prince ou un roi. Ces gouvernants, ou une grande partie d’entre eux, sont considérés comme des traîtres par la population et par l’Histoire. Hamid Karzaï ne voulait pas laisser derrière lui une telle image. Il a donc pris une posture patriotique qui passait par une opposition à certaines décisions ou opérations militaires américaines ». Malheureusement, poursuit le chercheur, cette posture l’a conduit à refuser de signer avec Washington le traité bilatéral de sécurité. De cet accord dépend pourtant l’avenir du pays, estime le diplomate Omar Samad. Il est fondamental non seulement pour assurer la sécurité de la population mais également pour d’évidentes raisons économiques.

    Hamid Karzaï voulait rester dans l’histoire comme l’homme de la paix. Il a échoué. A son successeur reviendra la lourde tâche d’éviter l’éclatement du pays, et de préserver les acquis de ces 13 années de pouvoir, en assurant notamment la continuité du soutien financier international. Et ce, malgré le pessimisme affiché par de nombreux observateurs quant à l’éradication du terrorisme.

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