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    Moyen-Orient

    Abdallah mort, l’Arabie saoudite et ses héritiers face à leurs défis

    media Le roi d'Arabie saoudite, Salman ben Abdelaziz al-Saoud (centre), aux funérailles de son frère et prédécesseur Abdallah, décédé le 23 janvier 2015. REUTERS/Saudi Press Agency/Handout via Reuters

    Le nouveau roi Salman, 79 ans, incarne désormais la monarchie saoudienne, puissante, mais menacée. Fragile, il va devoir composer avec une géopolitique régionale mouvante et imprévisible qui s’inscrit dans la durée. Ses princes héritiers, Moqren d’abord mais aussi Ben Nayef, prennent déjà les dossiers en main.

    Abdallah meurt, la gérontocratie demeure. Son demi-frère, Salman ben Abdelaziz al-Saoud, reprend la couronne du royaume d’Arabie saoudite, à 79 ans. Dans la famille Saoud, on a donc demandé le cadet, sixième frère à régner depuis la fondation de la dynastie par Abdelaziz al-Saoud (1876-1953) dont il est le 25e fils. Ce qui fait de lui un membre du clan des « Sept Soudairi », sept frères de sang formant la faction la plus prestigieuse au sein de la famille.

    Le parcours d’un homme estimé

    Personnalité pragmatique, rompue à la politique, Salman s’est d’abord fait un nom comme gouverneur de Riyad, qu’il a administrée pendant un demi-siècle dès 1955. Il a fait passer la capitale d’un rang de petite ville à celle de métropole influente, oasis rutilante au milieu d’une terre aussi sacrée que déserte.

    Il entretenait, par ailleurs, de bonnes relations avec les villages autour de la capitale. Cela a contribué à forger sa réputation de médiateur, qu’il consolide à la tête du Conseil de famille, où il règle personnellement les cas de divorces, de mariages. Impossible à chiffrer précisément, la famille saoudienne totaliserait entre 7000 et 8000 personnes, parmi lesquelles quelques centaines sont réellement influentes. « C’est une figure centrale de la famille, explique au Washington Post Robert Lacey, auteur britannique prolixe sur les Saoud. De nombreuses personnes m’ont raconté qu’il était l’un de ceux qui ressemblait le plus à son père, en termes de prestance. Quand il partira, il n’y aura personne d’autre comme lui. »

    Un homme de pouvoir partagé

    « Sa popularité vient de son pouvoir qui s’est construit durant 50 ans en nouant des alliances au sein de la famille », résume Nabil Mouline, chercheur au CRNS, spécialistes des monarchies arabes (1). Mais ce pouvoir n’est pas vertical : « Le roi n’est pas un monarque absolu. Il partage son pouvoir, il consulte avec ses frères, avec les religieux et le consensus qui s’en dégage, est partagé par tous ceux qui sont au pouvoir », explique Olivier Da Lage, rédacteur en chef à RFI et spécialiste de la Péninsule arabique (2). Le roi est avant tout un chef de faction. Celle des Soudairi en l’occurrence, la principale. Enfin, Salman peut compter sur l’important groupe de presse qu’il a sous sa coupe : le journal Ash-Sharq al-Awsaat, basé à Londres, la chaîne al-Arabiya (dirigée par son fils), et Arab News.

    Selon les documents révélés par Wikileaks, le nouveau souverain estimait, en 2007, que les réformes engagées par le roi Abdallah devaient être poursuivies lentement. Il fallait éviter de se mettre le camp conservateur à dos, et garantir ainsi la stabilité sociale. En effet, au regard d’une situation régionale, en ébullition depuis cinq ans, les dirigeants saoudiens ont pris grand soin de préserver la paix sociale qui règne dans le royaume. Une majorité réduite au silence, dont la moitié à moins de 25 ans : « Le jour du vendredi de la Rage, en mars 2011, il n’y a eu qu’un seul manifestant », rappelle Nabil Mouline.

    Moqren, « un candidat de compromis »

    Nommé ministre de la Défense le 5 novembre 2011, son influence grandit à mesure que l’état du roi Abdallah se dégrade. Mais la santé de Salman est elle-même en question. A presque 80 ans, le nouveau roi serait atteint d’Alzheimer, aurait déjà subi au moins un accident vasculaire cérébral, et n’aurait pas l’usage de l’un de ses bras. Au conditionnel, tant les informations sur sa condition physique sont lacunaires. Dans ses discours, « il peut être opérationnel pendant quelques minutes, après quoi il se brouille et perd le message », confie au New York Times Simon Henderson, spécialiste de l’Arabie Saoudite auprès du Washington Institute for Near East Policy. « Tout indique que son règne ne sera pas très long et qu’il ne faudra pas attendre de bouleversements », indique Olivier Da Lage.

    Dans ses nominations, Salman a nommé prince héritier Moqren, son frère, de dix ans son cadet, un quasi jeunot dans le cercle de gérontocrates saoudiens. Moqren est issu des rangs de l’armée de l’air. Puis, après avoir gouverné la ville sainte de Médine, il prend la tête des Renseignements. Un poste-clé qu’il occupe jusqu’en 2012 et qui lui ouvre toutes les arcanes du pouvoir.

