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    Moyen-Orient

    Reconnaissance de la Palestine: la «schizophrénie» des autorités françaises

    media Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, le 28 novembre 2014 à l'Assemblée. REUTERS/Charles Platiau

    La France reconnaîtra «sans délai» l'Etat de Palestine si une ultime tentative de solution négociée sous l'égide de la communauté internationale échoue, a déclaré ce vendredi le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Le chef de la diplomatie française s'exprimait lors du débat à l'Assemblée nationale sur une proposition de résolution du groupe socialiste visant à reconnaître un Etat palestinien, qui sera soumise à un vote solennel mardi 2 décembre. Jean-Baptiste Beauchard, doctorant rattaché à l’IRSEM, l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire et auteur du blog géopolitique du Proche-Orient, est l'invité de RFI.

    RFI : Ce débat au Parlement est-il une inflexion dans la ligne de la diplomatie française ?

    Jean-Baptiste Beauchard : Non, non… Il n’y a aucune inflexion. Il y a même une certaine schizophrénie. Vous dites que le gouvernement français s’est rangé au calendrier palestinien, ce n’est pas exactement le cas dans la mesure où la Palestine a intégré le système international avec son intégration au sein de l’ONU il y a deux ans, et depuis rien n’a avancé. La France n’a toujours pas reconnu l’Etat palestinien en tant que tel.

    Il y a une schizophrénie totale de la part des autorités françaises. On le voit bien avec Laurent Fabius, par exemple sur le vote au sein du Parlement ce vendredi matin, qui ne soutient pas l’initiative lancée par les députés ou en tout cas officiellement, et qui dit que l’Etat français ne sera pas lié par le projet, la résolution qui sera adoptée au sein de l’Assemblée nationale. Donc on peut douter de la véracité des propos de Laurent Fabius quant au calendrier palestinien qu’il est censé suivre au sein des Nations unies.

    Neuf pays de l’Union européenne ont déjà reconnu la Palestine. La Suède a été le premier pays occidental à le faire il y a un mois, les Parlements britannique et espagnol ont voté pour la reconnaissance, des initiatives qu’Israël juge dangereuses parce qu’elles éloigneraient d’un possible accord de paix. Est-ce que ce discours est recevable selon vous, quand on voit à quel point le processus de paix est au point mort ?

    Non. Je vais même parler un peu crûment. C’est de la lâcheté de tenir une telle position. Parce que ça fait des décennies qu’on promet monts et merveilles aux Palestiniens, en gros depuis 1967 – on peut même remonter à 1947 – en jugeant légitime qu’il y ait deux Etats côte à côte. Mais il n’y a aucune initiative concrète menée par les chancelleries occidentales, qui permette une telle avancée sur le terrain.

    Donc les Palestiniens ont décidé certes unilatéralement de faire avancer le dossier et de porter eux-mêmes devant le Conseil de sécurité au mois de décembre ou de janvier, une résolution visant à reconnaître le projet palestinien. Alors oui, il y a des pouvoirs législatifs européens qui accompagnent cette dynamique palestinienne, mais encore une fois il faut bien distinguer ce qui relève du législatif, des Parlements européens qui pour la plupart sont favorables à une telle reconnaissance, et ce qui relève des gouvernements, de l’exécutif européen qui sont quant à eux dans une position totalement contraire et qui ne reconnaissent pas l’Etat palestinien.

    En fait, l’échelon le plus intéressant va être de voir le projet de résolution porté par les autorités palestiniennes devant le Conseil de sécurité. Et là on pourra éventuellement noter un infléchissement – mais ça reste tout à fait relatif et peu probable – des Etats occidentaux. Ce qui est intéressant ce n’est pas véritablement le vote par les Parlements européens – ça reste très symbolique. L’échelon vraiment intéressant et pertinent pour étudier l’évolution de ce dossier-là, ce sera le Conseil de sécurité. Et il faudra attendre le mois de janvier pour voir un éventuel infléchissement des Etats européens et américain sur cette question-là.

    Mais pour vous cette reconnaissance de la Palestine peut être un moyen de pression efficace sur Israël pour relancer le processus de paix ou bien est-ce qu'Israël va encore plus s’arc-bouter sur ses positions ?

    Non. Je crois qu’il y a très peu de moyens de pression sur Israël. Israël est dans une position jusqu'au-boutiste. Il n’y a rien qui peut faire fléchir les Israéliens, même quand il y a des propres voix de discordance au sein de l’Etat israélien, au sein de la classe israélienne, ça reste très peu présent. Mais il existe tout de même certaines voix divergentes.

    En revanche, ce sera intéressant de constater la position américaine. C'est-à-dire qu’il va y avoir une résolution qui sera portée en Conseil de sécurité. Les Américains actuellement sont dans une situation très paradoxale parce qu’ils cherchent à rallier un maximum d’Etats arables sur la coalition qu’ils mènent actuellement en Irak et en Syrie. Et là ils vont se retrouver face à des Etats arabes qui vont vouloir que les Etats-Unis reconnaîssent l’Etat palestinien de la même manière qu’ils intègrent la coalition menée par les Etats-Unis en Irak.

    Donc là c’est intéressant parce qu’il y aura une pression diplomatique qui pourra être exercée sur les Etats-Unis et qu’ils vont de toute manière opposer leur veto à la reconnaissance de l’Etat palestinien. Mais c’est intéressant dans la mesure où les Américains vont être dans une situation très embarrassante et qui finalement va changer légèrement par rapport aux années précédentes et à tout leur veto qu’ils ont posé contre la reconnaissance de l’Etat palestinien. C’est à cet échelon-là qu’il serait intéressant de voir l’évolution du dossier.

    D’autant que les Etats-Unis, j’imagine, n’ont pas envie de voir l’Europe rejouer un rôle au Proche-Orient.

    Exactement. Ils veulent rester l’intermédiaire, le médiateur exclusif depuis les accords d’Oslo. Mais cette médiation exclusive n’a apporté rien de nouveau. Elle a même été très perverse, elle a été très néfaste sur l’évolution du dossier palestinien. Ils veulent d’une certaine manière garder la mainmise sur ce dossier, mais en même temps je crois que dans l’arrière-boutique diplomatique étasunienne ça les rassure d’une certaine manière parce qu’ils partageraient au travers leur vote au sein du Conseil de sécurité le fardeau palestinien. Il y aura un partage des responsabilités.

    Et les Américains se rendent de plus en plus compte que le face à face ne tient plus, même s’ils veulent officiellement garder la mainmise sur le dossier, débattre de cette question avec les autres partenaires au sein du Conseil de sécurité. C’est une manière aussi de se défausser et de se dire : on sort de ce face à face avec Israël, qui est dans une position toujours de plus en plus radicale à l’égard du dossier palestinien.

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