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    Moyen-Orient

    Le groupe EI a perdu du territoire en 2015 mais la menace persiste

    media Le drapeau irakien prend la place de celui du groupe EI, à Ramadi, le 28 décembre 2015. REUTERS/Stringer

    Le drapeau irakien flotte depuis le 28 décembre sur le complexe gouvernemental de Ramadi, après plusieurs jours d’intenses combats face aux jihadistes du groupe Etat islamique. Si les terroristes perdent des territoires, ils n’en demeurent pas moins toujours très puissants. Etat des lieux.

    C’est la plus importante victoire de l'armée régulière irakienne face à l’organisation Etat islamique (EI). Ramadi, chef-lieu de l’immense province d'al-Anbar, frontalière de la Syrie a été « libérée, et les forces armées du contre-terrorisme ont dressé le drapeau sur le siège gouvernemental », s'est réjoui le général de brigade Yahya Rassool sur la télévision d'Etat ce lundi 28 décembre. Située à une centaine de kilomètres à l'ouest de Bagdad, cette ville sunnite avait été conquise le 17 mai 2015 par les combattants du groupe EI après une vaste offensive et une retraite chaotique des forces irakiennes.

    D’autres villes déjà reconquises

    En Irak comme en Syrie, d’autres villes, moins stratégiques que Ramadi, ont été récupérées aux mains des islamistes. Fin mars, après avoir été dix mois sous le joug du groupe EI, la ville de Tikrit, ancien fief de Saddam Hussein à 160 kilomètres au nord de Bagdad, est ainsi reconquise par l’armée, soutenue par des milices chiites.

    Mi-novembre, c’est au tour de Baïji puis de Sinjar d’échapper aux mains des terroristes après plus de quinze mois de contrôle. Cette dernière, ville du nord de l’Irak, tristement célèbre suite aux multiples exactions contre sa minorité yézidie, est reprise par les forces kurdes irakiennes appuyées par des frappes aériennes de la coalition. La reconquête de Sinjar est une victoire importante pour l’armée, cette cité coupant une route stratégique de communication utilisée par les jihadistes entre l'Irak et la Syrie.

    En Syrie, symbole de la lutte contre l’organisation Etat islamique, la ville kurde de Kobane est vidée des jihadistes le 26 janvier 2015. Il aura fallu plus de quatre mois d’intenses combats menés par les forces kurdes des Unités de protection du peuple kurde (YPG) avec le soutien prononcé des frappes de la coalition pour reprendre la cité frontalière de la Turquie. A la mi-juin, Tall Abyad, autre ville syrienne toute proche de la Turquie, est reprise par les forces kurdes.

    Tall Abyad, qui comptait 130 000 habitants avant le début du conflit en mars 2011, était l'un des deux principaux points de passage informels avec la Turquie à travers lesquels le groupe EI faisait transiter armes et combattants. Mais surtout, elle était une ville essentielle pour l'approvisionnement de Raqqa, fief actuel des jihadistes.

    Encore des villes-clés sous le joug des terroristes

    Située au nord-est de la Syrie, Raqqa est sous le contrôle de l’organisation EI depuis janvier 2014, et sa capitale de facto en Syrie. Cette ville de 300 000 habitants est l'un des objectifs majeurs de la coalition menée par Washington et dans une moindre mesure du régime syrien et de son allié russe.

    Depuis  l'attentat à la bombe contre un avion russe en Egypte le 31 octobre et surtout les attentats de Paris le 13 novembre, les frappes aériennes sur Raqqa se sont intensifiées. Côté français, ce sont 30 à 50 bombes qui sont larguées chaque semaine sur des positions du groupe EI (soit le total des bombes larguées chaque année dans le cadre de l’opération Barkhane au Sahel). Autre cité syrienne sous l’emprise des jihadistes: Palmyre, à quelque 200 kilomètres de Damas. Inscrite au Patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco, elle est depuis le 21 mai 2015 cible de destructions d’un des plus riches patrimoines archéologiques du Proche-Orient.

    Côté irakien, Falloujah est depuis janvier 2014 sous contrôle des hommes du groupe Etat islamique, même si l’armée gouvernementale gère les alentours de la ville.

    L’enjeu de Mossoul

    A un peu plus de 350 kilomètres au nord de Bagdad, la ville de Mossoul est tombée aux mains des jihadistes le 10 juin 2014. Deuxième ville d’Irak, Mossoul comptait deux millions d'habitants avant sa prise par les islamistes. Depuis deux ans et demi, des centaines de milliers de personnes ont été contraintes à l’exode. C’est depuis ce chef-lieu de la province de Ninive que le chef de l'organisation EI, Abou Bakr al-Baghdadi, a proclamé son « califat » s'étendant sur une partie de l'Irak et de la Syrie, il y a un an et demi.

    Aujourd’hui, la reconquête de la ville est l’un des objectifs ultimes de Bagdad. Si les jihadistes en étaient chassés, c’est une source considérable de fonds qui serait coupée, ce qui réduirait son influence. Pour se faire, le ministre irakien des Finances, Hoshiyar Zebari, estime que l'armée irakienne aura besoin de l'appui des combattants kurdes. « Les peshmergas sont une force majeure. Nous ne pourrons pas réussir à Mossoul sans les peshmergas », a déclaré à Reuters le ministre d'origine kurde dans un entretien réalisé à Bagdad.

