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    Moyen-Orient

    Suite du grand «ménage» en Turquie, après le putsch raté du week-end

    media Les partisans d'Erdogan sur la place Taksim, le 17 juillet 2016. REUTERS/Alkis Konstantinidis

    La purge continue en Turquie, après le coup d'Etat manqué du vendredi 15 juillet, qui a fait officiellement au moins 290 morts, dont plus de 100 putschistes. Il est difficile de connaître les chiffres exacts des arrestations, gardes à vue en cours, compte tenue de l'ampleur que sont en train de prendre ces purges orchestrées par le pouvoir. Toutefois, le Premier ministre a parlé de 7 500 personnes en garde à vue, dont plus de 6 000 militaires, 755 magistrats et 100 policiers.

    Avec notre correspondant à Istanbul, Alexandre Billette

    La répression a d'abord visé l'armée, ensuite la justice, et ce lundi 18 juillet, cela semblait s'étendre désormais à toutes les sphères de l'administration publique. Le Premier ministre turc a annoncé que 7 500 personnes avaient été arrêtées, dont 6 000 militaires environ, parmi lesquels une centaine de généraux.

    Près de 9 000 fonctionnaires du ministère de l'intérieur ont été limogés, notamment une trentaine de gouverneurs sur les 80 que compte le pays. Ou encore des vice-gouverneurs, des hauts-fonctionnaires, des cadres. Il y aurait aussi 1 500 fonctionnaires des Finances  également limogés, sans oublier 3 000 juges qui ont été renvoyés ce week-end.

    Le ministre de la Justice avait prévenu dimanche que le « ménage » allait se poursuivre, ce sont ses propres mots. Tout comme le président Erdogan, qui parle « d'éliminer le virus ». Ces purges massives sont encouragées ce lundi par la presse pro-gouvernementale, qui appelle également à poursuivre le ménage, avec souvent à la Une des photos de ce que l'on présente comme des « traîtres » et qui ont déjà été arrêtés.

    Dans la magistrature, il y a, et je dirais surtout il y avait, beaucoup de gens qui étaient liés à Fethullah Gülen. Mais à mon avis, dans les prochaines semaines, on va tirer assez large, pour finalement mettre sur la touche ou éliminer les gens qui paraissent indésirables, qui ne soutiennent pas le gouvernement Erdogan, ou qui ont pu dans le passé gêner le gouvernement ou qui sont considérés comme dangereux pour le gouvernement.

    Jean Marcou, chercheur à Sciences-Po Grenoble et spécialiste de la Turquie 18/07/2016 - par RFI Écouter

    C'est donc le grand nettoyage, une purge qui n'attendait qu'une occasion pour s'opérer. C'est ce que pense le chercheur Jean-François Pérouse, de l'Institut français d'études anatoliennes à Istanbul : « En ce qui concerne les juges et procureurs, ce serait près d’un cinquième du total qui sont soupçonnés en fait d’avoir des sympathies pour la mouvance de Fethullah Gülen », rappelle-t-il.

    Et de continuer : « Donc, cette purge était promise depuis un certain temps, elle a été annoncée, en quelque sorte, et puis là l’occasion a été saisie. Et maintenant, toutes les institutions vont être assez radicalement épurées après cette tentative assez tragique, parce qu’il y a quand même eu des morts nombreux, près de 300. On ne pourra absolument rien faire contre ces purges. Toute opposition est impossible. »

    Ces purges si massives ont démarré si rapidement qu'elles nourrissent certaines théories du complot, à savoir que ce putsch était en quelque sorte téléguidé par le pouvoir pour permettre au président turc d'en sortir renforcé. D'où cette liste de personnes arrêtées quelques heures à peine après le moment du putsch. Cette théorie a notamment été véhiculée par l'imam Gülen lui-même, très vite après avoir été accusé d'avoir fomenté le coup d'Etat.

    Fortes mobilisation des partisans du président turc

    Les autorités parlent de retour à la normale, mais l' ambiance est toujours tendue, Notamment à Ankara, où des échanges de coups de feu ont eu lieu ce 18 juillet devant le palais de justice. On parle d'au moins une victime. On a également appris que des unités spéciales de la police avaient effectué un raid à l'académie de l'armée de l'air à Istanbul, à proximité de l'aéroport Atatürk.

    Cette nuit encore ici, au centre d'Istanbul, quelques milliers de personnes se sont rassemblées notamment sur la place Taksim. Elles ont célébré assez bruyamment jusqu'au milieu de la nuit l'échec du putsch. Dimanche soir, le Premier ministre Binali Yildirim a encore une fois invité les Turcs à descendre dans la rue après le travail tous les jours cette semaine. A l'inverse, le journal d'opposition Cumhuriye parlait lundi matin de « danger dans la rue », en évoquant des violences potentielles, provoquées par des partisans du président dont certains seraient armés. Cette mobilisation illustre bien la polarisation de la société turque après ce putsch.

    Erdogan a mobilisé les réseaux sociaux

    A Istanbul, après cette fatidique nuit d'échanges de coups de feu, d'explosions, de vols de chasseurs militaires à basse altitude lors du putsch, on sent un certain traumatisme. C'est une expérience que la métropole turque n'avait pas vécu depuis très, très longtemps. L’élément qui a joué un rôle non négligeable dans la mobilisation des supporters du président Erdogan, ce sont les réseaux sociaux. Pourtant, ce n'est pas d'habitude un moyen de communication privilégié par le pouvoir turc.

    Dès le début du putsch, on a vu le président Erdogan par téléphone, sur Facetime, qui appelait ses partisans à descendre dans la rue. Cet usage des réseaux sociaux, du mobile, d'ordinaire maîtrisé par l'opposition politique, est cette fois largement utilisée par le camp gouvernemental et ses supporters.On s'est d'ailleurs étonné que les putschistes se soient acharnés en quelque sorte pour prendre le contrôle de la télévision d'Etat, sans se soucier de communiquer par les réseaux sociaux ou par les canaux d'informations les plus utilisés par les Turcs.

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