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    Moyen-Orient

    La lutte contre les finances de l'Etat islamique, une guerre longue

    media Un membre de l'EIIL, avant qu'il ne devienne EI, brandit un drapeau du groupe jihadiste à Racca en Syrie, le 29 juin 2014. REUTERS/Stringer

    L'Etat islamique est devenu le groupe terroriste le plus puissant au monde. Alors que la communauté internationale s'entend pour condamner ce mouvement, chacun cherche comment lui nuire. Le porte-monnaie, assurent certains responsables politiques. Reste à voir si l'on peut neutraliser les finances des jihadistes...

    « Il faut prendre des dispositions pour […] couper tous les financements possibles. » Dans un entretien sur RMC/BFM TV, le ministre des Affaires étrangères affirmait la volonté de la France de combattre l’Etat islamique (EI) au portefeuille. « Les Nations unies, à la demande de la France, ont pris une résolution qui met hors la loi tous ceux qui financeraient directement ou indirectement l’Etat islamique », se félicitait alors Laurent Fabius, en référence à la résolution adoptée par le Conseil de sécurité le 15 août dernier.

    Après de nombreux mois de progression, tant sur le terrain qu’en matière d’influence, l’Etat islamique a su se construire une stature jamais égalée dans l’histoire du terrorisme. La prise de sept champs pétrolifères en Irak, le pillage de toute une partie de ce pays - notamment de la banque centrale de Mossoul - ainsi que les aides en provenance de pays étrangers, ont fait de l’EI une organisation extrêmement puissante. Les spécialistes multiplient les hypothèses sur les moyens financiers et les revenus des jihadistes, annonçant tout et son contraire, mais sont unanimes quant à l'échelle, jamais égalée.

    Un pétrole incontrôlable

    L’exploitation de plusieurs sites pétroliers en Irak, sous contrôle de l’EI, a fait couler beaucoup d’encre. L’Agence internationale de l’énergie a été jusqu’à évoquer le chiffre de 8 millions de dollars par jour. Une hypothèse trop élevée, selon Francis Perrin, directeur de Pétroles et gaz arabes, qui reproche à l’institution d’avoir fait son calcul en prenant comme base le tarif conventionnel du baril de pétrole. Vendu sur le marché noir, ce pétrole tournerait plus probablement autour de 10 à 22 dollars le baril, pour un revenu quotidien potentiel de 1,5 à 3 millions de dollars.

    « Au regard d’un Etat pétrolier, note Francis Perrin, cela fait peu. Mais pour un groupe terroriste, c’est important. » Contrôler ce revenu, qui est le principal pour l'EI, est de plus particulièrement compliqué : les jihadistes recourent à des circuits de distribution clandestins, alimentés par des tribus à travers l’Irak, la Syrie, la Turquie ou l’Iran. « C’est une région où il y a depuis longtemps des trafics en tout genre. » Pour les endiguer, il faudrait que tous les pays riverains s’entendent pour mettre en œuvre des réponses militaires, douanières et policières coordonnées. « Avant, ce n’était pas un enjeu majeur. On restait sur des quantités qui ne bouleversaient pas la planète, l’économie ou le marché pétrolier, explique Francis Perrin. Là, ça devient un enjeu global… mais ça ne se fera pas en un jour. »

    De plus, tout le pétrole produit n’est pas destiné à être revendu. « L’EI en consomme une bonne partie, estime Francis Perrin. Une autre partie va être distribuée sur les territoires contrôlés. » La mouvance jihadiste est de fait capable de subvenir de manière autonome à ses propres besoins en carburant, contrainte majeure lors d'une campagne militaire.

    La lutte financière, particulièrement limitée

    Le pillage de la banque centrale de Mossoul aurait permis à l’EI de récolter 425 millions de dollars, en dinars irakiens. Les autorités internationales pourront-elles empêcher l’EI d’en profiter avec des outils de surveillance financière ? Les menaces de Laurent Fabius feraient rire au sein des rangs jihadistes où l’on ne se soucie guère d’avoir des comptes en Suisse.