    Pourtant, « Moqren est un personnage relativement effacé, à l’écart des autres, estime Nabil Mouline. C’était un candidat de compromis, nommé pour rassurer tout le monde afin que les princes arrivent sereinement ». Un deuxième roi de transition ? « Le point important, c’est plutôt la nomination du deuxième vice-prince héritier [Mohammed ben Nayef] qui, pour la première fois, est un petit-fils du fondateur du royaume et non plus l’un des fils. Là, ça donne une indication sur l’avenir  », avance Olivier Da Lage.

    A 55 ans, il a été désigné ce vendredi vice-prince héritier et reste ministre de l’Intérieur depuis 1999. Pour Nabil Mouline, « c’est lui le véritable homme fort : il s’est construit une solide réputation en remportant la bataille décisive contre al-Qaïda ; il a fait alliance avec les oulémas ; son efficacité comme "monsieur Sécurité interne" a été reconnue. Il en a donc profité pour prendre en main la diplomatie régionale et il en a été récompensé aujourd’hui. » Ben Nayef a deux principaux rivaux : Miteb ben Abdallah, chef de la garde prétorienne et Mohammad ben Salman, fils du roi, 35 ans, nommé ministre de la Défense et directeur du palais royal. Quant aux autres fils de Salman, ils occupent aussi des postes-clés : le pétrole pour le prince Abdellaziz, le gouvernorat de Médine pour le prince Fayçal. « La disparition d’Abdallah et la transition de Salman ouvrent une nouvelle ère, celle des petits-fils. Tous les défis à relever vont leur être légués. »

    Une nouvelle génération de princes face aux défis

    Ces défis sont multiples. Et la grande diversité des centres de décisions, parfois contradictoires, ne facilite pas la lecture de la diplomatie saoudienne. Concernant le groupe EI, le mur de barbelés construit au nord, sur les 700 km de la frontière irakienne, suffit pour deviner la relative fébrilité qui règne à Riyad. L’Arabie saoudite a fini par rejoindre la coalition, après une longue et opaque période de soutien aux groupes jihadistes opposés à Bachar el-Assad. Désormais, les hordes de l’organisation Etat islamique inquiètent, elle qui veut s’imposer en alternative au royaume saoudien.

    Par ailleurs, le Yémen, dont le président a démissionné ce même vendredi 23 janvier, après la poussée des rebelles chiites, traverse une période dont nul ne peut anticiper l’issue. « La victoire du clan zaydite des Houthis dans la partie septentrionale du Yémen est un échec personnel pour les dirigeants du royaume qui ont tout fait (y compris en recourant à l’aviation pour les bombarder en 2009) pour les écraser, analyse Olivier Da Lage sur son blog. Riyad y voit depuis le début la main de l’Iran qui chercherait à encercler l’Arabie en contrôlant son flanc sud. Rien ne le prouve, même s’il est évident que les succès houthistes font le bonheur de Téhéran. » Car, malgré un ennemi commun (Daech est aussi combattu par l’Iran), la lutte pour l’hégémonie régionale est toujours manifeste entre la République islamique chiite et le royaume wahhabite qui compte bien rester le gendarme du Golfe.

    Enfin, en toile de fond, les relations avec Washington, historiquement étroites, semblent amorcer un tournant qui ne prendra effet que sur le long terme. La confiance réciproque est troublée, à l'aune du réchauffement américano-iranien.

    Joint par RFI, Jean-François Seznec, professeur à l’université américaine de Georgetown et spécialiste des affaires énergétiques du Golfe pointe, en outre, que « l’Arabie saoudite cherche de nouveaux partenaires dans la région. Et Washington cherche à en déménager. Au niveau pétrolier, les Etats-Unis importent beaucoup moins de pétrole qu’auparavant. En revanche, la production de pétrole de schiste dans le Dakota du Nord a progressé d’environ un million de barils par an. » Autrement dit, le lien énergétique qui a longtemps prévalu se distend quelque peu. Et la question pétrolière agit comme un compte-à-rebours. Malgré les réserves de 800 milliards de dollars dont elle dispose, l’Arabie se trouve dans une situation inconfortable.

    C’est une telle situation que Salman, et probablement ses successeurs, vont devoir affronter. Ce vendredi, le nouveau roi a déjà posé les balises de sa prochaine gouvernance : « Nous allons, avec l'aide de Dieu, poursuivre sur le chemin sur lequel ce pays a avancé depuis son établissement », a-t-il déclaré dans son discours d’intronisation. Mais les prismes très éclatés d’affrontement font revenir Nabil Mounile à une réalité plus consanguine : « Le premier ennemi de la famille saoudienne, c’est la famille elle-même. »  

    (1) Auteur de Les Clercs de l'islam. Autorité religieuse et pouvoir politique en Arabie saoudite (2011).
    (2) Auteur Géopolitique de l’Arabie saoudite (2006)

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