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    Moyen-Orient

    «Il va falloir proposer ou accepter de coopérer» avec el-Assad

    media Des jihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant, dans une vidéo de propagande datée du 8 juin 2014. AFP PHOTO / HO / ISIL

    En Syrie, l’EI a repris le dernier bastion de l’armée de l’aéroport de Tabqa en Irak. Le ministre des Affaires étrangères a lancé un appel à l’aide à la communauté internationale. Plusieurs ministres arabes des Affaires étrangères se sont retrouvés lundi 24 août à Jeddah. L’objectif : adopter une position commune sur la lutte contre l’EI et sur le conflit qui mine la Syrie. Les Etats-Unis poursuivent leur frappe dans le nord de l’Irak. Et pour la première fois depuis l’offensive des jihadistes, la Maison-Blanche se demande s’il ne faudrait pas envoyer des troupes au sol. Frédéric Pichon est docteur en histoire contemporaine, spécialiste de la Syrie et auteur du livre Syrie – Pourquoi l’Occident s’est trompé paru en mai dernier, aux éditions du Rocher.

    RFI : L’aéroport de Tabqa en Syrie est le dernier bastion qui était tenu par l’armée de Bachar el-Assad et ce bastion est tombé aux mains de l’Etat islamique. Est-ce un tournant dans cette offensive qui assoie la suprématie de l’Etat islamique en Syrie ?

    Frédéric Pichon : Je crois effectivement qu’il s’agit d’un tournant. Il faut rester prudent parce que visiblement l’armée syrienne se serait retirée préventivement et pourrait passer à la contre-offensive dans les jours qui viennent. Mais si cela devait se confirmer en l’état, c’est un tournant parce que la route d’Alep est ouverte. Il y a déjà des éléments de l’Etat islamique proche d’Alep et ils pourraient opérer une jonction à partir du nord d’Alep, c'est-à-dire le long de la frontière turque. Le danger serait alors qu’Alep tombe, comme Mossoul.

    Revenons sur les moyens dont dispose l’état islamique. On parle de milliards de dollars. D’où provient cet argent ? Est-ce qu’ils ont vraiment les moyens de riposter par exemple à une attaque américaine ?

    En ce qui concerne l’argent, en août 2014, l’Etat islamique est une affaire qui tourne, c'est-à-dire qu’elle a sa propre autonomie financière du fait qu’elle a instauré un système de taxes, de douane, de racket aussi et puis de trafic de pétrole, de blé…

    Il a aussi mis la main sur une partie de la Banque centrale irakienne. Par le passé, elle a été financée par des donateurs dont l’argent a emprunté des circuits plus ou moins officiels dans certains pays du Golfe qui commencent d’ailleurs à s’en mordre les doigts.

    En ce qui concerne les rançons, 4 ou 5 millions de dollars qui tombent aux mains des islamistes, ce n’est pas grand-chose part rapport à l’importance de leur capacité militaire. Il y a eu une centaine de frappes américaines en Irak, mais il y en a aussi eu en Syrie et ça ne suffit pas !

    C'est-à-dire qu’à un moment donné si vous n’engagez pas des troupes au sol, vous ne pouvez pas venir à bout de combattants. En plus, il faut bien préciser que les combattants ont un moral d’acier. L’aéroport militaire de Tabqa qui vient d’être pris, a été pris après dix attentats suicides successifs. C'est-à-dire qu’ils ont lancé dix kamikazes dans la bataille. Face à ce genre de motivation, je ne vois pas ce que, ni les Américains, ni la Syrie, ne peuvent vraiment faire.

    Bachar el-Assad qui était persona non grata il y a encore un an, l’ennemi à abattre, va-t-il pas devenir incontournable pour lutter contre les islamistes de I’EI ?

    Je l’ai toujours cru et je l’ai toujours dit. Je l’ai dit d’ailleurs dans mon dernier livre terminé en mai, on va voir d’ici la fin de l’année 2014 des choses étonnantes, notamment, les Etats-Unis coopérer avec l’Iran en sous-main et même être obligés de se rapprocher de Bachar el-Assad face au danger créé par l’instabilité et le chaos depuis la Révolution syrienne. Donc, oui effectivement, ça va en faire grincer certains mais il va falloir aller proposer ou en tout cas accepter de coopérer.

    D’ailleurs actuellement le régime syrien est plutôt en demande. Le cri de Walid al-Mouallem ce matin disant : « on veut bien coopérer contre le terrorisme », signifie en fait : « Venez nous aider. Sans cela, Alep tombera et vous aurez aux portes de l’Europe. » Alep est à 1h30 de la frontière turque et pourrait devenir un « jihadistan » extrêmement dangereux.

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