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    Moyen-Orient

    L'Arabie saoudite accentue ses pressions sur le Liban, le Hezbollah ne cède pas

    media Des supporters du Hezbollah rassemblée dans la banlieue sud de Beyrouth, le 16 février 2016. REUTERS/Aziz Taher

    Rien ne va plus entre les pays du Golfe et le Hezbollah libanais. Menées par l’Arabie saoudite, les monarchies pétrolières accentuent leurs pressions sur le parti pro-iranien, dans le sillage de leur confrontation ouverte avec Téhéran. Mais le Liban tout entier risque d’être la victime collatérale de ce jeu dangereux.

    De notre correspondant à Beyrouth

    Furieuse du rôle déterminant joué par le Hezbollah libanais dans la guerre de Syrie aux côtés de l’armée du président Bachar el-Assad, l’Arabie saoudite a décidé, il y a quelques mois, d’en découdre avec le parti pro-iranien. Elle s’est d’abord attaquée à ses médias, en interdisant la diffusion par le satellite Arabsat, qu’elle contrôle, de la télévision al-Manar, qui appartient au Hezbollah. Les journaux saoudiens se sont ensuite déchainés contre la formation chiite, l’accusant de tous les maux.

    Mais le 19 février dernier, les événements ont pris une tout autre tournure. Riyad a annoncé la suspension d’une aide de quatre milliards de dollars, destinés à équiper l’armée libanaise, dont trois milliards supposés financer l’achat d’armes françaises pour le compte de Beyrouth. Une mesure inédite dans les annales des relations entre les deux pays, et qualifiée de « punition collective » par une partie de la presse et de la classe politique.

    La raison invoquée pour justifier ces sanctions est que « le gouvernement libanais, otage du Hezbollah, a dérogé à l’unanimité arabe ». Riyad reproche en effet au Liban de ne pas avoir voté en faveur d’une résolution du Conseil des ministres arabes des Affaires étrangères, réuni au Caire début janvier, condamnant la politique de l’Iran dans la région, et taxant le Hezbollah de terrorisme. Le chef de la diplomatie libanaise, Gébran Bassil, avait déclaré : « Entre l’unanimité arabe et l’unité nationale au Liban, je choisis la deuxième option ». Ce qui ne l’a pas empêché, par ailleurs, de condamner fermement l’incendie de l’ambassade saoudienne à Téhéran par des manifestants en colère contre l’exécution du cheikh chiite saoudien Nimr Nimr, le 2 janvier, par les autorités de Riyad.

    Riyad embarrasse ses propres alliés

    Un communiqué publié par le ministère saoudien des Affaires étrangères indique que les sanctions contre le Liban interviennent après « une évaluation globale des relations » avec ce pays, conférant à ces mesures un cachet officiel.

    Les médias saoudiens prennent la relève, critiquant le gouvernement libanais et se déchainant contre le Hezbollah. Des rumeurs ont circulé sur d’autres sanctions, comme l’expulsion de milliers de travailleurs libanais d’Arabie saoudite et l’interruption des liaisons aériennes entre le Liban et les villes du royaume. Il faut souligner que 260 000 Libanais travaillent en Arabie et transfèrent au Liban tous les ans 4,7 milliards de dollars.

    Les sanctions saoudiennes ont été accueillies avec surprise par une majorité de Libanais, qui les jugent exagérées. « Les Libanais ne comprennent pas ce que veut Riyad, déclare à RFI Michel Naufal, journaliste et spécialiste du Moyen-Orient. Même les alliés du royaume au Liban ne savent plus comment agir ».

    Cela est d’autant plus vrai que le gouvernement est présidé par Tammam Salam, une personnalité sunnite proche de l’Arabie saoudite. De plus, le Courant du futur (CDF), le principal parti sunnite, détient au sein du cabinet d’importants portefeuilles, comme celui de l’Intérieur, qui a la haute main sur les Forces de sécurité intérieure (FSI) et d’autres services de sécurité influents.

    Pire encore, les mesures prises par Riyad sont intervenues alors que le leader sunnite Saad Hariri venait tout juste de rentrer à Beyrouth après un long exil volontaire entre Riyad et Paris. Au lieu de l’aider à renforcer sa position en lui apportant toute l’aide nécessaire, voilà que l’Arabie saoudite adopte des sanctions contre le Liban, mettant son principal allié dans l’embarras et compliquant sa tâche.

    Une question d’économie ?

    Les analyses vont bon train pour tenter d’expliquer les tenants et les aboutissants des décisions saoudiennes. Le célèbre blogueur Moujtahid (qui serait un prince saoudien) balaye les explications officielles saoudiennes. Il a récemment écrit sur Twitter : « La décision de l’Arabie saoudite de suspendre l’aide au Liban n’a rien à voir avec l’hégémonie du Hezbollah sur l’armée ni avec les politiques adoptées par le gouvernement libanais. Elle est liée à l’échec des négociations pour la libération du prince incarcéré au Liban pour trafic de drogue. »

    Le prince Abdel Mohsen ben Walid ben Abdelaziz Al Saoud et quatre autres Saoudiens avaient été arrêtés le 26 octobre 2015 à l'aéroport international de Beyrouth alors qu'ils tentaient d'embarquer à bord d’un jet privé avec deux tonnes de pilules de Captagon (une drogue à base d'amphétamine) et une quantité de cocaïne.