    Les années 2000 et la mise en place d’outils pour identifier les finances terroristes après le 11 septembre 2001 ont montré leurs limites. Pour Anthony Amicelle, professeur affilié au Centre international de criminologie comparé de l’université de Montréal, l’idée de frapper les jihadistes au porte-monnaie « permet de donner des résultats tangibles, chiffrés ». Une logique d'abord communicationnelle, inspirée de la lutte contre le blanchiment d’argent, où le bénéfice est une fin en soi. Malheureusement, pour les terroristes, le profit est secondaire et pour surveiller leurs finances, encore faudrait-il qu’elles dépendent de canaux conventionnels.

    Le terrorisme peut-être financé à travers des sources légales et difficilement observables, comme les dons de particuliers. En islam, la zakat est un acte de générosité obligatoire qui peut justifier de donner de l’argent aux jihadistes. Des dons qui peuvent circuler par des réseaux de transfert d’argent informel, connus sous le nom d’Hawala. Très utilisés par les migrants à travers le monde, ces circuits sont impossibles à surveiller… mais leur interdiction condamnerait l’économie de pays entiers dont les revenus dépendent des émigrés et de leurs virements familiaux.

    Une logique plus récente vise à ne pas neutraliser les échanges d’argent suspects mais plutôt à les surveiller pour identifier les réseaux. Qui transfère de l’argent à des terroristes potentiels ? Une véritable botte de foin qui compte aux Etats-Unis 875 000 noms et dans laquelle il sera difficile de retrouver des épingles.

    La France, condamnée à observer ?

    Restent enfin les financements fournis par certains pays du Golfe afin d’encourager la lutte en Syrie contre le régime de Bachar el-Assad. « On a fait des raccourcis extrêmement rapides en disant que l’Arabie Saoudite et le Qatar financent l’Etat islamique, note Alain Rodier, du Centre français de recherche sur le renseignement. Les gens imaginent une enveloppe. Il s’agit en réalité de tout un tas de choses, comme des dons de particulier, de l’armement ou même de l’humanitaire. » Pour cet ancien des services de renseignement, l’Arabie Saoudite n’a pas directement financé ces livraisons mais a plutôt laissé faire, voir encouragé de riches personnalités à s’en occuper.

    Mais à Riyad, l’Etat islamique est désormais considéré comme un ennemi absolu. En février, le roi Abdallah promulguait une loi interdisant le jihad. Car si l’Arabie Saoudite veut soutenir l’insurrection contre Bachar el-Assad, l’EI la menace directement. « L’Arabie Saoudite donnait un peu à tout le monde, explique Alain Rodier. Aujourd’hui, elle fait beaucoup plus attention. Elle a créé le Front islamique en Syrie pour lutter contre l’EI. » Faut-il y voir une influence des pays occidentaux ? Absolument pas, assure ce chercheur. Les Saoudiens, les Qataris ou les Koweitiens suivent leurs propres agendas respectifs, avec leurs propres priorités. S’ils ont cessé de soutenir l’Etat islamique, c’est parce qu’il est devenu une menace pour leur propre sécurité.

    « La diplomatie peut essayer de convaincre, mais il peut rester des désaccords et chaque pays a ses propres intérêts », admettait récemment Gérard Araud, ambassadeur de France aux Nations unies. Ainsi, pour lutter contre l’Etat islamique, notamment financièrement, il faudra pouvoir amener les différents agendas régionaux et internationaux à se coordonner. En attendant, les finances de l’EI vont devoir répondre aux ambitions de son mouvement. Comme le notait fin juillet Michael Knights, du Washington Institute for Near East Policy, « ils sont passés du status de groupe terroriste le plus prospère à celui d’Etat le plus pauvre au monde ».

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