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    Moyen-Orient

    Les Kurdes affirment leurs positions dans le nord de la Syrie

    media Un Kurde portant les couleurs du PKK à la frontière turco-syrienne, en août 2012. AFP PHOTO / ARIS MESSINIS

    Il y a onze ans, jour pour jour, les Kurdes de Syrie se sont soulevés durant des semaines dans un mouvement durement réprimé - avec des dizaines, voire des centaines de victimes - dans le nord du pays. Ce 15 mars, c’est surtout ce soulèvement-là que marquent les Kurdes de Syrie, plus que le « printemps arabe », version syrienne né il y a quatre ans. Aujourd’hui, où en sont les Kurdes syriens dans cette terrible guerre civile ?

    Avec notre correspondant à Istanbul, Jérôme Bastion

    Les Kurdes sont et restent à part. Sans jamais accepter de rentrer dans la coalition nationale syrienne, ni la rébellion de l’Armée syrienne libre (ASL), ils ont obtenu une autonomie de facto en juillet 2012 quand l’armée de Bachar el-Assad avait déserté la région. Pour la première fois de son histoire, le Kurdistan syrien jouissait, sans qu’une goutte de sang ne soit versée, d’une totale liberté ; et, rapidement le Parti de l’unité démocratique (PYD), affilié au PKK turc, a pris le dessus sur les autres mouvements politiques locaux : dans les trois cantons kurdes de la Rojava, à savoir Afrin à l’ouest, Kobane au centre et Kamishlo à l’est, il a mis en place des institutions solides et surtout une armée nombreuse et bien organisée, même si assez légèrement équipée, parce que tous savaient dans la région que tôt ou tard d’une manière ou d’une autre le conflit les gagnerait et qu’il leur faudrait défendre leur indépendance. Il faut d’ailleurs rappeler qu’officiellement, jamais les Kurdes ne revendiquent la sécession, ils affirment toujours vouloir rester au sein de l’Etat syrien, mais avec un statut de large autonomie.

    Victoire symbolique à Kobane

    Ils ont finalement eux aussi dû entrer en guerre, à l’automne dernier avec la bataille de Kobane, mais toujours pas contre le régime de Bachar el-Assad. L’organisation Etat islamique avait déjà attaqué deux fois la Rojava, le canton de Kobane, en juin puis juillet dernier, en vain. C’est en septembre 2014 que les jihadistes ont vraiment envahi le canton, assiégé sa capitale Kobane jusqu’à en prendre quasiment entièrement le contrôle. La situation paraissait désespérée pour les Kurdes face au rouleau compresseur jihadiste alors que le petit canton kurde est totalement enclavé (la frontière avec la Turquie est fermée hermétiquement). Mais la coalition anti-Etat islamique a décidé de soutenir la résistance kurde, malgré l’opposition de la Turquie, en bombardant les positions jihadistes. Et, après quatre mois de combat, les Kurdes, aidés des peshmergas irakiens et des rebelles du PKK turc, ont réussi à libérer leur ville, remportant une victoire d’une très grande importance symbolique car c’était la première fois que les mouvements kurdes des trois pays – Turquie, Syrie, Irak - combattaient ensemble et remportaient une victoire, au moins temporaire.

    Négociations relancées

    Cette confrontation a en quelque sorte débordé en Turquie, avec des répercussions directes sur la question kurde dans ce pays. Le mouvement kurde de Turquie sort incontestablement renforcé de cet épisode. Et ce n’est pas un hasard si le gouvernement turc, qui a eu beaucoup de mal à contenir une contestation populaire très vive au moment de la bataille de Kobane – Ankara étant accusé de laisser sciemment les Kurdes syriens se faire écraser par l’organisation Etat islamique – a relancé les négociations avec le parti pro-kurde et le PKK, pour mettre fin à trente ans de conflit armé. Le PKK, fort de ses succès en Syrie et en Irak contre les jihadistes, s’est imposé comme un véritable acteur de la recomposition de cette région, militairement et politiquement. Dans ce contexte, et d’autant que la guerre continue contre l’organisation Etat islamique, il risque d’être très difficile pour le gouvernement turc d’obtenir le désarmement du PKK, comme il en rêve avant les législatives de juin prochain. Cette notoriété de la rébellion acquise sur les champs de bataille renforce aussi le mouvement politique kurde HDP, qui devrait faire un score historique lors de ce scrutin de juin 2015.

    Donc, pour faire un bilan global de ces quatre ans de conflit syrien, le mouvement kurde en est le principal bénéficiaire, alors que la Turquie se retrouve, elle, particulièrement en porte-à-faux face à ce conflit.

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