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    Jean-Pierre Filiu: «En Europe, nous sommes aux portes des jihadistes»

    media Un membre de l'Etat islamique brandit un drapeau du groupe jihadiste à Racca (Syrie) après l'annonce de la création d'un «califat islamique», le 29 juin 2014. REUTERS/Stringer

    L’assassinat du journaliste américain James Foley par les jihadistes de l’Etat islamique font la Une de tous les journaux ce jeudi matin. La vidéo diffusée sur internet a suscité l’indignation des dirigeants occidentaux, Barack Obama en tête. Ce dernier s’est dit horrifié et affirme qu’il continuera à lutter contre « le cancer que représente le terrorisme de la haine ». Jean-Pierre Filiu*, professeur des universités à Sciences Po, spécialiste de la Syrie et du jihadisme répond aux questions d'Anne Verdaguer.

    RFI : Cette vidéo, tout d’abord, terrible, n’est pas sans rappeler l’assassinat d’un autre journaliste, Daniel Pearl. C’était au Pakistan en 2002, l’Amérique était alors à l’époque en pleine guerre contre ce qu’elle avait appelé « l’axe du mal ». Est-ce une même configuration aujourd’hui pour les Etats-Unis ?

    Jean-Pierre Filiu : C’est surtout malheureusement une tragédie absolument prévisible. S’il faut trouver un précédent, il faut plutôt aller le chercher et tout cela est atroce, dans l’exécution qui avait été elle aussi filmée d’un ressortissant américain, Nicholas Berg, en 2004 en Irak par Abou Moussab al-Zarkaoui, le chef à l’époque d'al-Qaïda en Irak qui est littéralement le mentor, le maître à penser, décédé en 2006, de l’actuel chef de l’Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi. Donc on a une vraie continuité et il est évident qu’au cours de ces dernières semaines où l’Etat islamique accumulait littéralement des otages étrangers, c’était dans la perspective de ces mises en scène tragiques. Et on ne peut que se réjouir que nos quatre compatriotes aient pu être libérés en avril dernier grâce aux autorités françaises car sinon, ils auraient sans doute été la cible d’une barbarie aussi débridée.

    Est-ce que l’Etat islamique représente aujourd’hui un danger plus grand qu’al-Qaïda au temps de sa grandeur ?

    Je suis désolé d’avoir aussi longtemps prêché dans le désert parce que ça fait des mois et des mois que je mets en garde contre une menace bien plus importante, mais nous fonctionnons malheureusement par analogie. Nous sommes incapables d’envisager quelque chose que nous ne connaissons pas encore. Vous faites là encore une comparaison avec ben Laden et al-Qaïda. Le monstre jihadiste, qui aujourd’hui contrôle un tiers du territoire irakien et un tiers du territoire syrien, est infiniment plus dangereux que ne l’a jamais été al-Qaïda.

    Pour quelles raisons ?

    Il dispose d’un trésor de guerre qui lui permet de mener, par exemple, un millier d’attentats du 11-Septembre.

    C’est une stratégie de la terreur, de la barbarie qui caractérise aujourd’hui cet Etat islamique ?

    C’est en tout cas une stratégie très efficace, vu que vous l’avez dit vous-même, le monde entier fait sa Une contre cet assassinat alors que l’on a des populations entières qui sont soumises à cette barbarie et à cette terreur, des populations qu’on a abandonnées. Aujourd’hui il y a une ville qui résiste contre l’Etat islamique, qui avait réussi à l’expulser, qui aujourd’hui est de nouveau encerclée, c’est Alep où je me trouvais l’an dernier à la même époque. Et que fait-on pour Alep ? Qu’a-t-on fait pour aider ces résistants syriens qui se battent avec presque rien contre le monstre jihadiste, et qui au fond, se battent pour nous ? Rien.

    Aujourd’hui c’est le premier anniversaire du carnage chimique sur Damas. Qu’avons-nous fait après cette barbarie ? Rien. Donc on a dit à l’époque, il ne faut rien faire parce que ça pourrait aider les jihadistes. Et bien aujourd’hui on a les dictateurs et les jihadistes. Et ces jihadistes, je suis désolé de l’affirmer de la manière la plus catégorique, ils vont bientôt frapper, si on n’y prend garde, sur le continent européen.

    Est-ce que vous pensez que c’est ça la préoccupation aujourd’hui des Etats-Unis, le retour des jihadistes ? Est-ce que l’on craint un nouveau 11-Septembre en quelque sorte ?

    Mais les Etats-Unis n’ont absolument pas cette préoccupation vu que les jihadistes ne retourneront pas aux Etats-Unis ! En revanche, ils retourneront en Europe. Et en Europe, nous sommes littéralement à leur porte. La Turquie est une passoire par laquelle ils rentrent et sortent du territoire qui est aujourd’hui un « Jihadistan ». Et nous avons d’ores et déjà avec Mehdi Nemmouche, dans la tuerie du musée juif de Bruxelles, eu un avertissement tragique. Un certain nombre de mesures ont été prises. Elles étaient bienvenues mais elles sont tout à fait insuffisantes. Le monstre jihadiste, il est là-bas.

    Il y a des mesures militaires à prendre, mais il n’y a pas que [cela]. Il faut avant tout aider les derniers bastions de résistance qui tiennent encore. Je pense à Alep et à la révolution syrienne qui, une fois de plus, va sombrer dans l’indifférence générale car on a les yeux concentrés sur l’Irak alors que le malheureux James Foley, c’est en Syrie qu’il a été kidnappé, même si c’est peut-être ailleurs qu’il a été assassiné.

    Vous pensez qu’il faut engager des troupes au sol aujourd’hui ?

    Absolument pas, mais le problème, c’est que plus on a attendu, plus on a laissé ce monstre se développer et plus les réponses seront difficiles, ardues, maladroites et peu adaptées. Si on avait réagi un an plus tôt, par exemple après les bombardements chimiques de Damas - et c’est Obama qui a empêché cette frappe -, on aurait sans doute eu une plus grande efficacité.

    Il y a des gens sur place qui se battent et qui en tout cas en Syrie, ont montré qu’ils pouvaient repousser les jihadistes. Ces gens-là n’ont aucun soutien de notre part et il serait temps en effet de se réveiller avant que le monstre jihadiste ne se rappelle à nous, beaucoup plus près de nous que sur nos écrans de télé.


    * Jean-Pierre Filiu est l’auteur du livre Je vous écris d’Alep - au cœur de la Syrie en révolution, aux éditions Denoël (octobre 2013).

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