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    Moyen-Orient

    Le patrimoine culturel, autre cible du groupe Etat islamique

    media Menacée par le groupe EI, la mosquée al-Mutawakkil de Samarra, ici en 2007, demeure un joyau de l'art abbasside. Son minaret en spirale hélicoïdale est inscrit, ainsi que l'ensemble de la vieille ville, au patrimoine mondial de l'Unesco. AFP PHOTO/STR

    Au Proche-Orient, la terreur que sème le groupe Etat islamique ne fait pas que des victimes humaines. Le patrimoine de l’humanité est aussi en péril. Le saccage du musée de Mossoul en Irak est le dernier exemple en date. La menace s’accroît désormais sur ce qu’il reste de la culture de cette Mésopotamie plurimillénaire.

    Les jihadistes de l'organisation Etat islamique ont une nouvelle cible : le patrimoine de l’humanité. Après les vidéos d’horreurs absolues de décapitations d’êtres humains de toutes religions, le groupe islamiste a décidé de s’en prendre à la civilisation et à la culture. Il a diffusé le 26 février cinq minutes de propagande dans laquelle des jihadistes détruisent des œuvres du musée de Mossoul. A coups de massue et de marteaux-piqueurs, ils s’en prennent à des œuvres dont certaines dataient du VIIe siècle av. J.-C.. Selon l'Unesco, plusieurs statues provenant du site de Hatra - inscrit sur sa liste du patrimoine mondial -, et conservées au musée de Mossoul, et d'autres objets uniques provenant d'autres sites archéologiques de la province de Ninive ont notamment été détruits.

    Dans le musée de Mossoul, ancienne capitale de l’Assyrie contrôlée par le groupe EI depuis juin 2014, les militants ont anéanti ce qu’ils considèrent être des objets païens, interdits selon leur vision extrémiste de l’islam. « Musulmans, ces reliques que vous voyez derrière moi sont les idoles qui étaient vénérées à la place d'Allah il y a des siècles », clame en arabe classique l’un des militants de l’organisation. Le califat autoproclamé du groupe EI poursuit donc cette mission destructrice, à l’image de celle effectuée par les Talibans afghans en 2001. La destruction des bouddhas de Bamyan, est encore dans toutes les mémoires. Il y 14 ans, les Talibans avaient détruit à la dynamite deux trésors de la civilisation afghane préislamique, datant du Ve siècle. La démolition avait duré plusieurs semaines tant les œuvres étaient monumentales.

    La culture menacée dans son ensemble

    Et les sculptures d’art ne sont, hélas, pas les seules cibles des militants du mouvement EI. Tous les domaines de la culture, de la science et de l’éducation sont ainsi menacés. A Tombouctou au Mali, il y avait eu mi-2012 la démolition d'une quinzaine de mausolées de saints, vénérés pour certains depuis des siècles, par les islamistes d’Ansar Dine. Aussi, plus de 4 000 précieux manuscrits avaient été pillés ou brûlés.

    A Mossoul aujourd’hui, des bibliothèques sont vidées des ouvrages jugés non conformes à l’islam. Les livres de philosophie, de poésie, etc, sont désormais quasi-inexistants. A l’image des heures sombres du nazisme ou de l'Inquisition, les autodafés sont ainsi devenus l’apanage des extrémistes jihadistes. En janvier, des milliers d’ouvrages sont brûlés en public. Ce 22 février, plus de 8 000 livres, dont des manuscrits remontant au XVIIIe siècle, subissent le même sort. Les habitants de la ville qui avaient cherché à protéger leur précieux patrimoine en les cachant chez eux auraient été empêchés de le faire sous peine de mort.

    Les membres de l’organisation Etat islamique, désireux d’éradiquer absolument tout ce qu’ils considèrent comme « impur », s’en prennent aussi aux monuments. A Mossoul, ancienne Ninive, une fois encore, ils ont incendié mi-février l’église de la Vierge Marie, mais également le théâtre de l'université.