    Michel Naufal n’exclut pas que le royaume ait décidé de « se retirer du Liban, où son influence décline face à celle de l’Iran, et d’abandonner le pays à son sort ». Le journaliste avance une autre explication selon laquelle « l’Arabie saoudite fait un pas en arrière pour mieux rebondir. Mais rebondir avec quoi, pourquoi et comment ? », s’interroge-t-il sans grande conviction.

    D’autres analyses confèrent aux sanctions saoudiennes une dimension exclusivement financière, à un moment où le pays est confronté à un déficit budgétaire de près de 100 milliards de dollars en 2016, à cause de la baisse des prix du pétrole et des coûts des guerres menées directement ou par procuration par le royaume au Yémen et en Syrie.

    Pour tenter de réduire les dépenses publiques, les autorités saoudiennes ont supprimé de nombreuses subventions. Un article publié sur le site de la chaîne américaine CNN, le 9 février dernier, révèle que Riyad a procédé à des coupes sévères dans un fonds doté de six milliards de dollars, créé en 2016 par le défunt roi Abdallah, pour financer les études de 200 000 étudiants saoudiens dans le monde. Si des économies sont faites sur des dossiers aussi sensibles que l’éducation supérieure des jeunes Saoudiens, il n’est pas étonnant que Riyad décide de suspendre l’aide de quatre milliards de dollars octroyée aux forces armées libanaises. D’autant que cette générosité ne lui permettra pas de renforcer son influence au sein de l’armée, qui reste proche des Américains et au sein de laquelle le Hezbollah dispose de leviers importants.

    Nasrallah revient à la charge

    Passé le moment de surprise, le gouvernement libanais a essayé de replâtrer les relations avec Riyad. Après une réunion qui a duré sept heures, il a publié un communiqué réaffirmant son attachement à « l’unanimité arabe dans les causes communes », et rappelant les bienfaits de l’Arabie envers le Liban. Le Premier ministre a proposé de se rendre à Riyad à la tête d’une délégation ministérielle régler le problème. Dans le même temps, Saad Hariri lançait une pétition nationale remerciant l’Arabie et ses dirigeants pour leur « générosité » et l’attention particulière qu’ils ont traditionnellement porté au pays du cèdre. Des personnalités ont défilé à l’ambassade saoudienne pour exprimer leur sympathie et réaffirmer leur attachement aux relations bilatérales. Mais tout cela n’a pas calmé la colère de Riyad et Tammam Salam n’a toujours pas obtenu de rendez-vous.

    Quoi qu’il en soit, la première conséquence de cette nouvelle crise a été la résurgence des tensions entre sunnites et chiites. Des incidents ont éclaté dans certaines régions et l’armée libanaise a dû intervenir pour ramener le calme après des échanges tirs entre des partisans du CDF et du Hezbollah à Saadiyat, à 20 kilomètres au sud de Beyrouth.

    Alors que la polémique battait son plein, des voix se sont élevées pour demander au Hezbollah de s’excuser auprès des dirigeants saoudiens pour ses « atteintes contre le royaume ». Le secrétaire du parti, Hassan Nasrallah, a totalement exclu une telle option. Au contraire, il a lancé, lors d’une intervention télévisée mardi soir, une charge virulente contre l’Arabie saoudite, l’accusant d’être à l'origine de tous les maux de la région, de la Syrie au Yémen, en passant par les voitures piégées envoyées au Liban. Selon lui, le royaume wahhabite, « de connivence avec Israël, cherche à provoquer une discorde entre les sunnites et les chiites ». Hassan Nasrallah a déclaré qu’il continuerait à dénoncer « les crimes des Saoudiens », appelant toutefois Riyad à ne « pas s’en prendre au Liban tout entier s’il a un compte à régler avec le Hezbollah ».
    La réponse n’a pas tardé à venir. Mercredi matin, les six monarchies du CCG ont déclaré organisation « terroriste » le Hezbollah, en raison « de la poursuite des actions hostiles des milices (du Hezbollah), qui recrutent les jeunes (du Golfe) pour perpétrer des actes terroristes ».

    La confrontation est donc totale entre le Golfe et le Hezbollah. Les Etats-Unis ne sont pas mécontents de voir les pressions s’accentuer sur le parti chiite, qu’ils ont placé depuis des années sur leur liste des organisations terroristes. Mais dans le même temps, ils souhaitent préserver la stabilité du Liban. Selon des informations de presse, Washington aurait, dans ce contexte, demandé à Riyad d’honorer ses engagements à financer l’achat de six avions de combat Super Tucano pour le compte des forces armées libanaises.

    Ce n’est pas, non plus, un hasard, que le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, ait annoncé sa venue à Beyrouth le 24 mars. C’est, enfin, la raison qui explique le maintien en place du gouvernement libanais, en dépit de l’ire de l’Arabie saoudite.

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