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    Moyen-Orient

    Iran: la bataille pour la succession de Khamenei a-t-elle déjà commencé?

    media Le Guide suprême l'ayatollah Ali Khamenei. REUTERS/leader.ir/Handout via Reuters

    La maladie du Guide de la République islamique d’Iran et les retombées de l’accord nucléaire ont donné une dimension particulière aux débats publics sur la succession de l’ayatollah Khamenei et sur l’organisation des deux prochains scrutins. Elles ont ouvert la voie à d’intenses rivalités entre les courants et les prétendants à la veille des élections législatives et de l’Assemblée des experts. Celle-ci est chargée de désigner le prochain Guide et d’assurer la continuité du gouvernement islamique dans le pays.

    Outre les élections législatives, se tiendront en Iran le 25 février prochain les élections de l’Assemblée des experts. Elle est composée exclusivement de 88 religieux ayant pour tâche de désigner le Guide suprême et de veiller à ce que celui-ci continue à remplir toutes les conditions requises pour l’exercice de son pouvoir.

    Même si cette Assemblée s’est transformée au fil du temps en une instance de sauvegarde d’un pouvoir irrévocable, son renouvellement revêt cette fois une importance politique considérable. Il intervient en effet à un moment où la question de la succession du Guide devient l’objet des débats publics au sein de l’establishment et où la question du statut et de la place du Guide (vali-e faghi) dans l’avenir du système politique iranien oppose les deux factions du régime islamique : l’une, traditionaliste qui continue à défendre, au nom de la suprématie de la charia, le pouvoir incontestable du religieux, tandis que l’autre, plus pragmatique, cherche à endiguer ce pouvoir en proposant, entre autres, qu’un conseil de religieux remplace le pouvoir exclusif d’un seul après Khamenei.

    C’est en tout cas la proposition d’Ali-Akbar Hashemi-Rafsandjani, chef du Conseil du discernement des intérêts du régime et figure pragmatique de l’Etat islamique.

    « Si telle est la situation, dit Mohsen Sazegara, l’un des fondateurs des Gardiens de la Révolution et aujourd’hui analyste installé aux Etats-Unis, c’est que le cancer de l’ayatollah Khamenei semble devenir un sujet majeur de préoccupation de tout le système et accentuer les rivalités entre les diverses factions du pouvoir. Au fond, la maladie du Guide a transformé la question de sa succession en une crise de succession politique au plus haut sommet du régime iranien ».

    Mais « cette crise-là, d’après Mohammad-Reza Shalgouni, analyste et opposant politique exilé en Allemagne, est – et a toujours été- inhérente à la nature contradictoire d’une République islamique traversée depuis sa naissance par des conflits entre des institutions émanant les unes de la volonté du peuple et les autres de celle d’une théocratie qui en la dénaturant dénie toute expression de la volonté populaire ».

    Spectre des Américains

    Or, si la période post-Khamenei semble naître dans la crise, c’est qu’elle coïncide aussi avec l’accord nucléaire iranien et les inquiétudes qu’il a provoquées. En effet, cet accord est vu par beaucoup, à commencer par le Guide lui-même, comme le prélude d’un rapprochement entre l’Iran et les Etats-Unis.

    C’est pourquoi au lendemain de l’accord nucléaire, l’ayatollah Khamenei a mis en garde devant plusieurs centaines d’officiers des Pasdarans (les Gardiens de la Révolution) contre « l’infiltration » des Etats-Unis dans les instances décisives de la République islamique, même si l’accord nucléaire a été rendu possible par son aval, sinon sa « flexibilité héroïque », selon son propre dire.

    Evoquant publiquement pour la première fois sa propre mort, le Guide iranien a aussi exprimé cette inquiétude qu’après son décès les Etats-Unis prennent avec le soutien de leurs « alliés internes » le contrôle du régime iranien. C’est pour cela qu’il a « interdit dorénavant toute autre discussion ou négociation directe avec l’administration américaine dont l’ultime objectif reste, d’après l’ayatollah Khamenei, de changer le régime en Iran ».

    Le Guide iranien a fait aussi savoir qu’aucun opposant ni « réformateur » ou « modéré » n’entrera dans les deux prochaines Assemblées. Du coup, le Conseil constitutionnel, qui traduit en acte les volontés du Guide et qui supervise dans ce but les élections en Iran, a disqualifié la quasi-totalité des candidats dits réformateurs et modérés pour les deux prochaines élections. Ainsi, il a assuré l’ayatollah Khamenei que les nouveaux membres de deux Assemblées seront, comme dans le passé, issus de son propre camp et ne représenteront aucun danger quant à l’avenir et à la permanence du gouvernement absolu du clergé.

