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    Moyen-Orient

    Hosham Dawod: «Le scénario syrien s’installe en Irak»

    media Une parade des volontaires qui ont rejoint l'armée irakienne pour combattre l'EIIL, à Basra, au sud-est de Bagdad, le 16 juin 2014. REUTERS/Essam Al-Sudani

    Les forces irakiennes affirmaient ces derniers jours contrer l’offensive jihadiste au nord de Bagdad. Mais ce mardi 17 juin au matin, c’est une ville stratégique qui est tombée : Tal Afar est passée sous le contrôle des insurgés sunnites de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). Tal Afar est tombée une semaine après la prise de Mossoul, première ville d’une série de prises par les jihadistes qui a provoqué une onde de choc au sein de la communauté internationale. Entretien avec Hosham Dawod, anthropologue au CNRS, basé en Irak.

    RFI : Tal Afar est située à 380 kilomètres au nord-ouest de Bagdad, sur la route de la frontière syrienne. En quoi cette ville est-elle stratégique ?

    Hosham Dawod : Pour deux raisons. Premièrement, parce que Tal Afar est la dernière ville de la province de Ninive. Donc, maintenant l’Etat islamique en Irak et au Levant contrôle la totalité de la province. Deuxièmement, parce qu’elle se trouve tout prêt de la frontière avec la Syrie. Par ailleurs, la majorité des habitants de cette ville sont des Turkmènes, et plus encore des musulmans de confession chiite. Si les radicaux et les salafistes excommunient les chiites, ils vont avoir affaire à cette majorité-là, et on peut craindre alors d’autres crimes à grande échelle. En termes événementiels, Tal Afar est la première ville à majorité chiite qui tombe aux mains des jihadistes de l’EIIL.

    Il est difficile pour l’instant de savoir exactement ce qui se passe sur le terrain. Avez-vous des relais, des gens dans les villes, on pense par exemple à Mossoul, à Tikrit, qui raconte ce qui se passe ?

    Depuis quelques jours une restriction frappe les réseaux sociaux, les téléphones, etc. Il est vrai que ces moyens de communication étaient utilisés également par les insurgés et par les jihadistes – comme par la population locale. Néanmoins des relais existent avec les habitants. On dit que la situation est sous le contrôle des jihadistes dans les villes que vous citez. On peut signaler aussi la présence d’autres groupes d’insurgés, affiliés pour la circonstance aux jihadistes, mais qui probablement ne partagent pas toutes leurs conceptions religieuses et politiques. Dans cette guerre l’usage des rumeurs est une arme redoutable. Les jours à venir nous apporterons des éléments supplémentaires qui permettront d’expliquer comment les insurgés ont utilisé de manière systématique les armes de propagande pour effrayer les soldats et officiers de l’armée irakienne. Pour Tal Afar, il y avait des rumeurs depuis deux jours que la ville était prise par l’EIIL puis reprise par l’armée, puis par les insurgés encore. Il semble que les djihadistes contrôlent désormais la majeure partie de la ville même si des combats se poursuivent tout autour. De nombreux habitants ont pris le chemin de l’exode : une partie de la minorité sunnite se dirige vers le nord-est, là où il y a une majorité sunnite, tandis que d’autres, chiites, se dirigent vers le sud à Sanjar, là où se trouve une majorité yézidie et kurde.

    Pour l’instant, on parle de centaines de milliers de personnes qui sont sur les routes.

    Ils sont des dizaines de milliers d’habitants de toute la province de Ninive. La plupart se dirigent vers la région du Kurdistan, un peu plus calme, mais d’autres essaient de trouver des abris pour se protéger. La crainte de la population pour les jours à venir, ce sont des combats probablement plus violents. Les réfugiés, sans doute plus que d’autres, essaient de se tenir au courant sur une éventuelle intervention américaine au côté de l’armée fédérale irakienne, sur une contre-attaque à la prise de Tal Afar de la part du gouvernement irakien. Vous imaginez bien qu’ils n’aimeraient se retrouver coincés entre les belligérants. Les jours à venir vont certainement être mouvementés dans la région.

