GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Mardi 11 Décembre
Mercredi 12 Décembre
Jeudi 13 Décembre
Vendredi 14 Décembre
Aujourd'hui
Dimanche 16 Décembre
Lundi 17 Décembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    Moyen-Orient

    La cinéaste Khadija al-Salami combat le mariage des enfants au Yémen

    media Dans le film de Khadija al-Salami, «Moi Nojoom, 10 ans, divorcée», c’est Reham Mohammed qui interprète Nojoom: jamais une fille aussi jeune n’avait obtenu le divorce au Yémen. DR

    Ce lundi 8 juin, à Paris, l'Institut du monde arabe donne la parole aux femmes artistes yéménites, lors d'une soirée en partenariat avec RFI, avec la projection d'un film-coup de poing : « Moi, Nojoom, 10 ans, divorcée », de Khadija al-Salami. Le premier film de fiction entièrement tourné au Yémen parle du combat d'une petite fille contre le mariage précoce, un fléau qui touche un tiers des femmes yéménites de moins de 18 ans. Avant même le début de la guerre qui déchire le pays aujourd'hui, le Yémen était à la dernière place du classement mondial sur les inégalités entre les sexes. Entretien.

    70 000 femmes meurent chaque année dans le monde des suites d’un mariage précoce. En quoi l’histoire de Nojoom, qui veut dire «comme les étoiles dans le ciel », est-elle exemplaire ?

    Khadija al-Salami : C’est exemplaire parce que ce film Nojoom est inspiré de l'histoire vraie d’une jeune fille au Yémen, mariée à dix ans. [En 2008, Nojoud Ali était devenue la plus jeune divorcée du Yémen. Son livre Moi, Nojoud, 10 ans, divorcée a été traduit en 16 langues et s'est vendu dans 35 pays, ndlr]. Cette petite fille, quand elle a demandé le soutien de ses parents, quand elle a découvert ce que veut dire le mariage, a été terrorisée. Elle est retournée chez elle pour demander le secours de sa famille. Mais malheureusement, cela n'a pas été le cas. Elle a dû trouver une autre solution. Cette fille a été très courageuse pour aller jusqu’au tribunal, sans savoir ce qu’était un tribunal. Donc, elle est allée toute seule chercher de l’aide et demander le divorce auprès d’un juge. Heureusement, elle a trouvé un avocat et un juge, parce qu'au Yémen, il n’y a pas de loi interdisant le mariage des enfants.

    Au début du film, on voit cette petite fille, jouée par Reham Mohammed, qui court voir un juge et lui dit « je veux divorcer ». Le juge a vraiment du mal à comprendre, parce que cette petite fille n’a que dix ans. De fait, aucune fille aussi jeune n’avait jamais demandé le divorce au Yémen...

    Exact, parce qu’il n’y a déjà pas de loi. Et les filles n’osent pas. Moi, j’ai été aussi victime de cette histoire. J’ai été mariée à 11 ans. Je ne savais pas quoi faire. La seule chose que j’ai dite, c’était que je ne voulais pas de ce mariage. Mais il n’y a aucun moyen pour aller chercher de l’aide, il n’y a pas de loi, pas d’organisation. A mon époque, c’était encore pire. J’étais là-bas toute seule pour combattre ma famille et la société entière, parce que je ne voulais pas vivre cette vie douloureuse. Et finalement, ma mère s’est réveillée et m’a soutenue.

    Ce combat, c’est aussi le vôtre. Comment avez-vous vécu ce tournage ? Est-ce que c’était douloureux de revivre à travers ce personnage votre histoire ? Ou, au contraire, est-ce que vous l’avez vue comme une manière d’exorciser ce qui vous est arrivé, peut-être de tirer un trait dessus et de se débarrasser d’une certaine manière de cette histoire ?

