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    Moyen-Orient

    David Drugeon, catholique breton devenu artificier d’al-Qaïda

    media Un drone américain de type « reaper », comme celui qui aurait tué David Drugeon. DR / RFI

    Selon le Pentagone, les frappes de la coalition en Syrie auraient tué un jihadiste français recherché par les Etats-Unis. David Drugeon, issu d’une famille catholique bretonne, était devenu spécialiste en explosifs au sein de groupes jihadistes. Il était devenu l’un des cadres du réseau Khorassan, un groupe qui planifie des attentats dans des pays occidentaux.

    Pas de coup de fil ni de visite. Personne n’est venu lui annoncer la nouvelle. C’est par les médias que Patrice Drugeon a appris la mort probable de son fils, âgé de 25 ans. Probable, car le Pentagone, qui a révélé avoir ciblé David Drugeon dans des frappes menées dans la nuit de mercredi à jeudi dans la région d’Idlib au nord de la Syrie, dit qu’il lui faudra du temps pour la confirmer. Un petit espoir auquel se raccroche encore un peu ce père qui se préparait depuis quatre ans à cette nouvelle.

    Cela fait quatre ans que Patrice Drugeon n’a plus eu de contact avec son fils. Le dernier signe de vie qu’il lui avait fait parvenir était une lettre dans laquelle il exprimait sa volonté de mourir en martyr. C’était en 2010, quelques mois après avoir pris le chemin du Pakistan alors qu’il avait dit à sa famille se rendre en Egypte, comme il l’avait déjà fait à plusieurs reprises pour apprendre l’arabe et étudier le Coran.

    « Pour moi, il revenait soit à l’été, soit à Noël. Je lui ai dit ‘au-revoir’, je ne lui ai pas dit ‘adieu’ », déplorait son père, ce jeudi, sur la chaîne de télévision France 2. Car même s’il a été témoin de la conversion et de la radicalisation de son fils, Patrice Drugeon n’avait jamais imaginé que son fils puisse prendre « cette voie de la guerre, de la bombe, de l'envie de tuer ».

    David Drugeon, l'un des éléments les plus dangereux selon le Pentagone

    C’est en 2002, à l’âge de 13 ans que David Drugeon, élevé dans la tradition catholique, se tourne vers l’islam. Alors que ses parents entament une procédure de divorce, son frère et lui se rapprochent de musulmans de leur région de Vannes. Leurs nouveaux camarades sont des salafistes : les deux adolescents se transforment. Ils se convertissent à l’islam, David se fait désormais appeler Daoud et lui qui était un grand amateur de football, allant plusieurs fois jusqu’à Marseille pour soutenir son équipe favorite, délaisse les stades pour une salle de prière insalubre.

    Les notes de ce bon élève finissent par chuter également. Il intègre un lycée professionnel, mais en est renvoyé au bout de trois mois : il lui avait été demandé de ne plus faire sa prière au pied de la cage d’escalier du dortoir. Entre les études et la religion, Daoud « a opté pour la religion », déplore son père.

    Le jeune homme finit par obtenir un BEP de mécanique automobile et enchaîne petits boulots et séjours en Egypte. Trois séjours, au Caire et à Alexandrie, dans des instituts religieux. Pour sa famille, ce n’est donc qu'un voyage de plus quand il part pour l’Egypte le 17 avril 2010. Sauf qu’arrivé sur place, il n’y reste pas : il se rend cette fois dans les zones tribales pakistanaises, à la frontière avec l’Afghanistan, fief des talibans et d’al-Qaïda.

    Il y fait ses armes et acquiert son expérience en maniement d’explosifs. Il se fait remarquer et en trois ans, devient l’un des éléments-clés de la nébuleuse. Fin 2012, il rejoint la Syrie avec d'autres cadres d'al-Qaïda. Mais pas pour combattre les troupes de Bachar el-Assad. Le réseau Khorassan qu’il intègre cherche à exporter sa guerre en Occident. Selon le Pentagone, il en était « l'un des éléments du commandement et l'un des éléments les plus dangereux ».

    Pour le ministère américain de la Défense, il menaçait donc directement la sécurité des Etats-Unis. C’est son convoi qui était visé par les drones dans la nuit de mercredi à jeudi dans la région d’Idlib, dans le nord de la Syrie. Et si le Pentagone conserve une certaine réserve tant qu’il n’a pas confirmé la mort de David/Daoud Drugeon, il n’en évoque pas moins une « bonne nouvelle ».

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