    Vous parliez du Kurdistan. Ces derniers temps, les ambassades occidentales, américaines, par exemple, déplacent du personnel vers Erbil, la capitale du Kurdistan irakien. Est-ce que ça veut dire qu’aujourd’hui les Kurdes sont un rempart contre l’avancée des jihadistes ?

    Pour l’instant, la région est assez calme. C’est un rempart, mais je crois que tout le monde, et les Kurdes en premier, savent que la région ne peut pas être définitivement épargnée par les jihadistes. Aujourd’hui, l’adversaire principal de l’EIIL ce sont les chiites et le gouvernement de Nouri al-Maliki. Si demain les jihadistes s’aperçoivent sur le terrain qu’il n’y a pas de contre-attaque, qu’ils ne sont pas chassés, ils se retourneront certainement contre leurs voisins immédiats qui sont des Kurdes et avec lesquels ils ne s’entendent pas du tout, ni sur les modalités de gestion du sol, ni sur la question des frontières provinciales, ni des legs de l’histoire concernant la région, etc. Donc les Kurdes peuvent être épargnés aujourd’hui, mais je pense que c’est une illusion de croire qu’ils peuvent l’être durablement.

    Aujourd’hui l’envoyé spécial de l’ONU à Bagdad dit qu’il existe une véritable menace vitale pour l’Irak. Est-ce que c’est aussi votre sentiment ?

    Oui, c’est vrai. L'unité de l'Irak est aujourd’hui mise en question. Les deux communautés ont pris des distances l’une de l’autre. Au niveau politique il y a de l’animosité et de la rancœur, beaucoup plus que de l’entente. Et puis il y a l’ingérence des pays de la région. Le danger est le suivant : l’occupation de l’Irak en 2003 a segmenté non seulement la société irakienne, mais a aussi créé un clivage sectaire dans tout le Moyen-Orient, au point qu’on a qualifié cette dynamique d’« irakisation » de la région, y compris. Mais trois ans après le soulèvement syrien et l’installation quasi-définitive d’une multitude de groupes allant des opposants laïques et démocrates aux barbus d’Al-Qaïda, la Syrie est devenu l’épouvantail qui épouvantait en retour même l’Irak, qui n’a jamais été stable. Aujourd’hui on constate que c’est le scénario syrien qui risque de s’installer définitivement en Irak, et l’Irak de se syrianiser. Je rappelle que cette évolution menace non seulement l’Irak et son unité, mais tous les pays de la région.

    Qu’est-ce qui peut changer la donne, un geste de l’étranger ? La population est-elle contre ?

    Pour l’instant, bien que les sunnites aient été un peu passifs avec les jihadistes, qu’ils ont laissé faire en se remettant entre les mains du diable, ils savent que ce n’est pas l’EIIL qui constitue la réponse pour équilibrer le rapport avec Bagdad. Ce qu’il faut faire peut-être, c’est œuvrer pour un gouvernement d’union nationale avec un plus d’ouverture, de délégation de pouvoir à la région, une meilleure distribution des richesses, et un Etat qui représente toute la diversité irakienne. Il faut peut-être également appeler à une réunion des pays de la région avec un ordre du jour limitant voire interdisant les ingérences flagrantes dans les affaires intérieures de l’Irak. Puis revoir la présence de la communauté internationale : il était louable que le président Obama honore ses engagements électoraux de se retirer de l’Irak. Mais il aurait fallu le faire de façon à mieux garantir l’unité et la stabilité de l’Irak. Quand on voit dans quelle situation se trouve ce pays deux ans après, il est très difficile de croire que l’Irak peut continuer seul, sans une présence ou une aide internationale.

    A (RE) LIRE : En Irak et en Syrie: l’EIIL, une organisation très prospère

    Pour aller plus loin :

    La constante « tribu », variations arabo-musulmanes, Demopolis, Paris 2013, sous la direction d’Hosham Dawod et un numéro de la revue Diplomatie, exclusivement consacré à l’Irak, le numéro de février mars 2014, sous la direction d’Hosham Dawod et celle de Saïda Bedar.

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