    C’était douloureux dans tous les sens. Je voulais complètement oublier, je ne voulais plus être une victime. Je voulais dépasser tout cela. C’est dur, parce que c’est toujours là. Quand on vit une expérience très douloureuse, ça nous marque toute la vie. Je remarquais ça en faisant le film. C’était vraiment comme un exorcisme. C’était dur de le faire au Yémen, parce qu’il n’y a pas de culture du cinéma. Le sujet est très sensible, la sécurité est encore très difficile. Donc pour faire ce film au Yémen, ce fut un vrai cauchemar.

    C’est le premier long métrage de fiction entièrement tourné au Yémen ?

    Exact, avec des comédiens yéménites. Il n’y avait pas vraiment de comédiens yéménites, il fallait les former. En plus, je ne pouvais pas dire ce que je voulais faire. Je n’avais pas demandé une autorisation auprès de l’État.

    Vous avez tourné clandestinement ?

    J’ai filmé clandestinement. Même mes comédiens et comédiennes ne savaient pas de quelle histoire il s’agissait. Ils ne connaissaient pas le sujet de l’histoire. Je leur ai donné peu à peu tout au long du tournage leurs textes et leurs dialogues. C’est à la fin qu’ils ont découvert le film. Au début, je ne le voulais pas pour une question de sécurité. On a peur de ces intégristes qui sont pour le mariage des enfants. Donc, ce n’était pas vraiment facile de faire ce film. En plus, tous les jours, on avait des problèmes logistiques. On n’avait pas d’électricité, le générateur qu’on devait louer a été volé ou l’on ne trouvait pas de diesel pour le faire marcher…

    Ce film est construit en flash-back et cela permet de comprendre l’engrenage dans lequel est pris Nojoum qui est donc mariée à 10 ans et qui va essayer de divorcer. Il y a eu le viol de sa sœur, le déshonneur de la famille. Ils ont été obligés de fuir leur village pour s’installer à Sanaa. Et on comprend que le père a finalement vendu sa fille. Il l’a mariée pour payer le loyer. Qu'est-ce qui est le plus important pour expliquer cette descente aux enfers de Nojoum : la pauvreté ? L’illettrisme ? Le poids des traditions ?

    C’est tout ensemble. Le poids des traditions, le mal qui provient de la religion, la pauvreté, tout cela est lié. Donc, il faut tout combattre, de tous les côtés. Ce que l’on retient, c’est la pauvreté, c’est le manque d’éducation pour les femmes et les hommes, parce que les femmes aussi sont pour ce mariage précoce. Ma mère et ma grand-mère sont aussi passées par cela. Ma mère a été mariée à huit ans. Jusqu’à aujourd’hui, elle est encore terrorisée par cette expérience. Et je lui ai dit « Maman pourquoi est-ce que tu m’as poussée à me marier ? ». Et elle m’a dit : « Je ne croyais pas qu’il y avait autre chose. Je croyais que c’était notre destin et qu’il fallait avoir la patience et accepter notre destin ». Mais maintenant, grâce à ma rébellion, après ce que j’ai fait, dans ma famille, il n’y a plus aucune fille qu'on a mariée très jeune.

    ► A lire aussi : Entretien avec Arwa Al Hubaishi, l’une des photographes yéménites de l’exposition «Je suis une femme»


    ► Ecouter l'interview avec Khadija al-Salami

    ► Moi, Nojoom, 10 ans, divorcée, le premier film de fiction yéménite, réalisé par Khadija al-Salami et primé Meilleur film au dernier festival de Dubai, sera projeté ce lundi 8 juin à 20 h à l’Institut du Monde Arabe (IMA), à Paris.

    ► Le 15 juin, à Bruxelles, une deuxième soirée consacrée aux femmes yéménites aura lieu, placée sous le haut patronage de Madame Michèle Alliot-Marie, député européen, présidente de la délégation du Parlement pour les relations avec la péninsule arabique et de Madame Bettina Muscheidt, Ambassadeur de l'Union européenne au Yémen.

     

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.