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    Moyen-Orient

    Le Prix Théâtre RFI 2015 décerné à la Libanaise Hala Moughanie

    media La Libanaise Hala Moughanie, Prix Théâtre RFI 2015 pour «Tais-toi et creuse». DR

    L’écrivaine libanaise Hala Moughanie a reçu ce dimanche 27 septembre le Prix Théâtre RFI 2015 lors du 32e Festival des Francophonies en Limousin. À Limoges, sa pièce de théâtre Tais-toi et creuse a été choisie parmi 216 textes envoyés en provenance de 24 pays. Le jury, présidé par le dramaturge et romancier ivoirien Koffi Kwahulé, a salué l'humour jubilatoire et féroce d'« un texte immense, simple et profond ».

    Créer le vide pour raconter une histoire. Tais-toi et creuse (éditions Arcane) nous fait vivre de l’intérieur la vie d’une famille libanaise rassemblée dans une décharge autour d’un trou pour affronter l'enfer et refaire le monde. Le rôle de la littérature est-ce de creuser ?  « Je ne dirais pas que c’est le rôle de la littérature de creuser, c’est le rôle de chaque individu, répond Hala Moughanie. Mon outil à moi, c’est la littérature. Mais chaque individu à ses outils à lui. Le rôle que je donne à la littérature, c’est le rôle d’excavation, parce que c’est en allant au fond des choses que nous nous donnons un sens à ce qui est incompréhensible à l’être humain : la souffrance, la violence, l’injustice, les guerres, les conflits, les invasions… »

    « J’avais un besoin d’écrire »

    Il y a une question pour laquelle elle n’a pas encore trouvé de réponse. Qu’est-ce qui l’a poussé à écrire ? « Je ne sais pas si on fait le choix d’écrire. Ce que je sais c'est que très jeune, j’avais une envie et un besoin d’écrire. À travers la langue, j’arrivais à m’exprimer au mieux. Ce qui m’a poussé à écrire Tais-toi et creuse, c’était la quête d’une mémoire que nous ne parvenons pas à maintenir au Liban. Le travail de mémoire de guerre ne s’est jamais fait après la guerre de 1975 à 1990. Cela m’a toujours beaucoup travaillé. Je n’ai jamais compris comment on pouvait occulter une partie de son histoire, les souffrances d’un peuple entier. C’est quelque chose qui me dépassait et dont j’avais envie de parler dans cette pièce. »

    Le Prix Théâtre RFI ? Avec sa voix pleine d’émotions qui laisse encore paraître sa surprise d’avoir reçu ce prix, elle l’avoue sans détour. Ce texte, qui a tellement mis du temps à trouver un public, elle l’avait envoyé à RFI comme on lance une bouteille à la mer. D’autant plus qu’il s’agit de sa première pièce théâtrale. « Un texte pour un théâtre ne peut pas faire plus qu’un roman, mais il peut le faire différemment. Le théâtre permet d’avoir des voix dissonantes, discordantes qui se rentrent dedans, qui se fracassent les unes contre les autres. En conséquence, elles peuvent mettre en avant la violence des relations à travers de situations conflictuelles que peuvent vivre les individus. Dans la répartition de la parole, les dissonances vont être plus claires, parce qu’elles vont être incarnées par des personnages différents. Quant à l’écriture, un texte de théâtre permet des moments de réflexion. À plusieurs reprises, vous avez dans le texte des silences, des moments de pause. Il y a un espace qui se déploie à l’extérieur de ce qui est écrit et qui donne une autre dimension à l’histoire. »

    « Le théâtre est fondamental pour moi »

    Et puis, il y a surtout l’espoir de voir un jour sa pièce jouer dans un vrai théâtre : « Le théâtre est fondamental pour moi. Avec une pièce théâtrale, on fait une réflexion sur les enjeux de la société. À travers la représentation, le théâtre permet de se regarder en face et, en conséquence, de réfléchir. Réfléchir dans le sens de penser, mais aussi dans le sens de se regarder dans un miroir. »

    Sa plume ? Des mots qui vibrent, des dialogues ping-pong et des phrases où l’on s’étonne d’une nuit sans explosions : « Sans explosions. C'est bizarre. Moi, j'en ai pris l'habitude, des explosions. Les explosions, c’est comme une horloge, mais une horloge qui a ses heures à elle. Qui sont nos heures à nous maintenant », se résigne le fils dans le texte. Un récit qui vit au rythme de situations à la fois banales, dramatiques et grotesques.

    Le nombre réduit de personnages (une famille et deux policiers) permet d’aller à l’essentiel : un père, la cinquantaine, commerçant, une mère tiraillée entre les devoirs et les désirs, un fils obsédé par l’histoire de son pays et qui ramène des poupées sans tête comme souvenir à la maison. « Quel sentimental dégueulasse, ton petit a à s’attacher à n’importe quoi », se plaint le père auprès de la mère.

