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    Moyen-Orient

    L’armée irakienne gangrénée par les dépendances et les lacunes

    media Des soldats irakiens patrouillent à proximité de la ville de Falloujah, en mai 2014. REUTERS/Stringer

    L'effondrement de l'armée irakienne face à la progression des combattants de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EILL) est le résultat de nombreux dysfonctionnements. Des lacunes graves en matière de management, de logistique ou encore d'organisation n'ont pas aidé à renforcer une force de soldats peu motivés. Le tout dans un contexte de vassalisation au profit du Premier ministre.

    L’offensive des jihadistes en Irak, au début du mois de juin, a marqué les esprits tant par la capacité des combattants de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) à mener une opération d’envergure, que par l’incapacité de l’armée irakienne à lui tenir tête. Cette dernière a donné l’impression d’une immense débandade, abandonnant uniformes et armements aux mains des conquérants.

    → A (RE)LIRE : Spectaculaire offensive de l'EIIL

    Les combats entre ces deux camps durent pourtant depuis l'automne dernier. Les jihadistes d’EIIL ont multiplié les attaques et les attentats jusque dans la capitale irakienne, ramenant l’Irak au même niveau de violence qu’en 2005-2006. Ses contingents ont progressivement pris le contrôle de la ville de Falloujah et de toute une partie de la province de l’Anbar, avant cette dernière avancée massive qui a vu tomber toute une partie du pays dont les villes de Mossoul, Tikrit et Ramadi. Tant bien que mal, les militaires présents dans ces régions ont tenté de tenir tête à leurs ennemis, sans parvenir à limiter leur infiltration dans l’ensemble de ces territoires... jusqu'à la grande débandade de ces derniers jours.

    Malgré des effectifs de près de 300 000 hommes, la nouvelle armée irakienne, née en 2004 après l’invasion américaine, a très mal vécu le départ de ses alliés. Stéphane Taillat, chercheur aux Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan et auteur d’une thèse sur l’action militaire américaine en Irak, y voit le résultat d’un retrait rapide des Américains : « l’armée irakienne était trop dépendante des Etats-Unis. Lorsqu’ils sont partis, elle s’est retrouvée en proie aux luttes politiques. » Pour lui, si Washington s’était efforcé de mixer le corps des officiers, le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki s’est employé à partir de 2010 à purger celui-ci en favorisant la progression très rapide de chefs militaires chiites lui étant favorables... sans condition de compétences.

    « Est-ce que je veux mourir pour Maliki ? »

    Aux Etats-Unis, de nombreux militaires ont commencé à désigner le Premier ministre irakien comme responsable du délitement de l’armée. Derek Harvey, un ancien officier et fonctionnaire du renseignement militaire ayant servi dans ce pays, comprend que les soldats irakiens tournent casaque : « est-ce que je veux mourir pour Maliki ? », doivent se demander ces hommes humblement rémunérés. Oublié, l’effort de mixité d’il y a quelques années, les chefs sont désormais majoritairement chiites et proches du chef du gouvernement.

    Un soldat irakien contrôle un véhicule dans Bagdad le 11 juin 2014 à un barrage routier. REUTERS/Ahmed Saad

    Même sans cette vassalisation politique, Stéphane Taillat rappelle qu’en 2008-2009, les autorités militaires américaines ne croyaient déjà pas à la capacité de l’armée irakienne d’assurer sa mission seule avant l’horizon 2020. Un constat que rappellent certains officiers dans les médias anglo-saxons. Ainsi, Rick Brennan, devenu conseiller politique du Pentagone après sa carrière d’officier, dénonce un manque de capacités aériennes : « Il apparait que l’armée irakienne n’a aucun moyen de se protéger avec un appui aérien rapproché en cas de débordement, remarque-t-il. Au niveau d’une unité, lorsque l’on se fait frapper, on abandonne simplement son poste, sunnites comme chiites, à une échelle qui n’avait pas été anticipée, abandonnant probablement derrière eux des centaines de milliers de dollars d’équipement. » Même constat chez Michael D. Barbero, qui a longtemps servi sur ce théâtre d’opérations et qui ne voit chez les Irakiens qu’une « armée de checkpoint », incapable de se reposer sur un effort de renseignement et des capacités de contre-insurrection indispensables pour affronter les jihadistes.

    Le Premier ministre Nouri al-Maliki se voit aujourd’hui accusé d’avoir utilisé l’armée irakienne comme un outil au service de son propre pouvoir, ajoutant aux défaillances structurelles. Les divisions les plus opérationnelles et les plus éprouvées, notamment les forces spéciales, sont largement consacrées à sa propre protection, à celle de la capitale et à celle des installations pétrolifères. Dans les régions plus exposées, le long de la frontière avec la Syrie et autour des deux fleuves, le Tigre et l’Euphrate, ce sont ainsi des contingents plus légers qui se sont retrouvés face aux hommes de l’EIIL.

    Longue agonie d’une armée pleine de trous

    L'armée irakienne souffre cruellement d'un fort taux d'absentéisme et de désertion dans ses rangs, ainsi que d'un manque de délégation de la part des officiers supérieurs auprès de leurs subalternes. Le colonel Michel Goya, chercheur militaire et auteur de Irak, les armées du chaos (Economica, 2008), insiste aussi sur de graves déficiences logistiques. « Les unités irakiennes sont peu mobiles, explique-t-il. Elles dépendent des civils pour assurer leur ravitaillement, notamment en nourriture. Et les civils, eux, ne bougent pas. »

    Pour lui, les forces déployées dans le nord et l’ouest du pays sont fatiguées par les combats qui se multiplient depuis plusieurs mois. « Ils ont essayé de défendre l’Euphrate, sans vraie efficacité militaire, souligne-t-il. A Falloujah, ils n’ont même pas osé. Et la prise de Falloujah a certainement stimulé les rebelles. » Malgré quelques combats dans l'Anbar et à Ramadi, les Irakiens sont largement dépassés. Tout juste tiennent-ils quelques quartiers de Ramadi.

    Certains espoirs continuent de reposer sur les peshmergas, au Nord, qui alignent quelque 200 000 combattants considérés comme l’une des forces les plus solides en Irak. Là aussi, maigres sont les chances de voir basculer le rapport de force pour le colonel Goya qui remarque chez les combattants kurdes la même limite : une capacité de manœuvre très limitée. Si ponctuellement, l’alliance de l’armée, des peshmergas et des autres milices peut permettre de libérer une ville ou un quartier, la sécurisation de tous les territoires sous influence de l’EIIL demande des moyens dont Bagdad ne dispose pas : renseignement, frappes aériennes, coordination, soutien logistique… « D’un point de vue militaire, la situation n’est pas près de se débloquer, conclut-il. Les Américains avaient, eux, engagé un tiers de leurs capacités terrestres en Irak… et ils ne sont jamais arrivés à sécuriser l’ensemble du territoire. »

    → A (RE)LIRE : Le scénario syrien s'installe en Irak

    Des volontaires rejoignent les forces de sécurité le 17 juin, à Bagdad, pour combattre l'EIIL. REUTERS/Ahmed Malik

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