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    Après bientôt 5 ans de guerre, quel accueil pour les exilés syriens?

    media Enfants syriens dans le camp de réfugiés d'Al Zaatari dans la ville jordanienne de Mafraq, près de la frontière avec la Syrie, le 1er Février 2016. REUTERS/ Muhammad Hamed

    La conférence des donateurs pour la Syrie s’ouvre à Londres ce jeudi 4 février, sous l’égide de l’ONU. Des dirigeants du monde entier, dont David Cameron et Angela Merkel tenteront de lever neuf milliards de dollars en faveur des 18 millions de Syriens affectés par la guerre. 4 600 000 d’entre eux ont dû fuir leur pays selon le Haut Commissariat aux Réfugiés. La plupart sont accueillis par les pays voisins de la Syrie, dans des conditions de plus en plus précaires.

    Près de 90% des réfugiés de guerre sont accueillis dans les pays limitrophes de la Syrie. Ils sont 2 millions et demi en Turquie ; 1 million au Liban soit un quart de la population de ce pays ; 635 000 en Jordanie ; 245 000 en Irak ; 117 en Egypte et quelques dizaines de milliers en Afrique du nord. Mais il ne s'agit là que des personnes enregistrées auprès du HCR. Les estimations hautes font état de 6 millions d’exilés. La Jordanie estime notamment qu’elle accueille sur son sol le double du nombre de réfugiés officiellement enregistrés.

    Des réfugiés qui s’enfoncent dans la pauvreté

    Autour de la Syrie, 11% des réfugiés vivent dans des camps, mais la grande majorité demeurent en zone urbaine ou péri-urbaine, où le HCR constate que leurs conditions de vie ne cessent de se dégrader : « La situation s’éternise, explique Ariane Rummery, porte-parole du HCR pour la Syrie. Les économies des réfugiés se sont réduites, cela fait longtemps qu’ils ont vendu leurs objets de valeur, leurs bijoux… Et puisqu’ils n’ont pas le droit de travailler leur situation est de plus en plus désastreuse. D’autre part, les pays limitrophes, du fait qu’ils ont été littéralement submergés et que l’aide de la communauté internationale n’est pas à la hauteur des besoins, estiment à présent que trop, c’est trop. Le Liban par exemple est de plus en plus restrictif, non seulement sur l’arrivée des réfugiés, mais aussi sur le renouvellement de leur permis de séjour. Ces derniers doivent à présent payer 200 dollars chaque année pour renouveler leur droit de séjour, ce qui est hors de portée pour beaucoup. Et les réfugiés s’enfoncent davantage dans la pauvreté ». Cet appauvrissement a entre autres pour conséquence l’augmentation des violences et de l’exploitation des réfugiés, comme l’a récemment révélé Amnesty International dans son rapport sur la situation des Syriennes au Liban.

    Huit milliards d’euros pour 22 millions de personnes

    Dans ce contexte, la conférence de Londres a pour objectif de lever des fonds non seulement pour le financement de l’aide humanitaire fournie par l’ONU et les ONG, mais aussi pour apporter aux pays voisins de la Syrie le soutien dont ils ont besoin pour continuer à accueillir les réfugiés, et pour leur permettre de travailler sans que cela affecte leurs propres populations défavorisées explique encore Ariane Rummery. L’ONU estime les besoins à près de 8 milliards d’euros, pour venir en aide à un total de 22 millions de personnes « car la situation humanitaire est encore plus épouvantable à l’intérieur de la Syrie », rappelle la porte-parole du HCR. Comme l’a déclaré le Premier ministre britannique David Cameron à la veille de la conférence, permettre aux réfugiés Syriens de travailler «n'est pas seulement dans l'intérêt de la Syrie et de ses voisins. C'est également dans l'intérêt des pays européens. Plus on aide les gens à rester dans la région, moins ils seront susceptibles de venir en Europe».

    10% des réfugiés syriens en Europe

    Travail ou pas, ils sont peu nombreux à être venus sur le continent. Aucun chiffre précis n’est disponible mais le HCR estime que 10% des réfugiés ont trouvé refuge en Europe. L’Union Européenne, elle, comptabilise les demandes d’asile, qui ont explosé en 2015. 370 000 Syriens ont déposé un premier dossier l’an passé, ils étaient 138 000 en 2014. Depuis le début de la guerre en 2011, l’UE a reçu 813 000 demandes. Mais certains exilés déposent plusieurs dossiers, d’autres ne le font pas tant qu’ils n’ont pas atteint leur destination finale. C’est le cas par exemple de ceux qui essaient de rejoindre le Royaume-Uni depuis Calais. Il est tout aussi difficile de savoir précisément où vivent les exilés syriens en Europe, même s’il est clair que l’Allemagne et la Suède sont les destinations privilégiées.

