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    Moyen-Orient

    Syrie: Moscou a lancé ses avions, mais pour frapper qui?

    media Le président russe Vladimir Poutine, lorsqu'il était Premier ministre, en 2010 sur une base aérienne près de Moscou. AFP PHOTO / RIA NOVOSTI / POOL / ALEXEY DRUZHININ

    En lançant les premiers raids aériens russes en Syrie, ce mercredi 30 septembre, Vladimir Poutine entend replacer Bachar el-Assad au centre de la résolution de la crise syrienne. Une recomposition des alliances qui se joue au grand dam des Britanniques, des Américains et des Français, qui réclament des gages sur le fait que les cibles sont bien des jihadistes et non d'autres opposants. Ils ont réaffirmé leur opposition à une solution politique incluant le président syrien, qualifié de « bourreau » par Laurent Fabius.

    Mercredi 30 septembre, les frappes des aviations russe et syrienne ont touché les provinces de Hama, Homs et Lattaquié. Selon Moscou, les cibles visées étaient des positions du groupe Etat islamique. Le Kremlin affirme que ses avions ont procédé à des « frappes de précision », détruisant notamment des « équipements militaires », des moyens de communication et des « stocks d'armes et de munitions » du groupe EI. Vladimir Poutine a aussitôt justifié ces frappes, lors d’une intervention télévisée, par la nécessité de « prendre de vitesse » les jihadistes en les frappant « sans attendre qu'ils arrivent chez nous ».

    Le président russe a également affirmé que cette intervention était conforme au droit international, rapporte la correspondante de RFI à Moscou, Muriel Pomponne. Car, si la Russie n’a pas obtenu une résolution des Nations unies, Moscou s’appuie sur une demande officielle d’aide émise par la présidence syrienne. « Nos partenaires agissant en Syrie n’ont ni l’un, ni l’autre », a souligné Vladimir Poutine, fustigeant une fois de plus la position des Occidentaux, qu’il accuse d’avoir aggravé la situation. « Le conflit en Syrie a des racines profondes, son origine vient de plusieurs facteurs, qui ont été aggravés par l'ingérence sans gêne de l'étranger dans les affaires de la région », a accusé le président russe.

    La Russie « n'a pas frappé Daech », selon la France

    Quelques heures après l’annonce des frappes menées par la Russie, le chef de la diplomatie britannique, présent à l’ONU, s’est montré sceptique. Philip Hammond a réclamé une confirmation sur les cibles touchées : « Nous avons dit clairement que nous aurions de sérieuses inquiétudes si la Russie devait frapper des zones où il n'y a pas d'opérations de l'EI et de (groupes) affiliés à al-Qaïda », a pour sa part prévenu le secrétaire d’Etat américain, John Kerry. Le Pentagone estime que l’aviation russe « vraisemblablement ciblé l’opposition à Bachar el-Assad, et non les terroristes de l’Etat islamique ». « Les informations sont en cours de vérification », dit-on au ministère américain de la Défense, comme le rapporte notre correspondante à Washington, Anne-Marie Capomaccio.

    Même tonalité chez les Français. Jean-Yves Le Drian, ministre français de la Défense, réfute les informations russes affirmant avoir frappé des zones sous contrôle de l'EI. Il n'y va pas par quatre chemins : « Comme vous le savez désormais, les forces russes ont frappé en Syrie. Curieusement, ils n'ont pas frappé sur Daech. Je vous laisserai en tirer un certain nombre de conclusions. » Ces conclusions : si les frappes russes n’ont pas ciblé le groupe Etat islamique, elles ont frappé les combattants d'autres groupes. Pour les Français comme pour les Américains, la stratégie russe est ainsi claire, désormais : alors que leurs propres forces bombardent les jihadistes, la Russie compte non pas éradiquer les terroristes mais la rébellion modérée.

    Une réunion en urgence à l'ONU entre protagonistes

    Sergueï Lavrov a réaffirmé, ce jeudi matin avec force, que les bombardements de l’aviation russe menée en Syrie ne visaient que des bases du groupe Etat islamique, démentant les informations des chancelleries occidentales, non fondées selon lui. Le secrétaire d'Etat américain John Kerry et son homologue russe se sont vus mercredi 30 septembre aux Nations unies. Et tous deux ont convenu de l'urgence absolue d'une rencontre rapide entre leurs responsables militaires.

    Les armées des deux pays opèrent désormais sur le même terrain ; elles bombardent toutes deux la Syrie. Les deux puissances veulent éviter tout incident entre leur aviation respective. Mais le chapitre politique a également été abordé lors de la rencontre entre les deux hommes : « Nous voulons tous une Syrie démocratique et unie, mais nous avons des désaccords sur la manière d'y parvenir », a déclaré Sergueï Lavrov. John Kerry, qui a de nouveau souligné ses doutes sur les cibles visées par l'aviation russe, a fait état d'une avancée sur le plan politique. « Nous pensons avoir franchi une étape qui pourrait nous aider à aller dans la bonne direction », a déclaré le secrétaire d'Etat américain.

    Moscou à la manœuvre dans le concert des nations

    La Fédération de Russie marque des points. Ces derniers jours, l'offensive de Moscou sur la Syrie s'est portée à la fois sur le plan diplomatique et militaire. Elle n'a cessé de monter en puissance depuis le début de l'Assemblée générale des Nations unies. Avec le discours du président Vladimir Poutine à la tribune tout d'abord : il s'est posé comme un acteur incontournable du règlement du conflit et a présenté le régime syrien comme la seule alternative fiable à la terreur du groupe Etat islamique. Les Russes ont aussi lancé toutes sortes d'initiatives : création d'un groupe de contact, projet de résolution devant le Conseil de sécurité.

