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    Moyen-Orient

    Iran: 10 condamnés à mort pour raisons politiques en grève de la faim

    media La prison de Qasr, célèbre pour ses prisonniers politiques, à Téhéran. AFP PHOTO/ATTA KENARE

    En Iran, dix personnes condamnées à mort se sont mises en grève de la faim. Amnesty International demande aux autorités iraniennes de commuer immédiatement leur condamnation. Ces personnes sont incarcérées dans la prison d'Oroumieh dans le nord-ouest de l’Iran. Anne Denis est présidente de la Commission pour l’abolition de la peine de mort, à Amnesty France.

    RFI : Qui sont ces prisonniers ?

    Anne Denis : Ce sont dix grévistes de la faim parmi 24 condamnés pour des actions contre les autorités. Ils sont tous membres d’un parti de résistance kurde, le Parti pour une vie libre au Kurdistan, le PJAK. C’est un groupe d’opposition armé. Ces 24 personnes sont donc retenues dans le quartier numéro 12 de la prison centrale d'Oroumieh qui est réservé aux prisonniers politiques. Il s’agit donc bien de prisonniers politiques. Parmi ces 24 personnes, dix sont en grève de la faim depuis fin novembre 2014, parce qu’ils sont contre un transfert d’une quarantaine de condamnés pour meurtre et vol à main armée [dans le même quartier, ndlr] car ce transfert pourrait mettre en danger leur sécurité. Ces dix personnes qui sont en grève de la faim sont condamnées à mort. Parmi eux, il y a un jeune, Saman Naseem, qui a été condamné à mort alors qu’il était mineur. Parmi les autres, les condamnations vont de quelques mois jusqu’à 34 ans de prison.

    Quelle est leur revendication ?

    Ils veulent que leurs conditions de sécurité en détention soient respectées, de manière à ce qu’ils ne soient pas en danger à l’intérieur de leur cellule. Ils refusent ce transfert, car il est fait pour faire pression sur eux. Ils ont dit qu’ils resteraient en grève de la faim jusqu’à ce que les autorités entendent leurs doléances. La stratégie des autorités iraniennes, dans le cas de prisonniers politiques, comme c'est le cas pour ces Kurdes, est d’utiliser la terreur. La peine de mort est une des formes de la terreur employée par les autorités iraniennes. Tous les ans, parmi les exécutions, bon nombre sont effectuées pour motifs politiques.

    Vous évoquez le cas particulier de Saman Naseem qui, au moment de son arrestation, était encore mineur. Pourquoi a-t-il été arrêté et pour quel motif a-t-il été condamné ?

    Il a été arrêté en 2011 après des affrontements entre des gardiens de la révolution et le PJAK . Il y aurait eu une fusillade et lors de celle-ci un membre des gardiens de la révolution a été tué. Il y a alors eu des arrestations dont celle de Saman Naseem. Il a été soumis à la torture, semble-t-il, et il n’a pas eu accès à un avocat. On lui a fait signer des aveux avec les yeux bandés… Vous imaginez la manière dont il pouvait effectivement lire son acte d’accusation. Il a été d’abord condamné à mort en 2012 et ensuite le tribunal l’a renvoyé devant une autre cour. Il a été rejugé et sa condamnation à mort a été confirmée. La peine de mort est donc effectivement une des sanctions appliquées à ceux qui s’opposent à l’État.

    Que demande Amnesty International ?

    On demande la commutation de toutes ces peines de mort. Pour Saman Naseem, on demande particulièrement qu’il soit rejugé avec un procès équitable respectant les normes internationales. L’Iran a ratifié la Convention des droits de l’enfant ainsi que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui interdisent l’exécution de mineurs délinquants. L’Iran a effectivement revu son code pénal en 2013. Mais dans celui-ci, les autorités ont prévu l’exécution de mineurs délinquants comme étant possible dans le cas de ce que l’on appelle « houdoud » [la loi pénale islamique, ndlr] dont l’opposition à l’État. Mais dans ce même code pénal révisé, il y a un article qui exclut le recours à la peine de mort pour des mineurs délinquants lorsque ces mineurs ne peuvent pas comprendre la nature ou les conséquences de leur acte. Ces dispositions s’appliquent totalement au cas de Saman Naseem.

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