    Le plan de relocalisation établi par l’Union européenne l’automne dernier, après de laborieux débats, peine à se mettre en place. Le Conseil européen a approuvé ce programme pour 120.000 exilés (Syriens, Irakiens et Erythréens principalement). A la date d’aujourd’hui, entre 415 et 420 personnes en ont bénéficié. « C’est dérisoire, estime Claire Rodier du réseau Migreurop. Ce plan illustre bien la politique de non-accueil de l’Union européenne. Certains candidats – puisque le plan est basé sur le volontariat – ont déjà fait marche arrière. La Pologne par exemple, qui avait promis d’accueillir des réfugiés, s’est rétractée ; la Suède, qui avait commencé, a en quelque sorte tourné casaque en réclamant de l’aide auprès de ses partenaires. »

    Des freins idéologiques

    La Hongrie et la Slovaquie ont introduit, quant à elles, un recours en annulation contre la décision du Conseil, complète Yves Pascouau, analyste à l’European Policy Center de Bruxelles. « Les pays sont en train de se mettre progressivement d’accord juge-t-il, mais certains attendent que la cour se prononce. Il faut aussi préparer ces dispositifs dans l’Etat d’accueil qui doit rendre ces places disponibles, mais il y a aussi des difficultés rencontrées dans les hotspots pour identifier les personnes qui veulent bien rentrer dans le processus, et on se rend compte sur le terrain qu’il n’est pas si facile de convaincre les personnes d’être relocalisées dans certains Etats membres de l’Union européenne. Enfin l’un des facteurs qui expliquent cette lenteur est d’ordre idéologique, on a vu en Europe centrale et orientale combien les populations sont opposées à la venue d’étrangers, pratiquant une autre religion que la leur ».

    Les dernières mesures annoncées par certains pays témoignent de la puissance de ces freins idéologiques. La chancelière allemande a répondu à l’aile droite de son opinion publique en annonçant des restrictions à sa politique d’accueil, malgré l’intérêt économique évident que représente pour ce pays vieillissant l’intégration de ces jeunes. Berlin va, entre autres choses, limiter le regroupement familial. La Suède et la Finlande ont annoncé qu’elles allaient expulser les derniers arrivés. Le Danemark veut saisir les biens des réfugiés pour financer leur accueil.

    « Balles de pingpong »

    Pour Claire Rodier, cette politique fait des Syriens, comme des autres exilés, « des objets, des balles de ping-pong qu’on cherche à se renvoyer, sans véritable politique commune ni choix ouvert, par exemple sur le respect de la Convention de Genève sur les réfugiés. Nous sommes vraiment en face d’une volonté manifeste de tout faire pour mettre à distance les réfugiés qui ont besoin de protection.» Yves Pascouau lui non plus n’est guère optimiste sur le fait que les 28 parviennent à dégager une politique commune : « on se retrouve avec des projets de modification des législations au niveau des Etats membres de l’Union européenne, qui souhaiteraient se rendre moins attractifs de manière à ce que les demandeurs d’asile choisissent un autre Etat de destination. » Avec une limite, tempère-t-il, « celle du droit existant : les Etats membres ne peuvent pas être moins généreux que ce que les textes de l’UE prévoient en termes de droits accordés aux demandeurs d’asile et aux réfugiés. »

    Mais de toute évidence ces textes de base ne suffisent pas à répondre à l’exode massif des Syriens. Sans doute aurait-il fallu que l’Europe prenne plus tôt la mesure du chaos, déplore l’analyste : « Pour autant que les Syriens résidaient dans les 5 pays limitrophes de la Syrie, on ne s’est pas véritablement posé la question de savoir quand ils allaient arriver. Alors que tous les rapports indiquaient qu’à un moment ou un autre ils franchiraient la Méditerranée pour venir chercher refuge dans l’UE. Et les Européens se sont retrouvés dans une situation où, à défaut d’agir, ils ont été contraints de réagir. Or réagir ne tient jamais lieu de politique, et dans la réaction on est obligé d’adopter des mesures d’urgence qui ne sont pas forcément les plus adaptées. »

    La fin de la guerre en Syrie reste une lointaine perspective, les pourparlers de paix de Genève qui viennent d’ouvrir sont déjà suspendus, et l’exode se poursuit. Depuis le début de l’année, près de 60 000 exilés – toutes nationalités confondues – sont arrivés sur les côtes européennes. 368 d’entre eux sont morts noyés. Alors que le printemps se rapproche, l’accueil et l’aide humanitaire sont plus urgents que jamais.
     

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