    Mais cette stratégie risquerait fort de refléter davantage l’image d’un système politiquement instable et institutionnellement obsolète, sans la capacité de réforme et d’adaptation au moment où la République islamique a besoin plus que jamais après l’accord nucléaire des capitaux et investissements étrangers pour justement empêcher les mécontentements et révoltes dus à l’épuisement économique du pays durant des longues années de sanctions internationales, de corruptions systémiques et de chaos administratif…

    C’est en tout cas à la même inquiétude d’« infiltration » qu’a fait écho l’hodjatoleslam Mohammad Saïdi, le représentant du Guide iranien au sein des Gardiens de la Révolution dans une interview accordée au quotidien réformateur Sharq et dans laquelle il a soutenu que « les Américains veulent appliquer à la République islamique la même politique qu’ils ont menée à l’endroit de l’ex-Union soviétique ou de l’ex-Yougoslavie, une politique qui a conduit à leur effondrement ».

    Il a affirmé que pour « la réussite d’une telle politique, l’administration américaine ne manque pas de "Gorbatchev" au sein du régime islamique et que pour cette raison le futur combat au sein du gouvernement iranien sera mené autour de la question de la normalisation des relations entre l’Iran et les Etats-Unis ». Ce combat, selon le représentant du Guide, « sera l’œuvre de deux factions de l’Etat islamique représentant, d’après Saïdi, une "rationalité religieuse" d’une part, et une "rationalité séculaire" de l’autre ».

    Si le Guide iranien et ses proches sont associés à la première logique, deux autres figures importantes du régime islamique, Ali-Akbar Hashemi-Rafsandjani et Hassan Rohani, semblent incarner cette autre « rationalité » dite « séculaire » dans la mesure où ils sont parmi les architectes de l’accord nucléaire avec l’Occident. « Cet accord doit paver, dit M. Saïdi, le chemin de l’intégration du régime iranien dans la mondialisation et, partant de là, dans une nouvelle configuration des rapports de force internationaux dirigés par les Américains. »

    Cette possibilité d’intégration est aussi sur le plan régional au cœur de la crise actuelle qui oppose l’Arabie saoudite au régime iranien. En effet, toute normalisation des relations entre Téhéran et Washington – qui finaliserait également la levée de toutes les sanctions américaines contre le régime iranien - est vue par Riyad comme un processus soutenant la montée en puissance de l’Iran chiite au déterminant de l’influence de l’Arabie saoudite dans toute la région…

    Mais ces tendances (et contre-tendances) au sein du gouvernement iranien reflètent ce que le philosophe et historien français Marcel Gauchet aurait appelé les signes annonciateurs d’une « sortie de la religion », à savoir : un processus complexe, douloureux et traversé par les conflits opposant un régime en manque de projet à une société foncièrement laïque, car majoritairement jeune, urbanisée, féminisée et surtout connectée et ouverte en permanence vers le monde grâce à Internet et à la révolution communicationnelle. Il est évident que l’issue d’un tel processus serait aussi le début des changements majeurs dans toute la région.

    Deux armées dans une situation d’exception

    Au final, toute décision quant à la succession du Guide et au déroulement des deux élections à venir doit être appuyée par les forces sécuritaires et militaires, donc par les Gardiens de la Révolution qui ont la main haute à la fois sur l’économie et la politique du pays et sans qui le statut et l’autorité du Guide sont dénués de sens. Du reste, l’ayatollah Khamenei n’a cessé durant son « règne » d’acheter leur soutien en les laissant accaparer pratiquement toutes les ressources du pays et les activités économiquement les plus lucratives.

    Mais les Gardiens de la Révolution ne prennent pas – et n’ont jamais pris – leurs décisions dans le vide. Celles-ci sont marquées par les rapports de force aussi bien au sein du pouvoir clérical que chez les Pasdarans eux-mêmes. Elles seront surdéterminées par l’éventuelle pression de la société, mais aussi par la rivalité de l’armée qui, dans une situation de crise, ne saurait rester indifférente à la mainmise totale des Pasdarans sur l’ensemble de la vie économique et politique du pays.

    En effet, l’Iran est l’unique pays au monde à posséder deux corps armés structurellement distincts : l’un hérité de l’époque du Shah, et l’autre des Gardiens de la Révolution – créé à l’issu de la Révolution islamique pour la protection du pouvoir du clergé et « l’exportation de la Révolution islamique ». Cette particularité pourrait faciliter ou compliquer toute évolution ou transition voire déboucher, dans une situation d’exception politique, sur les scénarios semblables à ce qui s’est produit, par exemple, en Egypte entre le renversement de Moubarak et l’arrivée au pouvoir d’al-Sissi.

    Voir aussi :
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