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    Syrie: quels sont les objectifs de l'opération turque «Bouclier de l'Euphrate»?

    media Blindé turc manoeuvrant dans la poussière à la frontière turco-syrienne, le 25 août 2016. REUTERS/Umit Bektas

    L'offensive turque se poursuit à la frontière avec la Syrie. Au lendemain d’une offensive éclair qui a permis de chasser l’organisation de l’Etat islamique (EI) de la ville frontalière de Jarablos, la Turquie a envoyé un nouveau convoi de blindés en territoire syrien ce jeudi 25 août. L’organisation jihadiste est la première cible de l’opération « Bouclier de l’Euphrate », la plus importante pour Ankara depuis que le conflit syrien a éclaté en 2011. Mais la Turquie a également pour ambition de réduire le territoire conquis dans le nord de la Syrie par les Unités de protection du peuple (YPG), les combattants du Kurdistan syrien.

    C'est un objectif explicite de l’intervention turque en Syrie, et pour certains observateurs c’est même le principal motif de l’opération « Bouclier de l’Euphrate » : contenir l’avancée vers l’ouest des combattants kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), considérés comme des « terroristes » par la Turquie au même titre que leurs cousins kurdes du PKK.

    L’élément déclencheur a sans doute été la prise de Manbij, au début du mois d’août. Manbij est en effet située à l’ouest de l’Euphrate, et la Turquie a toujours considéré le fleuve comme une ligne rouge à ne pas franchir par les combattants kurdes. En s’emparant de cette position, les YPG avaient en outre la possibilité de prendre en tenaille la ville frontalière de Jarablos, deprogresser le long de la frontière et de concrétiser encore davantage leur ambition de créer un territoire homogène, de Kamechliyé dans le Nord-Est au canton d’Afrin dans le Nord-Ouest. La prise de Jarablos par des combattants syriens affiliés à l’Armée syrienne libre permet donc à Ankara de mettre un coup d’arrêt à cette avancée kurde et d’écarter le spectre d’un territoire kurde unifié au sud de la Turquie, territoire qui serait contrôlé, facteur aggravant, par les YPG.

    L'opération permet également à la Turquie d’accroître la pression sur les combattants kurdes pour que ces derniers se retirent de la région de Minbej et pour qu’ils franchissent de nouveau l’Euphrate, pour se cantonner sur la rive orientale du fleuve. La menace est désormais explicite : « la Turquie a tous les droits d’intervenir » a déclaré Fikri Isik, ministre turc de la Défense, si les Kurdes refusent de se retirer.

    Pressions américaines

    Pour l’instant, rien ne semble cependant indiquer que les YPG soient disposés à céder à la pression exercée par la Turquie. Selon des sources officielles américaines, les combattants kurdes auraient entamé leur retrait à l’est de l’Euphrate, conformément au souhait de la Turquie, mais l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), qui dispose d’un vaste réseau d’informateurs sur le terrain, ne constate qu’un retrait partiel, le gros des forces étant resté à l’ouest du fleuve. « Les YPG sont des Syriens et de ce fait les Turcs ne peuvent pas imposer des restrictions aux mouvements des Syriens sur leur terre », a en outre déclaré, interrogé par l’Agence France-Presse, le porte-parole des YPG, Redur Xelil.

    Même s’ils rechignent à obtempérer, et à se retirer de positions chèrement conquises face à l'organisation EI, les YPG vont devoir cependant tenir compte des pressions exercées par les Etats-Unis, devenus l’un de leurs principaux alliés depuis 2014 et la bataille de Kobané. Confrontés à la colère de la Turquie devant l’avancée kurde en Syrie, et à la dégradation de leurs relations avec Ankara depuis le coup d’Etat manqué du 15 juillet dernier, les dirigeants américains ont choisi, en effet, de demander à leur tour aux YPG de ne plus avancer vers l’ouest de la Syrie. Or, les YPG ont grandement bénéficié du soutien américain et ils devront opérer un arbitrage douloureux entre leurs ambitions territoriales et la nécessité de conserver cet appui crucial.

    Les combattants kurdes pourraient contourner le problème en mettant en avant les quelques unités non kurdes qui composent les Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition de groupes armés qu’ils dominent largement. Mais ils pourraient également renoncer à l’offensive planifiée sur la ville d’al-Bab, située à l’ouest de Manbij et toujours aux mains du groupe EI. En intervenant directement dans le conflit syrien, pour la première fois depuis le début de la guerre civile, la Turquie va sans doute réussir à interrompre l’expansion territoriale des combattants kurdes dans le nord du pays. Mais elle risque également de compliquer la tâche de la coalition créée par les Etats-Unis pour lutter contre le groupe EI – dont le fer-de-lance était justement composé des combattants kurdes des YPG.

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