    Après la reconquête de Ramadi, la plus importante victoire de l'armée régulière face aux jihadistes, le Premier ministre chiite Haïdar al-Abadi a promis lundi 28 décembre que 2016 verrait la défaite du groupe Etat islamique. « Nous allons entreprendre de libérer Mossoul et cela sera le coup fatal et final (porté, NDLR) à Daech. »

    Les jihadistes de l’EI auraient déjà perdu, entre le 1er janvier et le 14 décembre 2015, 14% de leur territoire selon l’IHS Jane’s, référence britannique en matière de défense et de renseignement. Avant la reprise de Ramadi, Jane’s note que 78 000 km2 d’espace à cheval sur la Syrie et l’Irak sont sous l’emprise du groupe EI.

    Une perte de territoire qui ne signifie pas une baisse des menaces

    Depuis la reconquête de Ramadi ce 28 décembre la tendance est à l’optimisme face au groupe terroriste. Satisfait au plus au point, le président français a par exemple qualifié la reprise de la ville comme « la plus importante victoire depuis le commencement de la lutte contre l’organisation terroriste Daech (…), une étape majeure du rétablissement en Irak de l’autorité de l’Etat ».

    Pourtant, ce recul territorial des jihadistes reste à relativiser. « La vision "classique" de la coalition menée par les Etats-Unis met malheureusement de côté la dynamique transnationale (du groupe EI, ndlr) pour se concentrer sur l'ancrage territorial. Cela a amené Washington à se satisfaire de succès ponctuels, alors même que les raids aériens ont intensifié le recrutement de Daech dans le monde entier (…) 2015 est donc une année calamiteuse en termes d'aggravation de la menace jihadiste », analyse dans les colonnes du JDD Jean-Pierre Filiu, spécialiste de la Syrie et professeur à Sciences-Po.

    « Si l’EI n’avait pas été attaqué en Irak et en Syrie, le groupe aurait quand même cherché à transnationaliser et à conquérir, puisque l’EI est un phénomène impérialiste, tempère Myriam Benraad, chercheur à l’Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman (Iremam) et à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). C’est le produit inverse et monstrueux de l’empire américain. L’idée de l’EI était de construire un proto-Etat entre l’Irak et la Syrie pour s’assurer une base territoriale, mais quand il a proclamé le califat en juin 2014, c’était clairement un projet global. »

    Ainsi, pour la chercheur, la menace reste intacte car à chaque bataille contre l’Etat islamique, il y a eu redéploiement du groupe et représailles. « La victoire de Ramadi est plus symbolique que stratégique, car la ville est entrée en insurrection depuis plus de dix ans, poursuit Myriam Benraad. Et les jihadistes feront tout pour la reprendre. Cela étant, le vrai point de rupture face à l’EI est Mossoul, tout le monde le sait. Mossoul est un objectif très lointain. » Un objectif qui ne sera pas atteint sans le soutien de la coalition.

    Dix-sept mois de « lutte internationale »

    Le 8 août 2014, pour la première fois depuis le retrait de leurs troupes du pays en 2011 et après une demande pressante de Bagdad, les Etats-Unis s'impliquent directement en Irak en bombardant des positions du groupe EI. Dès septembre, Barack Obama promet de vaincre les jihadistes via « une vaste coalition internationale ».

    Débutent alors les premiers raids de Washington et de ses alliés arabes contre le groupe en Syrie. Un an plus tard, la France lance ses premières frappes dans le pays contre l'organisation EI qu'elle bombarde déjà depuis un an en Irak dans le cadre de la coalition. Fin septembre 2015, la Russie entame en Syrie une campagne de frappes aériennes, qui vise, selon elle, les groupes « terroristes ».

    S’en suivent de nombreuses critiques quant à l’objectif réel visé par Moscou : les rebelles syriens et des pays occidentaux l’accusent en effet de simplement vouloir protéger son allié Bachar el-Assad.

    La Grande-Bretagne prend part aux frappes aériennes en Syrie contre des installations pétrolières des islamistes le 3 décembre. Quant à la Turquie, elle lance en juillet une « guerre contre le terrorisme », à la suite d'un attentat suicide survenu à Suruç qui a fait 34 morts. Mais l'offensive turque ne vise pas uniquement les jihadistes, elle a aussi pour cible la rébellion kurde, essentiellement les positions du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

    Bien que les situations soient différentes en Syrie et en Irak – où il reste un semblant d’autorité -, « la bataille se mène au sol, avec, en appui, des frappes aériennes de la coalition. Mais ces dernières ne peuvent être qu’un soutien à une action terrestre, affirme Myriam Benraad. Il faut donc espérer, côté coalition occidentale, qu’on accentue les efforts. »

    Pour Jean-Pierre Filiu, « le pire est peut-être à venir et le déni de réalité que partagent Obama et Poutine ne fait que fragiliser la sécurité de l'ensemble du continent européen face à un défi largement inédit ». D’autant que nombre de spécialistes s’accordent sur un point : si les défaites se multiplient en Syrie et en Irak, l'organisation EI pourrait voir dans la Libye une terre de repli. L'organisation y contrôle déjà la ville de Syrte, à 450 km à l'est de Tripoli.

    RFI

     

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