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    Moyen-Orient

    Il y a 25 ans, l'opposant iranien Chapour Bakhtiar était assassiné en France

    media Le dernier Premier ministre du Shah d'Iran Chapour Bakhtiar, le 27 juillet 1990 à Suresnes, au nord-ouest de Paris, environ un an avant son assassinat. PATRICK HERTZOG / AFP

    Il y a 25 ans, jour pour jour, est assassiné à Suresnes (banlieue parisienne) Chapour Bakhtiar, dernier Premier ministre du Shah d’Iran. Exilé en France après la révolution islamique, il est pourtant étroitement protégé par des policiers français 24 heures sur 24. Mais le 6 août 1991, il est tué à Suresnes, en périphérie de Paris, par trois Iraniens qui réussisent à échapper à la surveillance policière. Cet assassinat de l’une des cibles privilégiées du régime de l’ayatollah Khomeini est l’un des meurtres les plus emblématiques d’opposants iraniens en France.

    « Ce jour-là de 1991, on m’a téléphoné à 5 heures du matin, heure de Washington, pour m’annoncer la mort de mon père », se souvient France Bakhtiar, fille franco-iranienne de Chapour Bakhtiar, qui vit aujourd’hui aux Etats-Unis. « Même maintenant, c’est difficile d’en parler, lâche-t-elle dans un souffle. C’était il y a 25 ans, mais pour moi, c’est comme si c’était hier. »

    Rappelons le déroulé des événements : en 1979, après le renversement du gouvernement du Shah par l’ayatollah Khomeini, Chapour Bakhtiar, dernier Premier ministre du Shah, entre dans la clandestinité. Quand il réussit à s’exfiltrer hors d’Iran, craignant pour sa vie, il s’exile en France. Là, il fonde en 1980 le Mouvement de résistance nationale. Ce grand bourgeois anticlérical devient ainsi un des opposants les plus crédibles au nouveau régime des ayatollahs. Et donc il devient une cible.

    Le 18 juillet 1980, il échappe à une première tentative d’assassinat. Ce jour-là, un commando de cinq hommes pénètre dans un immeuble où Chapour Bakhtiar est logé chez sa fille. Cet attentat, instigué par le Libanais Anis Naccache sur ordre de l’ayatollah Khomeini en personne, manque sa cible, Chapour Bakhtiar. Mais le commando fait deux morts (un policier et une voisine) et un policier est blessé.

    « La dernière personne qui pouvait faire quelque chose contre le régime »

    Toujours ciblé, Chapour Bakhtiar est finalement tué le mardi 6 août 1991. Ce jour-là, il rentre de son jogging matinal et son fils Guy, inspecteur de police et affecté à sa protection rapprochée, le raccompagne. La villa de Bakhtiar, située au 37, rue Cluseret, à Suresnes, au nord-ouest de Paris, est surveillée par quatre CRS, nuit et jour. Les trois Iraniens se présentent à la guérite de l’entrée. Ils sont fouillés, et leur identité est vérifiée.

    Le policier en faction ne suspecte rien et les laisse rentrer : l’un des visiteurs est Fereydoun Boyerahmadi, un réfugié politique installé en France depuis 1984 et sympathisant du MRN, aux côtés de Bakhtiar. Mais il serait en fait un « cheval de Troie », pour permettre aux tueurs de s’infiltrer et de tuer Bakhtiar. Les deux autres, Ali Vakili Rad et Mohammed Azadi, n’étaient arrivés en France que quelques jours auparavant.

    Les trois quittent la maison moins d'une heure plus tard sans, encore une fois, paraître suspects. Ils ont utilisé un couteau à pain et un couteau à viande, trouvés dans la cuisine de Bakhtiar, et qu’ils ont laissés sur place, pour égorger Bakhtiar et son secrétaire Sorouch Katibeh. Personne ne se rend compte de rien. Le lendemain, Bernard, le livreur de l’épicerie fine, dépose, comme chaque semaine, sa livraison dans le sous-sol de la maison, sans rien remarquer. C’est le fils de Chapour qui finit par lancer l’alerte, inquiet que personne ne lui réponde au téléphone.

