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    Moyen-Orient

    Crash dans le Sinaï: la pagaille des rapatriements en Egypte

    media Aéroport international Pulkovo, Saint-Pétersbourg, le 7 novembre 2015. Tous les vols en provenance d'Hurghada et Charm el-Cheikh sont affichés en rouge. REUTERS/Peter Kovalev

    Rappel des faits : il y a une semaine, un avion russe s'écrase dans le Sinaï, causant la mort de 224 personnes. Quelques heures plus tard, le groupe EI revendique le crash. Côté occidental, l’hypothèse d'un attentat est très vite prise au sérieux et les Britanniques annoncent la suspension de leurs vols avec l’aéroport de Charm el-Cheikh. Côté russe, une semaine après les faits, les autorités changent leur fusil d'épaule et décident finalement d’en faire de même. Se pose alors la question du rapatriement, appréciée différemment à Londres et Moscou. Mais pour Le Caire, dans tous les cas, c'est une descente aux enfers.

    Isolée face au reste du monde, l'Egypte refuse de considérer sérieusement la thèse de l'attentat dans le crash de l'Airbus A321 de la compagnie Metrojet. Alors que l'enquête se poursuit - non quelques questions sur son caractère libre et indépendant -, la situation des vacanciers est quelque peu chaotique à Charm el-Cheikh, notamment en raison des annulations civiles en direction de la station balnéaire.

    Sur place, le rapatriement des Britanniques décrété par Londres s’organise tant bien que mal depuis vendredi. Il s'agit de rapatrier la bagatelle de 20 000 ressortissants tout de même. Les autorités du Royaume-Uni avaient tablé sur un nombre de 19 vols par jour, mais les responsables de l’aéroport de Charm el-Cheikh, débordés, n’ont laissé que huit avions décoller vendredi, puis neuf samedi.

    Notre envoyé spécial à Charm el-Cheikh, François Hume-Ferkatadji, explique que certains Britanniques ont été directement contactés par leur ambassade, via un texto au petit matin ou un mail de dernière minute. Puis, samedi, l’armée égyptienne a repris le contrôle de l’opération.

    Mais depuis mercredi, certains vacanciers ont déjà été convoqués trois ou quatre fois à l’aéroport, avec souvent la même déconvenue à l’arrivée : vol annulé et reporté à une date inconnue. Les touristes font donc la navette entre le village-vacances et l’aéroport. Ils peuvent ainsi tester leur capacité à supporter les événements avec sang-froid.

    Les Russes, plus souples que les Britanniques

    Les vacances se prolongent de force, et les compagnies ont promis de rembourser les nuitées supplémentaires. Certains touristes sont anxieux, quand d’autres profitent de ces quelques jours de plus à la piscine ou sous l’eau, Charm el-Cheikh étant un haut lieu pour la plongée sous-marine.

    Samedi, les Russes ont donc rejoint le rang des nationalités concernées par les annulations de vol. Une longue file d’attente de minibus des tour-operators s’est alors formée devant l’aéroport (où les journalistes étaient bannis). Résultat : en milieu d’après-midi, l’aéroport était plein à craquer et 90 % des vols étaient retardés.

    Dans l'autre sens, ce dimanche, 44 avions vont arriver de Russie vides. Ils rapatrieront les voyageurs les plus pressés de rentrer. En revanche, aucun vol spécial n'est prévu, si ce n’est deux avions-cargo pour rapatrier les bagages des touristes russes de Charm el-Cheikh et d’Hurghada sur la mer Rouge.

    Les ressortissants russes ne sont pas concernés par un plan d’urgence particulier et pourront aussi repartir, s'ils le souhaitent, aux dates initialement prévues. Les Russes semblent chercher à éviter le chaos créé par les Britanniques. Bon nombre de touristes peuvent ainsi profiter de leur séjour jusqu'à son terme sous le soleil et au pied des montagnes du Sinaï.

    Quelques Russes s'expriment à la sortie de l'avion

    Notre correspondant dans la capitale russe, Etienne Bouche, s’est rendu à l’autre bout de la chaîne, à l'aéroport moscovite de Domodedovo, où tous les vols en provenance d'Egypte sont affichés, en toute logique, en retard. Un avion de la compagnie Ural Airlines vient enfin d'atterrir ce samedi en provenance de Charm el-Cheikh.

    L’occasion de recueillir quelques sentiments. Près des portes automatiques, à la sortie, Vladimir tient par exemple un charriot. « J'attends mon petit-fils et sa fiancée, confie-t-il. Ils sont partis là-bas le jour où l'avion s'est écrasé, à quelques heures d'intervalle. Leur avion a cinq heures de retard aujourd'hui. »

    L'accident a été le plus grave de l'aviation russe. Forcément, le choc a été rude. C'est ce raconte Ekaterina, de retour de Charm el-Cheikh : « Le jour où c'est arrivé, l'atmosphère était terrible. Ce qu'il s'est produit, c'est une immense perte pour nous tous, nous sommes en deuil. » L'hypothèse de l'attentat a bien sûr travaillé les esprits, mais le retour s'est globalement bien passé, expliquent Bagrad et Pavel.

    Tous deux sont restés une semaine au bord de la mer Rouge. « Les autorités égyptiennes ont fait en sorte que les touristes et les gens qui se reposaient sur place gardent leur calme », assure Bagrad. « A l'aéroport Charm el-Cheikh, on a fait de longues vérifications, mais je n'ai pas vu de grand désordre ou d'affolement particulier », renchérit Pavel.

    Pour Le Caire, c'est un cauchemar

    Selon l’agence russe pour le tourisme, pas moins de 79 000 voyageurs russes se trouvent actuellement en Egypte. Les départs parmi eux, qui s’ajoutent à ceux des Britanniques, représentent plus qu’un coup dur pour l’Egypte. Il s’agit d’une véritable descente aux enfers, selon l’expression de notre correspondant au Caire Alexandre Buccianti.

    Selon un conseiller du ministre égyptien du Tourisme cité par notre confrère, le départ des Russes et des Britanniques va en effet priver le secteur de 70 % de ses recettes. Quelque 240 000 Russes avaient réservé un séjour en Egypte pour le Nouvel an. Ils avaient payé mille euros chacun. Les annulations occasionnent une perte sèche de près de 200 millions d’euros pour l’Egypte.

    C’est aussi la mort pour de nombreux hôtels qui avaient emprunté aux banques, ainsi que la ruine assurée pour les petits commerces. Pis, cela signifie un million d’emplois de perdus, une catastrophe dans un pays où les allocations chômage n’existent pas, et où le taux de chômage officiel a dépassé les 13 % - un chômage qui frappe surtout les jeunes.

    Le tourisme représentait 11 % du produit national brut (PNB) de l’Egypte et 14 % des revenus en devises étrangères du pays. Le Caire prévoyait un taux de croissance 5 % en 2016. Ces chiffres devront être revus.

    → À la Une de la revue de presse : Crash dans le Sinaï, un déni pharaonique

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