    Et puis, sur le plan militaire, Moscou a dans un premier temps déployé un important dispositif dans le fief de Bachar el-Assad. Cela a suscité inquiétudes et interrogations dans le camp occidental. Puis, avec leurs frappes, les Russes ont finalement pris de court les Américains, les contraignent désormais à dialoguer directement avec eux sur l'avenir du pays. Vladimir Poutine, qui était au ban de la communauté internationale depuis l'annexion de la Crimée et la guerre dans l'est de l'Ukraine il y a deux ans, est donc bel et bien de retour sur le devant de la scène.

    Un projet de résolution incluant l'armée loyaliste

    Moscou doit présenter, ce jeudi 1er octobre, un projet de résolution allant dans son sens devant le Conseil de sécurité des Nations unies. S'exprimant devant ledit Conseil de sécurité, Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, a jugé « indispensable de mettre au point une coordination de toutes les forces qui combattent les terroristes ». Il a par ailleurs réaffirmé que la Russie a « informé les autorités des Etats-Unis et d'autres Etats membres de la coalition formée par les Américains » avant ses mouvements.

    Le ministre russe des Affaires étrangères a également détaillé les contours de la coalition que Moscou entend voir naître contre le groupe Etat islamique : « Les forces armées syriennes, irakiennes, les milices kurdes, et les détachements armés de l'opposition syrienne patriotique ; en un mot, tous ceux qui, sur cette terre, combattent l’organisation Etat islamique », a-t-il décrit. « Cela concerne aussi les acteurs extérieurs qui, d’une manière ou d’une autre, soutiennent les actions antiterroristes dans la région. Il est important qu’une telle coordination soit fondée sur les décisions du Conseil de sécurité en adéquation avec la Charte de l'ONU. »

    Pour Fabius, Bachar el-Assad « n'est pas l'avenir »

    Sur ce dossier, la France tente de contrer la stratégie de la Russie de remettre Bachar el-Assad au centre du jeu, aussi bien sur le plan diplomatique que judiciaire, avec l’ouverture d’une enquête pour « crimes de guerre » à Paris à l’encontre du régime syrien. A la sortie du Conseil de sécurité, Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, s'est cependant dit ouvert à une coopération avec les Russes, mais sous conditions. « La première condition, c’est que les frappes soient dirigées contre Daech et contre les groupes terroristes seulement. Et il faudra vérifier si les frappes russes intervenues aujourd’hui respectent ou non cette première condition », a posé le ministre mercredi.

    Deuxième condition posée par Laurent Fabius : « Il faut mettre fin aux bombardements de populations civiles avec des barils d’explosifs qui sont lâchés depuis des hélicoptères ». Il a également plaidé pour « traiter la crise à la racine » : « Il faut une transition de nature politique qui dise clairement au peuple syrien que son bourreau, c'est-à-dire Bachar el-Assad, n’est pas son avenir. » Une ligne « ni-Assad, ni-jihad », réaffirmée également par le secrétaire d'Etat américain John Kerry : « Nous ne mélangerons pas notre combat contre l'EI avec le soutien à Assad [...] Les Etats-Unis sont prêts à travailler avec toutes les nations, y compris la Russie, pour résoudre le conflit. Mais Assad ne pourra jamais devenir un dirigeant légitime à l’avenir. »

    « Tout est en place pour que la donne change »

    Avec les bombardements menés par la Russie mercredi 30 septembre, en coordination avec l’armée syrienne, « tout est en place pour que la donne change », analyse le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l'ONU. L’intervention russe est un « changement majeur » selon lui, car le président syrien « a aujourd’hui du soutien à la face du monde ».

    « On se posait la question après l’entretien entre Barack Obama et Vladimir Poutine, lundi aux Nations unies : jusqu’où irait le soutien de Moscou à Bachar el-Assad. Il semblerait qu’il veuille aller très loin, alors que le reste de la coalition veut aller vers une porte de sortie pour Bachar el-Assad », estime le militaire français. Et pour le général Dominique Trinquand, ces bombardements russes entrent dans la stratégie globale déployée par la Russie ces dernières semaines.

    Les étapes de cette stratégie ? « Déployer ses pièces sur le terrain ; ensuite, faire un discours auprès de l’Assemblée générale des Nations unies ; obtenir une demande de la Syrie, qui légitime son action ; ensuite, faire des actions sur le terrain, puis proposer une résolution. Là, la boucle est bouclée aussi bien sur le plan diplomatique que tactique », expose le général français.

    Un axe « russo-chiite » se dessine en Syrie

    Une analyse partagée par Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur associé à l’institut Thomas More. Pour lui, l’objectif immédiat de la Russie est « d’empêcher la chute du régime de Bachar el-Assad et de consolider leur position en Syrie, avec un certain nombre d’actifs géostratégiques ». Au-delà de cet objectif à court terme, Moscou cherche, selon le chercheur, à « reconstituer un système d’alliances » au Proche et au Moyen-Orient.

    « Ce qui est particulièrement important, c’est la mise en place d’un front russo-chiite. Ces dernières années on parlait d’un axe chiite Téhéran-Damas-Hezbollah, et là, ce que l’on voit se mettre en place, c’est une cellule de coordination entre la Russie, la Syrie, l’Iran l’Irak, et derrière, le Hezbollah. C’est ça le fait le plus important », souligne Jean-Sylvestre Mongrenier.

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