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    Moyen-Orient

    La «révolution syrienne» est-elle terminée?

    media La révolution syrienne, née en mars 2011, est-elle toujours en cours ? REUTERS/Olivia Harris

    Une coalition internationale pour lutter contre le groupe Etat islamique est en train de se mettre en place. En Syrie, la question du départ de Bachar el-Assad est passée au second plan et priorité est donnée à l’anéantissement des terroristes. Pour nombre d’opposants laïcs syriens réfugiés en France, c’est leur révolution qui a été volée.

    « Contre Daech, faut-il s’allier avec le diable ? » s’interrogeaient les invités de l’émission télévisée française « Ce soir ou jamais » en octobre dernier. Plus d’un mois après, la question ne se pose plus. Les attentats de Paris ont modifié la donne : désormais, il faut éradiquer l’organisation Etat islamique (EI) de quelque manière que ce soit. C’est la priorité numéro un.

    Adieu donc la révolution syrienne ? Pour nombre de réfugiés syriens ou de pro-révolution syrienne, leur voix est désormais inaudible et le pessimisme règne. « La France était l’un des derniers pays à "soutenir" cette opposition qui réclamait purement et simplement le départ de Bachar el-Assad, regrette Anas*, Franco-Syrien de 37 ans dont les parents vivent encore à Damas. C’est malheureux de voir à quel point notre voix est devenue vaine ». Une opposition qui peinait déjà à se faire entendre tant les dissensions dans son propre camp sont grandes, entre ceux qui sont pour des négociations avec le régime et ceux qui sont contre. « Une opposition montée de toutes pièces, instrumentalisée, incapable, selon Bassam Tahan, spécialiste de la Syrie, parce que n’ayant jamais fait de politique auparavant, financée par l’étranger. »

    Une coalition pour légitimer Assad ?

    Ainsi, le président français François Hollande a entamé des consultations diplomatiques au plus haut niveau pour renforcer la coalition internationale contre l'EI. Une coalition qui « signe la fin de la révolution », poursuit Rateb qui, en 2011, était pour des réformes négociées avec le régime, mais qui a viré de bord « quand [il a] vu que ce dernier choisissait l’option du tout répressif ». « La coalition va légitimer politiquement Assad. Daech rend service à bien du monde en fait », ironise ce franco-syrien travailleur humanitaire. Il semble en effet que certains acteurs de la région n’ont pas intérêt à voir ce monstre jihadiste anéanti.

    La coalition entend « détruire » l'organisation jihadiste et œuvre pour la mise sur pied d'une coalition internationale élargie et « unique », à laquelle participeraient tout autant Washington, Londres, Paris ou bien encore Moscou.  « Aujourd’hui, les Syriens ont plus peur des Russes que des terroristes », se désespère Mohamed*, un Syrien qui travaille aujourd’hui à Gaziantep avec les réfugiés, à quelque 300 kilomètres au nord-ouest de Raqqa, base des jihadistes du groupe EI. « Près de 95% des frappes russes ont jusqu’à présent été lancées sur les modérés et seulement 5% sur Daesh. » Selon un récent rapport de l'association Physicians for Human Rights, les raids russes ont touché au moins à dix reprises des installations médicales sur le seul mois d'octobre.

    Dès lors, le départ de Bachar el-Assad est mis de côté, en tout cas pour le moment, au grand dam de ses opposants qui n’ont de cesse d’accuser le président syrien d’être responsable de l’avancée des terroristes. « Si on ne négocie pas avec Assad, comment peut-on trouver une solution au printemps arabe de Syrie, un printemps militarisé par l’étranger ? » se demande pourtant Bassam Tahan.

    « Pour chaque civil tué par l’EI, sept le sont par le régime syrien »

    Mais, pour grand nombre des opposants laïcs syriens, le régime Assad a fait le lit des jihadistes de l’organisation EI. En janvier dernier, un opposant à Bachar el-Assad réfugié au Liban, témoignait sur les ondes de France info avoir assisté à la libération de centaines de jihadistes de la tristement célèbre prison de Saydnaya, devenus par la suite des dirigeants des principaux groupes les plus radicaux de Syrie. « Il y a eu en France une campagne anti-Assad qui ne se justifie pas, des mensonges fomentés par l'Occident, le Qatar, l'Arabie saoudite, s'insurge Bassam Tahan. On a créé un immense mensonge. Assad a des choses à se reprocher, oui, mais les circonstances atténuantes sont tellement nombreuses. Il est plus victime de l’Occident qui a l’argent et les armes. »

    Pour chaque civil tué par l’Etat islamique, sept ont été tués par le régime syrien, analyse le journaliste Nicolas Hénin, auteur de Jihad academy. « Quid du massacre à l’arme chimique de la Ghouta en août 2013, et du rapport César », s’interroge Anas.

    Nizar, Franco-Syrien qui travaille avec les réfugiés depuis le début de la guerre en Syrie et administrateur de la page Facebook « Les accompagnateurs des réfugiés syriens à Paris », « on ne parle plus de révolution ». Aujourd’hui, explique-t-il, on peut voir deux sortes de réfugiés qui étaient à l’origine anti-régime : « ceux qui ont baissé les bras et qui se concentrent sur leur nouvelle vie en France, qui se démènent avec les problèmes administratifs, etc., et ceux qui continuent à militer mais qui hélas sont devenus inaudibles ». Et Nizar de regretter que la France, qui dit défendre des valeurs de démocratie et d’humanisme, ait une telle politique aussi bien à l’égard de l’Arabie saoudite, du Qatar, et maintenant du régime syrien.

    Une révolution devenue l'ombre d'elle-même ?

    Aujourd’hui, plus de quatre ans et demi après le début du conflit, la révolution syrienne, ses désirs de démocratie et de liberté d’expression, ne semble plus être que l’ombre d’elle-même. Les attentats de Paris, le renforcement des contrôles de migrants aux frontières et la baisse de la solidarité sont tels que le seul souhait que caresse désormais une majorité de Syriens est la mise en place d’un cessez-le-feu afin que la mort, d’où qu’elle vienne, ne soit plus le lot quotidien des Syriens. Plus de 250 000 d'entre eux ont été tués, par toutes les parties au conflit, depuis 2011.

    « Assad n’a pas encore gagné, tempère Mohamed, dont le père a passé plusieurs années dans les geôles de Saydnaya. Certes, il n’y a pas encore de solution, mais il y en aura une plus rapidement qu’on le croit parce que cette guerre coûte beaucoup à la Russie et à l’Iran et ces pays ne pourront continuer longtemps sur cette voie. »

    Le 14 novembre dernier, quelques heures après les attentats sanglants à Paris, une cinquantaine de brigades de l’Armée syrienne libre signaient conjointement un communiqué, condamnant les attaques criminelles, et considérant « que ce terrorisme est le même que celui subi par le peuple syrien tous les jours depuis près de cinq ans. La source commune est le régime Assad et son bras armé Daech. » Et Bassam Tahan de dénoncer de manière virulente le soutien occidental à l’ASL et aux différents groupes rebelles, cause selon lui de tous les maux de la Syrie depuis 2011.

    « Notre pays est détruit, les Syriens se jettent vers la mort dans la mer. C’est aberrant de dire que quelqu’un a gagné. Nous n’avons plus de souveraineté (...) Tout le monde a perdu. Assad partira et nous laissera un pays anéanti  », conclut amèrement Mohamed.

    *Les prénoms ont été changés

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