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    Moyen-Orient

    Irak : «Un soulèvement populaire local»

    media Des véhicules de l'armée irakienne en feu, à Mossoul, après la prise de la ville par EIIL. REUTERS/Stringer

    Pour la première fois, les insurgés sunnites se sont emparés de toute une province, celle de Ninive qui comprend Mossoul, la deuxième grande ville d'Irak. Une conquête attribuée à l'EIIL, l'Etat islamique en Irak et au Levant qui a aussi frappé plusieurs quartiers de Ramadi, chef lieu de la province d’al-Anbar. Mais pour Pierre-Jean Luizard, chercheur au CNRS, spécialiste de l'Irak, ce sont les tribus qui sont à l’origine de la déroute des autorités.

    RFI : Il y a quelques mois, l’EIIL avait déjà conquis Fallouja au nord de Bagdad avec ses nouvelles avancées. Qui compose aujourd’hui le mouvement ?

    Avant tout, je voudrais dire qu’il y a une sorte de fascination dans les médias pour ce groupe, l’EIIL qui est, lorsqu’on est sur le terrain, beaucoup plus un label, une franchise pour des forces qui effectivement comptent sur le terrain et en Irak. Ces forces, ce sont très massivement les tribus irakiennes qui retournent à leurs premières amours qui étaient al-Qaïda dans les années 2004 et 2005, suivant l’intervention américaine. Ce sont bien les tribus qui aujourd’hui font la différence et qui ont mis en déroute l’armée irakienne à Mossoul et dans toutes les provinces du nord. On imagine qu’un seul groupe ne peut pas avoir une telle puissance de feu, il s’agit bien d’un soulèvement populaire local qui correspond à l’échec de l’intégration des Arabes sunnites dans le jeu politique, comme l’ont illustré les dernières élections législatives du 30 avril 2014.

    Ça veut dire que ce succès s’explique avant tout par ce soulèvement des tribus sunnites ?

    Ce succès s’explique avant tout par l’échec de Nouri al-Maliki, le Premier ministre irakien, à intégrer les sunnites à un jeu politique dans lequel, d’ailleurs, ils n’auraient été qu’une minorité sans pouvoir et sans richesse. Donc, au-delà de l’échec de Nouri al-Maliki à apparaître comme l’homme fort de l’Irak, c’est bien l’échec du système politique que les Américains ont légué à l’Irak après leur départ, un système qui montre son échec sanglant jour après jour parce qu’il est basé sur une représentation communautaire, ethnique et confessionnelle.

    Ces zones prises, la province de Ninive, les avancées sur Al-Anbar, également sur Kirkouk ou Salaheddine, pourquoi est-ce important ?

    C’est important parce que, désormais on peut le dire, sur le terrain la partition de l’Irak est un fait accompli, il y a désormais une zone chiite, une zone kurde et une zone sunnite, ou très majoritairement sunnite, qui échappe au contrôle du gouvernement. La question qui se pose est celle de l’avenir puisque l’on sait qu’une séparation entre sunnites et chiites est impossible en Irak parce qu’ils participent de la même société, donc je crains que nous ne soyons partis pour une guerre de longue haleine et qu’en tout cas, le système politique en vigueur aujourd’hui en Irak ne soit menacé d’effondrement.

    Pensez-vous qu’un scénario à l’instar de l’Afghanistan dans les années 1990 est possible ?

    Je pense qu’effectivement un scénario de division durable de l’Irak est possible. Il faudrait, pour le conjurer, une révision de la Constitution et revenir sur ce fédéralisme qui était en fait un «cache-sexe» au pouvoir des communautés ethniques et confessionnelles, mais personne dans la classe politique iranienne aujourd’hui n’aura le courage de remettre un tel chantier en route. Donc, je crains que l’Irak ne soit parti dans la tourmente régionale, dans des affrontements confessionnels notamment qui ne vont pas s’arrêter demain.

    Justement, jusqu’ici les combattants kurdes étaient une poche à part, est-ce que selon vous ils vont rentrer dans la bataille ?

    Les Kurdes ne sont à part qu’en apparence parce qu’ils sont très vigilants à ne pas laisser gangrener, contaminer la région kurde qui vivait dans une relative sécurité par la guerre qui a lieu dans la partie arabe de l’Irak. Mais aujourd’hui, avec les centaines de milliers de réfugiés qui frappent à la porte du Kurdistan, le conflit va bel et bien rattraper le Kurdistan. Il faut rappeler que les dirigeants kurdes eux-mêmes sont visés par l’Etat islamique en Irak et au Levant et il y a eu des actes de terrorisme à Erbil et dans différentes villes kurdes, donc aujourd’hui c’est bien un conflit dont les dirigeants kurdes ne peuvent pas se sentir exemptés.

    Ce matin, Moqtada Sadr, le religieux chiite a appelé à la formation de brigades destinées à défendre les sites religieux, comment analysez-vous cet appel ?

    Alors cela se réfère à la première attaque contre une ville sainte chiite en 2005, la ville de Samarra qui renferme le tombeau de deux imams chiites extrêmement vénérés par la communauté chiite en Irak et au-delà des frontières de l’Irak, en Iran également. Et je pense que, de la même façon que Moqtada Sadr sans le dire participe à la guerre contre l’opposition syrienne en Syrie, il montre aujourd’hui, malgré son retrait officiel de la politique, qu’il n’en est rien et qu’il est bien partie prenante à la guerre confessionnelle qui a court. Il faut rappeler que les quartiers sabristes, notamment à Bagdad, ont été les premiers visés par le terrorisme anti-chiite, donc à l’initiative des salafistes et de l’Etat islamique en Irak et au Levant et que la base sabriste est extrêmement remontée contre ce terrorisme sunnite et qu’elle est prête à faire le coup de feu contre tout ce qui est sunnite également.

    Politiquement, vous le disiez, ces conquêtes marquent un peu plus le déclin de Nouri al-Maliki. Quel est l’état aujourd’hui de ses alliés et jusqu’où sont-ils prêts à aller ?

    Alors c’est bien la question. Nouri al-Maliki est arrivé en tête des élections, mais il n’a pas un nombre suffisant de voix lui permettant de gouverner seul. Il lui faut donc des alliances et le problème c’est que les alliances, aujourd’hui, on ne voit plus avec qui il pourrait s’allier. Les kurdes, on connaît les très mauvaises relations entre Bagdad et les dirigeants kurdes. La classe politique sunnite s’est complètement morcelée et a disparu et ça, ça joue un rôle extrêmement important dans le retour dans le giron des jihadistes des arabes sunnites d’Irak et Nouri al-Maliki n’a plus que la base confessionnelle chiite, dont il espérait justement s’émanciper pour apparaître comme l’homme fort. Donc, c’est un retour à la case départ et, hélas je le crains, les prémices d’un effondrement du système dont Nouri al-Maliki était le dernier avatar.

     

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