    Il faut donc attendre deux jours, le 8 août 1991, pour que les policiers ne se rendent compte que Chapour Bakhtiar et son secrétaire sont morts.

    Sa fille France Bakhtiar confie : « Ses assassins savaient que mon père était la dernière personne qui pouvait faire quelque chose contre le régime. Il adorait sa patrie, il voulait la démocratie. Aujourd’hui, je ne peux plus retourner en Iran, je n’y ai plus de famille proche. Malheureusement, je pense que mon père a échoué. Et je n’ai pas pu venir en France pour commémorer les 25 ans de sa mort. »

    « Un grand vide quand il est parti, pour moi et pour tous les résistants iraniens »

    L’historienne Ladan Boroumand, cofondatrice de la Fondation Abdorrahman-Boroumand, du nom de son père, opposant iranien tué, lui aussi, à Paris devant chez lui, assure : « C’était une personnalité éminente. Son assassinat a scellé la fin des partis politiques traditionnels qui pouvaient espérer un changement de régime en Iran. »

    Hamid Zolnour, qui l’a accompagné lors des beaux jours du Mouvement de résistance nationale, surenchérit : « C’est un grand vide quand il est parti, pour moi et pour tous les résistants iraniens. Aujourd’hui, il y a une dictature en Iran. Il y a plusieurs mouvements disparates qui luttent contre le régime. Mais il n’y a pas une personnalité capable d’unifier tous ces mouvements. Chapour Bakhtiar aurait pu. »

    Ladan Boroumand poursuit : « Depuis, nous, en tant que militants, avons donc cherché une autre stratégie pour nous opposer. Nous ne cherchons plus à avoir le pouvoir, mais à forcer le pouvoir à changer. En tant qu’héritiers de Bakhtiar, nous avons fait émerger une société civile. C’est pourquoi je pense que, finalement, cet assassinat a échoué. »

    « Si un jour l’histoire le permet, nous voulons juger ces crimes »

    Les tueurs, en tout cas, n’ont pas tous répondu devant la justice française. Seul Ali Vakili Rad, tentant de fuir vers l'Iran, est arrêté à Genève (Suisse), et condamné en 1994 à la prison à perpétuité en France. Un complice, Massoud Hendi, écope, lors du même procès, de dix ans de prison pour avoir aidé les tueurs à obtenir des visas. Les deux autres complices entrés dans la villa de Bakhtiar, Fereydoun Boyerahmadi et Mohammed Azadi, n’ont jamais été retrouvés par la police française. Avec d’autres complices impliqués dans la logistique du crime, ils ont été condamnés par contumace en 1995 à la réclusion criminelle à perpétuité.

    L’implication de l’Etat iranien dans le meurtre de Chapour Bakhtiar fait peu de doutes. Devant le juge, Ali Vakili Rad reconnaît avoir été envoyé par Téhéran. En 2010, il est libéré, après avoir effectué sa peine de sûreté de 18 ans.

    Il se rend en Iran quelques heures après sa libération, qui intervient deux jours après le retour en France de Clotilde Reiss, étudiante française qui était emprisonnée en Iran. Le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a, à l’époque, rejeté toute accusation de « marchandage ». L’avocat d’Ali Vakili Rad a assuré que cette libération « ne doit pas être considérée comme un échange ». Karim Lahidji, avocat de la famille de Chapour Bakhtiar, a pour sa part critiqué un « marchandage avec un Etat terroriste ».

    Ladan Boroumand espère que, grâce à la Fondation Abdorrahman-Boroumand, les coupables seront jugés : « Notre objectif à la Fondation est de documenter et de répertorier tous les crimes qui concernent des Iraniens, pas uniquement politiques. Nous voulons ainsi marquer la mémoire collective et, si un jour l’histoire le permet, nous voulons juger ces crimes, comme celui de Chapour Bakhtiar. »

    France, la fille de Chapour Bakhtiar se dit, aujourd’hui encore, « très touchée » : « C’est ainsi. La vie passe, mais le souvenir reste. Pour moi, mon père est toujours vivant, et il le sera toujours. »

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