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    Moyen-Orient

    Liban: pourquoi le Hezbollah bloque-t-il l’élection d’un président?

    media Depuis mai 2014, la question du futur président libanais, qui par tradition doit être chrétien maronite, fait l'objet d'un bras de fer entre le camp du Hezbollah appuyé par Téhéran et Damas d'une part et la coalition dite du 14-Mars soutenue par Washington AFP

    Pour la 35e fois consécutive en 20 mois, le Parlement libanais n’est pas parvenu à élire, ce lundi 8 février, un nouveau président de la République. C’est le Hezbollah et son allié chrétien, le Courant patriotique libre de l’ancien général Michel Aoun, qui provoquent un défaut de quorum, prolongeant ainsi la vacance à la tête de l’Etat.

     

    De notre correspondant à Beyrouth,

    La séance d’élection d’un président de la République par le Parlement fait désormais partie du folklore libanais. Ce lundi 8 février 2016, l’imposante bâtisse qui date du mandat français a ouvert ses portes à une poignée de députés, convoquée pour un scrutin qui a finalement été reporté au 2 mars. C’est la 35e fois que les élus du peuple répètent le même scénario depuis la fin du mandat du président Michel Sleiman, le 25 mai 2014. Ce jour-là, le Liban est entré dans la phase de la vacance présidentielle, qui dure maintenant depuis 20 mois.

    Le Parlement ne parvient pas à élire un président faute de quorum. Ce lundi 8 février, 56 députés étaient présents dans l’hémicycle, sur les 128 que compte la Chambre. Pour que la séance soit déclarée ouverte, 86 députés, soit les deux tiers de la Chambre, doivent être présents. Conformément à une répartition des hautes fonctions politiques, le président libanais est toujours un chrétien maronite, le chef du législatif un chiite et le Premier ministre un sunnite.

    Le défaut de quorum est provoqué par les blocs parlementaires du Courant patriotique libre du leader chrétien Michel Aoun (27 députés), du Hezbollah (12 députés) et de plusieurs autres petits partis et députés proches de la Syrie.

    Blocages réciproques

    Au départ, le défaut de quorum visait à barrer la route à l’accession à la présidence du chef du parti chrétien des Forces libanaises, Samir Geagea, allié au sein de la coalition anti-syrienne du 14-Mars à l’ancien Premier ministre Saad Hariri, proche de l’Arabie saoudite. M. Geagea avait présenté sa candidature pour barrer la route de la présidence à Michel Aoun, qui était, en 2014, en négociations secrètes avec M. Hariri pour parvenir à un accord.

    Mais depuis cette date, la situation a évolué d’une manière inattendue. A l’été 2015, Saad Hariri, entame, à l’insu de son allié chrétien Samir Geagea, des discussions à Paris avec le député Sleiman Frangié, 50 ans. L’ancien Premier ministre appuie la candidature de Frangié, en pensant que cette initiative permettrait de débloquer l’élection présidentielle. Le choix de cette personnalité a provoqué un grand choc au sein des milieux anti-syriens, qui n’ont pas compris comment Saad Hariri pouvait soutenir la candidature de l’ami personnel du président syrien Bachar al-Assad et de l’un des plus fidèles alliés du Hezbollah.

    En fait, en contrepartie de son appui à M. Frangié, M. Hariri aurait obtenu des garanties:

    • Il serait nommé Premier ministre, ce qui lui permettrait de rentrer de son exil volontaire entre Riyad et Paris.
    • Le système politique libanais, qui donne un poids important à la communauté sunnite, ne serait pas réformé.
    • Frangié se serait engagé à ne pas faire voter une loi électorale jugée désavantageuse pour les sunnites. En effet, le Hezbollah a réclamé à plusieurs reprises une refondation du régime libanais, ce qui a suscité l’inquiétude des sunnites, qui disposent actuellement d’une grande influence.

    Alliances recomposées

    Au lieu de faciliter l’élection présidentielle, l’initiative de Saad Hariri l’a compliquée davantage. Ainsi la première conséquence de cette candidature a été de provoquer des dissensions au sein de chaque camp. S’appuyant sur sa large représentativité et popularité chez les chrétiens, Michel Aoun a estimé que la présidence devait lui revenir et, par conséquent, a refusé de se retirer au profit de Frangié, qui fait pourtant partie du bloc parlementaire qu’il dirige. Depuis, les deux hommes ne se parlent plus et leurs partisans s’insultent sur les réseaux sociaux.

    A son tour, Samir Geagea a très mal pris le fait que son allié sunnite, Saad Hariri, ait entamé derrière son dos des discussions avec son pire ennemi, alors qu’il était lui-même candidat. Nouveau rebondissement spectaculaire. Pour barrer la route à Frangié, Samir Geagea annonce, lundi 18 janvier, lors d’une conférence de presse avec à ses côtés Michel Aoun, son appui à la candidature de ce dernier. A ce stade, le paysage se présente comme suit: Samir Geagea et Saad Hariri, qui sont en principe alliés, soutiennent deux candidats différents, tous deux proches du Hezbollah et de la Syrie.

    Le Hezbollah devrait être pleinement satisfait, puisqu’il ne lui reste plus qu’à choisir l’un de ses deux alliés, Aoun ou Frangié. Cependant, le chef du parti, Hassan Nasrallah, prononce un discours retransmis par les télévisions dans lequel il ne tranche pas. Certes, il réaffirme sa grande estime pour Michel Aoun et son soutien à sa candidature «tant qu’il est candidat», mais il exprime aussi son attachement à son «alliance historique» avec Sleiman Frangié. Cette prise de position, jugée «ambigüe», était suffisante pour que les détracteurs du Hezbollah l’accusent de vouloir bloquer indéfiniment la présidentielle, sinon il aurait saisi l’occasion de faire élire l’un de ses plus proches alliés.

    Le prochain président choisi parmi les alliés du Hezbollah

    Les calculs du Hezbollah sont en fait plus subtils. Le premier choix du parti est, indéniablement, Michel Aoun. Toutefois, il n’est pas disposé à exercer des pressions sur son autre ami, Frangié. Le Hezbollah pense que le fait que Saad Hariri et Samir Geagea aient concédé que le prochain président serait choisi parmi les alliés du Hezbollah, est déjà une grande victoire. Cette concession, présentée par les deux principales figures du 14-Mars, est le résultat direct des rapports de force sur le terrain en Syrie, où l’armée syrienne, aux côtés de laquelle se battent dix-mille hommes du Hezbollah, avance sur presque tous les fronts. Hassan Nasrallah n’est pas pressé. Il estime qu’avec le temps, Saad Hariri sera contraint de présenter davantage de concessions, notamment sur le découpage électoral et le mode de scrutin aux législatives, qui favorisent actuellement le parti sunnite. La seule leçon à retenir de cette tragi-comédie est que l’élection d’un président de la République au Liban est plus que jamais tributaire des développements régionaux.
     

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