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    Moyen-Orient

    En Irak, le califat détruit le patrimoine de la Mésopotamie

    media La tombe du prophète Jonas à Mossoul, haut lieu de pèlerinage musulman, avant sa destruction par les combattants de l'Etat islamique. Jane Sweeney/Getty Image

    Bagdad, Mossoul, Erbil font les titres de l'actualité pour les combats qui y font rage, pour les populations qui manquent de tout mais aussi pour la destruction systématique du patrimoine culturel de l'Irak, ancienne Mésopotamie. L'Etat islamique (EI) détruit les bâtiments ou monuments - y compris musulmans - qui ne sont pas conformes à l'idée qu'ils se font du monde.

    Les guerres n'épargnent évidemment pas les sites classés et les monuments. Mais ce qui se passe en Irak actuellement est d'une autre nature. Les jihadistes de l'Etat islamique (EI) qui entendent imposer un ordre nouveau ciblent systématiquement les symboles du creuset culturel qu'a constitué l'ancienne Mésopotamie où ont vécu pendant des millénaires des Assyriens, des Babyloniens, des Perses, chaque royaume régnant sur des peuples variés. L'EI n'entend pas régner sur une mosaïque de communautés aux symboles et croyances diverses, il prône l'éradication, la destruction pour la destruction des symboles culturels qui ne lui conviennent pas. Alex Plathe, directeur du bureau de l'Unesco pour l'Irak parle d’« une idée folle de purification d’une région et de ses symboles qui font sa richesse. Il y a une volonté de prise de pouvoir totale pas seulement sur les territoires mais aussi sur l’identité culturelle des peuples ».

    Une stratégie de la table rase

    Il est difficile de faire un état des lieux. En Irak, les sites situés sur des lignes de front ne sont pas accessibles. Véronique Grandpierre, historienne, spécialiste de la Mésopotamie, une région historiquement riche en conflits, constate toutefois un mode opératoire des jihadistes extrêmement destructeur : « Des monuments sont détruits pour ce qu’ils sont, par exemple des monuments chiites comme la mosquée qui s’élevait sur le tombeau du prophète Jonas. Pourquoi est ce qu’un Etat musulman détruit une mosquée ? Parce qu'à cet endroit les prières des fidèles pourraient s’adresser au prophète et à Dieu or les jihadistes considèrent que toutes les prières doivent être dirigées vers Dieu et tout ce qui n’est pas Dieu n’est pas conforme à la façon dont on doit interpréter la religion. C’est une question de pratique, ce n’est plus une question de religion. C’est une interprétation de la religion musulmane sunnite qui est particulière à l’Etat islamique ».

    Un mode opératoire déjà vu

    La destruction ciblée des monuments symboliques et culturels a déjà été vue dans d'autres régions, comme le rappelle Alex Plathe, le directeur du bureau de l'Unesco pour l'Irak. « En 2001 en Aghanistan les talibans avaient pilonné les bouddhas de Bamiyan », des sculptures monumentales taillées dans la falaise, vieilles de quinze siècles, symboles selon eux d'une religion dégénérée. Plus récemment ce sont les célèbres manuscrits de Tombouctou qui avaient été détruits au Mali. « C’est plus une volonté de détruire la diversité culturelle que de faire de l’argent par la revente d’objets ».

    Le problème avec l'Etat islamique c'est que tout art est dégénéré. Malgré les risques, les populations arrivent parfois à protéger certains sites. « Une chaîne humaine s’est formée autour du minaret de Mossoul qui a la particularité d’être incliné, un peu comme la tour de Pise » explique Véronique Grandpierre. « Il date du XIIe siècle et ne sert plus car on ne peut plus y monter. C’est pour cela qu’il était visé parce qu’il ne sert plus à prier Dieu et parce qu’il est l’image de la ville de Mossoul. La mosquée qui s’élevait sur la tombe de Jonas a, elle, été détruite ». Jonas, prophète pour les musulmans fait aussi partie de la tradition juive et de l’Ancien testament chrétien.

    Moins de pillages, plus de destructions

    En général les conflits entraînent pillages et commerce illicite d'oeuvres d'art. C'est moins le cas en Irak que lors des précédents conflits même si le trafic existe. On assiste à des destructions pures et simples du patrimoine contre lesquels il est plus difficile de mettre en oeuvre des gardes fou. Ces destructions sont aussi une façon de rendre plus difficiles la réconciliation et la réinstallation des communautés d'origine qui lorsqu'elles ont été chassées reviennent moins volontiers sur place quand elles ont perdu leurs lieux traditionnels de culte et tout ce qui faisait sens historiquement à leur implantation dans la région.

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