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    Sur Twitter, les Saoudiens prêtent allégeance au roi Salman en un clic

    media Des gardes royaux devant les portraits du roi défunt Abdallah ben Abdelaziz al-Saoud, Salman ben Abdelaziz al-Saoud et le prince héritier Moqren (photo datée de février 2014). REUTERS/Fayez Nureldine/Pool/Files

    En Arabie saoudite, ses sujets doivent prêter allégeance au niveau roi Salman qui a succédé vendredi dernier à son demi-frère Abdallah. Mais cette fois, les Saoudiens n’ont plus besoin de se déplacer du fin fond du désert ou de villes reculées. Ils utilisent Twitter. Un vent de modernité dans un pays conservateur où le moindre écart sur les réseaux sociaux envoie pourtant des Saoudiens en prison.

    Avec notre envoyé spécial à Ryiad

    Prêter allégeance à un nouveau monarque est une obligation pour la population saoudienne. Cela fait partie des traditions. Vendredi dernier, après l’intronisation du roi Salman, ils étaient des milliers de Saoudiens qui habitent Riyad à s’être rués vers le palais royal. Mais tous ceux qui habitent dans le désert, à des milliers de kilomètres de la capitale, utilisent le hastag « je prête allégeance au roi Salman ». Un clic plus tard, c'est le déclic. Twitter est forcément plus rapide que le chameau, et surtout plus efficace dans un pays grand comme quatre fois la France.

    Le nouveau souverain « de marquer sa différence »

    Le nouveau souverain a son propre compte Twitter. Aujourd’hui, plus de 2 millions de personnes le suivent. Lorsqu’il était prince héritier, de nombreux Saoudiens s’adressaient déjà à lui sur son compte pour lui poser des questions relatives à la vie dans le royaume. Utiliser Twitter pour prêter allégeance, cela revient à légitimer un outil de communication souvent censuré, et pourtant utilisé par plus de 5 millions de Saoudiens, l’un des taux les plus importants au monde.

    Des utilisateurs poursuivis par la justice

    On peut en effet parler de Waleed Abu Al-Khair, l’avocat de Raïf Badawi, jeune blogueur condamné à 10 ans de prison et 1 000 coups de fouet, et de Souad al-Shammari, co-fondatrice du site « Free Saudi Liberals », également en prison. Ils sont accusés d’ « atteinte à l’ordre public » et d’« insultes à l’islam » pour des tweets, entre autres. Amnesty international et Reporters sans frontières appellent à les libérer tous, sans condition. Les prisons sont, de toutes façons, pleines de Saoudiens qui ont appelé sur Twitter à des réformes dans le royaume - ils réclament notamment une monarchie constitutionnelle.

    Tradition, modernité, liberté d'expression... et confusion

    Ce qui est paradoxal dans ce pays, c’est qu’en octobre dernier, Cheikh Abdel Aziz al Cheikh, plus haute autorité religieuse du royaume, avait jugé dans une fatwa que « Twitter est la source de tout mal et de toute dévastation et de mensonges », oubliant sans doute que le réseau social est aussi bien utilisé par des conservateurs que par des libéraux ou des prédicateurs. L’un des religieux les plus populaires, Mohamed al-Arefe, prédicateur salafiste, est suivi par plus de 10 millions de fidèles sur son compte. Au fond, l’Arabie Saoudite est partagée entre tradition, modernité et confusion. Mais apparemment, en encourageant les Saoudiens à prêter allégeance sur Twitter, le nouveau roi Salman ouvre une porte. D’aucuns veulent croire aussi à une plus grande ouverture en matière de liberté d’expression.

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