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    Moyen-Orient

    Syrie: discussions à Munich sur fond de chaos dans le Nord

    media Alors que les bombardements se poursuivent sur Alep, une énième réunion internationale a lieu ce 11 février à Munich pour tenter d'arrêter la guerre. REUTERS/Abdalrhman Ismail

    Munich, en Allemagne, accueille ce jeudi 11 février une réunion internationale sur la Syrie. Sur le terrain, les forces gouvernementales de Bachar el-Assad appuyées par la Russie poursuivent leur offensive dans le nord syrien. Au chapitre diplomatique, la tentative d'ouvrir des pourparlers de paix ces dernières semaines à Genève s'est soldée par un échec. Dès lors, est-il possible de sortir de l'impasse ?

    L'ONU espère relancer les négociations inter-syriennes le 25 février prochain à Genève, mais l'opposition a déjà prévenu qu’elle ne fera le voyage qu'à certaines conditions : arrêt des bombardements russes et accès humanitaire aux localités syriennes assiégées.

    On voit mal comment les opposants syriens soutenus par l'Occident, les pays du Golfe et la Turquie, pourront obtenir gain de cause. En effet, la Russie montre qu'à ce stade elle privilégie l'option des armes sur celle de la diplomatie. Son intervention militaire en Syrie a littéralement sauvé le régime de Bachar el-Assad et ce dernier peut désormais afficher ses objectifs : chasser les rebelles de la ville d'Alep et reprendre le contrôle de la frontière entre Syrie et Turquie.

    C'est dans ce contexte que les 17 pays du groupe international de soutien à la Syrie* se retrouvent ce jeudi à Munich. Parmi eux, le front uni des alliés de Bachar el-Assad, la Russie et l’Iran. Dans le camp adverse, des pays renvoyés à leurs contradictions et à leurs divergences ; en témoignent les reproches adressés mercredi 10 février à l'administration Obama par le Français Laurent Fabius qui a critiqué « des ambiguïtés » et un engagement insuffisant des Etats-Unis en Syrie.

    La Russie devrait camper sur ses positions

    La Russie a fait face à des pressions des Américains et des Européens mercredi au Conseil de sécurité de l’ONU, rapporte notre correspondant à Moscou, Etienne Bouche. Jusqu’à présent, la diplomatie russe est restée sur sa ligne. Son rôle de soutien actif au pouvoir syrien fait depuis longtemps grincer des dents, mais les bombardements sur la ville d’Alep suscitent cette fois une opposition beaucoup plus franche de Washington et des chancelleries européennes qui mettent en avant les conséquences humanitaires de l’opération.

    Mais les critiques n’ont manifestement pas atteint Moscou. Ce 10 février, l’ambassadeur russe à l’ONU, Vitali Tchourkine, a accusé ses détracteurs « d’exploiter politiquement » la crise humanitaire en Syrie. « Nous n’avons pas l’intention de nous excuser pour ce que nous faisons », a-t-il déclaré. « Nous agissons de manière transparente et sommes présents en Syrie sur des bases légales, à la demande de l’Etat syrien. Contrairement aux Etats-Unis qui agissent au-delà du droit international », a ajouté le diplomate.

    Pour autant, les responsables russes assurent mener des discussions avec leurs homologues américains. Moscou doit présenter aujourd’hui à Munich ses propositions - aucune n’a été clairement exposée jusqu’à présent. Moscou dit vouloir promouvoir une solution politique passant par des négociations inter-syriennes. Selon une source occidentale, la Russie proposerait l’instauration d’un cessez-le-feu le 1er mars.

    Les Kurdes soutiendraient l’offensive du régime dans le Nord

    L’objectif de Bachar el-Assad est de reprendre Alep et sa province. Cette ville, la deuxième de Syrie, est contrôlée en grande partie par les rebelles de l’Armée libre depuis quasiment le début de la guerre mais les forces de Bachar el-Assad, appuyées par la Russie et une coalition de milices chiites, sont déterminées à récupérer ces territoires du Nord. Selon Ahmed al-Ahmed, militant de l’opposition à Alep, les troupes du régime bénéficient également d’une autre aide, inattendue, celle des Kurdes syriens du PYD : « Le front nord de la province d’Alep est un point chaud. Plusieurs groupes sont présents sur le terrain. Il y a Daech mais aussi les milices kurdes du PYD. Le parti kurde syrien et ses milices du PYD se sont alliés au régime. Ces milices ont joué un rôle important. Elles ont participé aux opérations militaires et ont encerclé la région au nord d’Alep au moment où le régime a lancé sa violente offensive avec l’appui des milices iraniennes et la couverture aérienne de l’aviation russe. Chaque jour une escadrille d’avions de guerre russes bombarde la région et contraint les civils à fuir. C’est aussi grâce à cela que le régime a pu conquérir de nouvelles localités comme Nebel et Zahra ».

    Depuis le début de cette vaste opération militaire fin janvier il y a eu plus de 500 victimes parmi lesquels des dizaines de civils, selon l’OSDH, qui fuient les combats et tentent de trouver refuge en Turquie voisine. Malheureusement les autorités turques ont fermé leur frontière et le principal point de passage entre la province d’Alep et la Turquie, celui de Bab Salama s’est transformé ces derniers jours en camp de réfugiés. « La situation des déplacés est catastrophique, poursuit Ahmed al-Ahmed. Plus de 80 000 personnes ont fui la région du nord d’Alep. Tous ces gens tentent de trouver refuge à l’ouest d’Alep ou à Idlib. Certains se trouvent actuellement au camp de réfugiés de Bab Salama. Mais ce camp comme tous les autres de la région sont saturés et les combats se rapprochent dangereusement. Il y a des bus pour assurer le déplacement de tous ces gens. J’ai d’ailleurs filmé tous ces bus de déplacés qui partaient. Il y en avait une dizaine. »

    * Composé de l'Allemagne, de l’Arabie saoudite, de la Chine, de l’Egypte, des Emirats Arabes Unis, des Etats-Unis, de la France, de l’Iran, de l’Irak, de l’Italie, de la Jordanie, du Liban, d’Oman, du Qatar, du Royaume-Uni, de la Russie, de la Turquie, de l’ONU, de l’UE et de la Ligue Arabe.

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