    Un trésor millénaire à protéger

    L’avancée du mouvement EI en Irak fait donc craindre le pire, humainement, mais aussi culturellement. Aujourd’hui, les archéologues ont les yeux rivés sur Samarra – ancienne capitale du monde musulman sous les Abbassides –, et la cité antique d’Assour, cibles potentielles des jihadistes. L’ancienne Mésopotamie est un berceau de civilisations plurimillénaires. Sur cette terre nichée entre le Tigre et l’Euphrate se sont succédé, entre autres, les Assyriens (VIIIe et VII siècles avant J.C), les Babyloniens (VIe siècle avant J.C), les Perses (VIIe siècle avant J.C). Les vestiges de ces différentes cultures, plus précieux les uns que les autres, parsèment l’Irak d’aujourd’hui et rarement auparavant un souverain, de quelque civilisation soit-il, n’avait détruit l’héritage de ses ancêtres. Bien souvent, des églises ont été construites sur des ruines de temples dédiés aux dieux mésopotamiens, puis ont pu à l’occasion se transformer en mosquées…

    Le groupe EI, qui justifie les destructions de monuments par le fait qu’ils ont été bâtis sur des sépultures synonymes d’idolâtrie, s’appuie sur un texte de Mohammad Ibn Abdel Wahhab – fondateur du wahhabisme - dans lequel il prône la démolition de tout ce qui s’apparente à de l’idolâtrie ou qui pourrait le devenir. Ainsi en juillet dernier, la tombe du prophète Jonas – un prophète auquel Coran consacre sa dixième sourate - a été dynamitée. Dans la vidéo de propagande mise en ligne le jeudi 26 février, les jihadistes du groupe Etat islamique défigurent un imposant taureau ailé assyrien de la porte de Nergal (dont un jumeau est exposé à Londres) à l’aide d’un perforateur. Le fanatisme iconoclaste à son paroxysme.

    Face à ce drame archéologique qui se joue, une vague d’indignation mondiale pourrait pousser la communauté internationale à réagir rapidement. Le 27 février, le Conseil de sécurité des Nations Unies a condamné les « actes terroristes barbares » survenus dans la ville de Mossoul, réaffirmant que le groupe « doit être battu et que l'intolérance, la violence et la haine qu'il soutient doivent être éradiquées ». La directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, a demandé en urgence une réunion du Conseil de sécurité sur la protection du patrimoine culturel de l'Irak. En évoquant un « nettoyage culturel », Irina Bokova a réclamé vendredi à la Cour pénale internationale (CPI) de se saisir du cas.

    Un enjeu multiple

    Du côté des autorités irakiennes, l’inquiétude de voir à nouveau les antiquités du pays qui n’ont pas été détruites alimenter le trafic est immense, un trafic international qui menace le patrimoine archéologique irakien depuis l’invasion américaine en 2003 et le basculement du

    Des membres du groupe Etat islamique détruisent des statues du musée de Mossoul. REUTERS/Social media Web site via Reuters TV

    pays dans le chaos. Tandis que le musée national irakien a officiellement rouvert ses portes samedi 28 février, après douze ans d'efforts acharnés durant lesquels près d'un tiers des 15 000 pièces volées ont été récupérées, le Premier ministre irakien, Haïdar al-Abadi, a ainsi promis de s'opposer au trafic de pièces d'antiquités dérobées par les combattants du groupe Etat islamique. Selon le Premier ministre, les extrémistes jihadistes n'ont pas détruit toutes les sculptures et statues du musée. Ces derniers s'apprêteraient à les écouler sur le marché noir pour s'assurer de nouvelles rentrées financières. Dans une résolution adoptée le 12 février, le Conseil de sécurité soulignait déjà que le pillage et la contrebande d'objets appartenant au patrimoine culturel en Syrie et en Irak finançaient les groupes jihadistes.

    En imposant le règne de la terreur, en voulant détruire l’identité même de l’Irak, et peut-être demain celle de la Syrie déjà ravagée culturellement par plus de quatre ans de guerre, c’est une partie de la civilisation de Mésopotamie qui meurt. Mais pas uniquement. « Cette tragédie est loin d'être seulement un enjeu culturel, explique Irina Bokova, c'est un enjeu de sécurité majeur, et l'on voit bien comment les terroristes utilisent la destruction du patrimoine dans une stratégie de terreur, pour déstabiliser et manipuler les populations, et assurer leur domination ».

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