    Deux générations réunies autour d’un même thème : le Liban, pays marqué par la guerre et en reconstruction permanente. Le tout raconté avec une vision franche et des mots troubles d’une auteure ayant vécu pendant son enfance la « guerre civile » libanaise et qui a construit ce premier livre à l’âge de 26 ans, pendant le conflit de juillet 2006. Ce conflit entre Israël et le Liban est entré dans l’histoire du Liban comme la guerre de juillet ayant provoqué dans le pays la mort de plus de mille civils, le déplacement d’un quart de la population et la destruction d’une grande partie des infrastructures.

    Quand une guerre donne un nouveau sens au texte

    « J’avais commencé Tais-toi et creuse en 2006 et il avait sa forme finale en 2008, raconte Hala Moughanie. Entre ces deux dates, il y avait un événement qui était pour moi dans ma vie et pour l’histoire de mon pays fondamental, le conflit de juillet 2006 que ce texte a pris en pleine figure et qui l’a profondément transformé. Au moment même où j’écrivais - ayant en tête le besoin de travailler et de retrouver un passé -, je vivais la violence que nous étions censé avoir oubliée. Le conflit de juillet 2006 a injecté au texte un nouveau sens et a lui donné une nouvelle dimension. »

    Aujourd’hui, elle est en train de travailler sur un roman qui creuse son trou pour faire surgir la décadence de la ville. Et c’est bien parti pour qu’il y ait de nouveau un drame d’une dimension historique qui s’invitera de manière imprévue dans le récit : les réfugiés syriens au Liban. « Oui, d’un côté, ce drame intervient dans l’écriture de mon nouveau roman, mais pour l’instant je suis en pleine réflexion là-dessus. Je me demande comment articuler les réfugiés, les immigrés, les migrants. Ce qui m'intéresse, c'est la question de l'exil, dans sa dimension d'arrachement et de déracinement .C’est un thème qui m’avait beaucoup inspiré au tout début. Avant Tais-toi et creuse, j’avais commencé à écrire un texte sur l'exil. »

    Le retour au pays

    Née en 1980 au Liban, Hala Moughanie a vécu une quinzaine d’années à Paris et fait des études de littérature et de philosophie à la Sorbonne. L’année 2003 signe le retour au pays. Elle travaille comme enseignante et journaliste, dans le milieu de la culture et de l’humanitaire, gagne son argent dans la coopération et des organisations internationales, rédige « tant de discours pour des maires, des ministres et autres intervenants aux conférences sur l’accessibilité dans Beyrouth ou sur l’amélioration des conditions sanitaires dans les écoles ».

    Dotée d’une nouvelle visibilité grâce au Prix RFI Théâtre qui assurera une lecture publique du texte au prochain Festival d'Avignon et une mise en ondes sur les antennes et le site de RFI pour les 40 millions auditeurs hebdomadaires et les 9 millions internautes par mois de la radio mondiale, elle ne rêve pourtant pas de devenir écrivaine à plein temps. Hala Moughanie préfère continuer à se consacrer à sa propre association, Madina, pour soutenir les municipalités dans le développement de services en direction des usagers et, bien sûr, à son troisième enfant qui va bientôt naître et qui a empêché son voyage de Beyrouth à Limoges pour assister à la cérémonie du prix sur place : « Pour être très honnête, je ne voudrais pas vivre de la littérature, parce que je ne voudrais pas en être dépendante. Je ne cherche pas à vivre de mon écriture et d’ailleurs, je ne sais pas si je le pourrais. Je n’écris pas de choses qui plaisent à premier abord. C’est aussi pour cela que ce texte a mis tellement du temps à trouver un public et à être reconnu. De ne pas avoir cette expectative, cela me permet une très grande liberté. »

    Ecouter un court extrait de «Tais-toi et creuse», pièce de théâtre de Hala Moughanie lue lors de la remise du Prix RFI Théâtre 2015 aux Francophonies en Limousin. Les comédiens: Bénédicte Wenders (mère), Gérard Cherqui (père), Guillaume Delalandre (fils). 28/09/2015 - par RFI Écouter

     

    Cliquez ici pour retrouver les douze textes présélectionnés.
    ► Le Prix Théâtre RFI a été décerné en 2014 pour la première fois, au Congolais Julien Mabiala Bissila pour Chemin de fer. Le prix a pour objectif de promouvoir la richesse des écritures dramatiques contemporaines francophones du Sud et de favoriser le développement de carrière de jeunes auteurs, écrivant en français. RFI et ses partenaires offrent au lauréat : un soutien professionnel et une exposition médiatique à travers une dotation financière attribuée par la SACD, l'organisation d'une résidence en France, à la Maison des Auteurs de Limoges et au Théâtre de l’Aquarium, financée par l'Institut français et accompagnée par l’association Beaumarchais-SACD, une promotion du texte et une mise en ondes sur les antennes de RFI.

     

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