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    Moyen-Orient

    Arrestations en Egypte: «On est vraiment dans une dictature militaire»

    media Depuis que l'ex-chef de l'armée et actuel président Abdel Fattah al-Sissi a destitué l'islamiste Mohamed Morsi en juillet 2013, le nouveau pouvoir mène une répression implacable contre toute opposition en Egypte. REUTERS

    Le procès de 26 homosexuels égyptiens s’ouvre, dimanche 21 décembre, en Égypte. Ces hommes ont été arrêtés lors d’une rafle dans un hammam public le dimanche 7 décembre. Ils seront jugés pour « débauche ». Depuis l’éviction de Mohamed Morsi, plus de 1 400 manifestants pro-président déchu ont été arrêtés et plus de 15 000 Frères musulmans ou sympathisants emprisonnés. Pas plus tard que jeudi dernier, un tribunal égyptien a condamné 40 partisans de Mohamed Morsi à des peines d’un à quinze ans d’emprisonnement. Sophie Pommier est spécialiste de l’Égypte, directrice du cabinet-conseil sur le monde arabe Meroe et chargée de cours à l'Institut d’études politiques de Paris. Elle a répondu aux questions de RFI.

    RFI : Que signifient ces procès de masse en Égypte ?

    Sophie Pommier : C’est toute une campagne de « moralisation » qui est lancée par les autorités et qui accompagne en fait une répression extrêmement sévère. Les autorités verrouillent totalement la sphère politique et associative, puisqu’on a eu également une remise au pas des ONG, dont bon nombre ont été contraintes de fermer. Cela s’inscrit dans un contexte général de reprise en mains de cette société après la période de « révolution ».

    Le journaliste français Alain Gresh, directeur adjoint du Monde diplomatique, racontait avoir été arrêté le mois dernier au Caire et interrogé pendant deux heures. Il a été dénoncé par une citoyenne parce qu’il discutait politique dans un café. Ne peut-on plus s’exprimer librement dans les cafés, dans la rue en Égypte ?

    Cela devient de plus en plus dangereux. On s’expose vraiment et Alain Gresh s’en est bien tiré parce qu’il est Français. Le problème, c’est la répression à laquelle sont exposés les Égyptiens eux-mêmes. Ce qui est aussi particulièrement malsain, c’est l’appel à la délation. Dans le cas d’Alain Gresh, c’est effectivement une personne qui se trouvait à la table voisine et qui se présente comme bonne citoyenne qui a été dénoncée cette conversation à teneur politique au premier policier qu’elle a pu trouver. De manière plus générale, on incite aussi par exemple les étudiants dans les universités à dénoncer leurs camarades, Frères musulmans ou opposants. Il y a un climat extrêmement délétère. Les médias sont complètement verrouillés. On leur demande de ne tenir aucun propos qui puisse favoriser le terrorisme. Mais cela revient à dire, aucun propos défavorable aux autorités.

    En Égypte, il y a une presse officielle. Y a-t-il encore des plumes indépendantes ?

    Franchement, aujourd’hui il n’y en a quasiment plus. Il y a énormément de départs. Il y a eu des départs d’ONG de plaidoyer, ces ONG qui essaient de défendre la cause des droits de l’homme. Cela devient vraiment extrêmement difficile. Des jeunes activistes qui avaient compris que l’heure n’était plus du tout à la contestation politique essayaient de se replier sur des activités de type plus associatif. Mais même ça leur est interdit puisque les ONG sont aussi complètement sous la férule des autorités. Et seules celles qui sont sur la ligne sont autorisées à travailler.

    Certaines ONG dénoncent une poigne de fer pire que sous l’ère Moubarak. Est-ce que vous faites aussi cette constatation ?

    C’est clair. On est vraiment dans une dictature militaire. Il ne faut pas mégoter sur les mots. On a plus de prisonniers politiques, les médias sont beaucoup plus verrouillés qu’ils ne l’étaient sous Moubarak où on avait quand même une véritable presse d’opposition. On avait des ONG, on n’en a plus. On a tout un dispositif législatif très répressif qui qualifie de terroriste la première personne qui essaie de s’exprimer contre la politique suivie par les autorités. Il y a des traductions massives de civils devant des tribunaux militaires. Un rapport d’Human Rights Watch indique que depuis le mois d’octobre, 800 civils ont été traduits devant les tribunaux militaires. Surtout, ce qui change aussi, c’est le silence de la communauté internationale qui était beaucoup plus vigilante sous Moubarak.

    Il y a quand même eu des réactions de Barack Obama qui s’est dit préoccupé face aux procès en masse. On entend effectivement peu de réactions des Occidentaux. Comment l’expliquez-vous ?

    A mon sens, de deux manières. D’abord par la situation régionale qui est bien sûr extrêmement préoccupante avec l’islamisme radical, l’État islamique, la crise en Syrie, en Irak, en Libye, plus ou moins également au Liban. Pour les Occidentaux, il faut à tout prix préserver la stabilité de l’Égypte. Dans cette perspective, il y a l’idée fausse à mon avis que la répression peut se comprendre. Quand on regarde le relevé des incidents, on voit qu’en fait cette répression va dans le mur puisqu’en réalité, on a de plus en plus d’attentats terroristes. Il y a cette première considération sécuritaire géopolitique, à mon avis très mal comprise, qui n’est pas du tout adaptée.

    La deuxième explication repose sur des arrière-pensées d’ordre économique. Très clairement en ce qui concerne la France, il y a les marchés d’armement qu’on est en train de négocier avec les autorités militaires du Caire et puis toutes les perspectives des grands projets qui sont annoncés quasiment quotidiennement. Le plus fameux étant ce qu’on appelle de manière infondée « le second canal de Suez ». Plein de projets à la clé bien sûr font saliver les Occidentaux qui cherchent à enrayer la courbe du chômage et à décrocher des marchés. Sauf qu'on ne sait absolument pas comment ces projets vont être financés puisque l’Égypte aujourd’hui est dans une situation économique très précaire et vit sous perfusion des États du Golfe qui eux-mêmes sont confrontés à des difficultés avec la chute des cours du pétrole.

    Il y a trois semaines lors du sommet du Conseil de coopération du Golfe à Doha, le Qatar comme ses voisins du Golfe d’ailleurs a déclaré son plein soutien à l’Égypte d’al-Sissi. Le Qatar a toujours soutenu les Frères musulmans. Cela marque-t-il un nouveau départ dans les relations entre l’Égypte et le Qatar ?

    Là aussi, ça découle en fait plutôt de l’évolution des relations entre l’Arabie saoudite et le Qatar. L’Égypte aujourd’hui est complètement connectée à l’Arabie saoudite et sa politique est liée à celle de Riyad. Le Qatar a d’ailleurs annoncé la libération des journalistes de la chaîne al-Jazira, qui sont détenus depuis le mois d’août. Si l’Égypte se rapproche aujourd’hui du Qatar, c’est sur injonction. C’est en fait en corrélation avec le choix que l’Arabie a fait de réintégrer le Qatar au sein du Conseil de coopération des États du Golfe.

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