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    Moyen-Orient

    Bataille de Mossoul, enjeux et symboles

    media Des forces militaires pro-gouvernementales sur une piste désertique, le 10 octobre 2016. Mahmoud al-Samarrai / AFP

    La coalition internationale anti-jihadiste a lancé dans la nuit du 17 octobre sa bataille contre Mossoul, dernier fief du groupe Etat islamique en Irak. Cette offensive, préparée de longue date par tous les protagonistes, se distingue de toutes les autres par sa dimension à la fois symbolique et stratégique.

    ■ Un carrefour stratégique

    Mossoul est la deuxième ville d’Irak, située à 350 km au nord de Bagdad, sur les bords du Tigre, dans la plaine de Ninive, nom porté par le site archéologique voisin et par cette vaste province. Elle est frontalière avec la Turquie et la Syrie. Enfin, avec 1,5 million d’habitants, elle est la plus importante ville des territoires placés sous la férule du groupe Etat islamique. En Irak, elle constitue le dernier retranchement jihadiste. Cette bataille est « un moment décisif dans notre campagne pour infliger à l'EI une défaite durable », a déclaré le secrétaire américain à la Défense, Ashton Carter. D’un point de vue militaire, libérer Mossoul permettra d’établir la jonction avec la frontière syrienne, à 100 kilomètres à l’ouest. En attendant une très lointaine bataille de Raqqa.

    D’un point de vue énergétique, la région de Ninive est connue pour ses champs pétrolifères. La ville libérée de Baïji, au sud de Mossoul, dispose de la plus grande raffinerie du pays. Pourtant, pour Pierre Terzian, directeur de Petrostratégies, l’or noir n’est pas un enjeu dans la bataille qui commence. « Les volumes ne sont pas assez importants pour justifier de tels moyens militaires et tous les sacrifices qui vont s’ensuivre. Les gisements de Mossoul et de sa région sont petits et anciens. »

    Par ailleurs, Mossoul, bâtie en plein Croissant fertile, est stratégique pour l'approvisionnement en eau. Le plus grand barrage du pays se situe à une quarantaine de kilomètres en aval. Il est sous le contrôle des forces kurdes. Depuis la prise de Mossoul, la maintenance du barrage était délaissée par l’Etat et les autorités irakiennes s’étaient alarmées de sa possible rupture. Une hydrographie qui favorise la troisième richesse de cette région : l’agriculture. Mossoul abrite le principal marché du Nord (céréales, plantes, fruits…). La région de Ninive est la plus importante province irakienne pour la production de blé et d’orge, les deux principales céréales cultivées dans le pays.

    ■ Un symbole dans la guerre contre l’EI

    Le 6 juin 2014, ce qui s’appelait encore le l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) lance une vaste offensive sur la grande ville du Nord. Les quelque milliers de jihadistes juchés sur leurs pick-up armés ne rencontrent presque aucune résistance de la part des forces de sécurité irakiennes qui leur livrent la ville. Avec la complicité d’anciens officiers du parti Baas de Saddam Hussein, dont Mossoul fut la dernière place forte.

    A la fin du mois, le 29 juin, du haut du minbar (chaire) de la mosquée de Mossoul, Abou Bakr al-Bagdhadi, leader de l'EI, proclame le « califat » sur des territoires conquis, à cheval entre la Syrie et l’Irak. Les images font le tour du monde, la propagande fonctionne à plein, le groupe terroriste recrute à l’étranger.

    Abou Bakr al-Baghdadi, le calife du jihad

    De facto, la frontière entre la Syrie et l’Irak n’existe plus et l’Occident s’alarme de cet embryon d’Etat totalitaire. Une victoire à Mossoul reléguerait donc ces images aux archives et aurait une influence non négligeable en termes communicationnels. « Mossoul est un lieu symbolique », explique Michel Goya, expert militaire, interrogé par France 24. « C’est vraiment le centre de gravité de l’EI. Un quart de la population contrôlée par l’EI est à Mossoul. »

    ■ Une histoire mouvementée et une population multiconfessionnelle

    De tout temps convoitée, Mossoul a une histoire tourmentée. Au VIIIe siècle av. J.-C., Ninive, capitale de l’empire assyrien, vit son âge d’or. Vient le temps des Chaldéens, puis des conquérants arabes, au VIIIe siècle apr. J.-C., qui la rebaptisent Mossoul. Au XXe siècle, cet éternel carrefour commercial entre Asie et Méditerranée est aussi disputé pour son pétrole par la France et la Grande-Bretagne.

    Par la suite, « sa population a fortement adhéré au nationalisme arabe puis au baathisme, mais avec une identité sunnite et un conservatisme religieux marqué », décrypte dans Libération la chercheuse du Ceri-Sciences Po Loulouwa al-Rachid. C’est à Mossoul que les deux fils de Saddam Hussein ont été tués, au début de l’intervention américaine en Irak, en 2003. Puis durant les « années américaines », Mossoul fut une place forte d’al-Qaïda.

    Aujourd’hui, « peuplée en grande majorité d’Arabes sunnites, toutes les minorités y sont présentes : kurdes, turkmènes, chiites, chrétiens, yézidis… », explique Loulouwa al-Rachid. Ces deux dernières minorités ont été particulièrement visées par la politique d’épuration religieuse du groupe. En juillet 2014, des milliers de chrétiens ont été confrontés à un ultimatum de l'EI : se convertir à l'islam, payer une taxe ou quitter la ville sous peine d'être exécutés.

    L’enjeu de cette bataille est donc aussi confessionnel. Les sunnites, minoritaires dans un Irak majoritairement chiite, craignent l'entrée dans la ville des puissantes milices paramilitaires chiites du Hachd al-Chaabi, soutenues par l'Iran, et accusées d'exactions contre les civils sunnites dans le passé. Pour prévenir ce risque, le Premier ministre a décidé que seules les forces nationales entreront dans la ville : « La force qui mène les opérations de libération est la courageuse armée irakienne avec la police nationale, et ce sont elles qui entreront dans Mossoul, pas d'autres. » D’autant que, comme en Syrie, il s’agit là aussi d’une guerre par procuration. « Nous nous opposons à toute implication des milices chiites. Elles ont commis des atrocités de masse quand elles sont entrées dans Falloujah, qui se sont notamment conclues par 400 personnes enterrées dans une fosse commune », a déclaré à Londres le ministre saoudien des Affaires étrangères, cité par la presse.

    ■ Un patrimoine partiellement détruit, une ville largement minée

    A l’image de Palmyre, en Syrie, Mossoul a largement souffert des destructions ciblées de son patrimoine culturel et religieux. Une destruction idéologique, à la masse, au bulldozer ou à l’explosif, entreprise dès la prise de la ville par les jihadistes.

    Il ne reste plus rien de plusieurs sites chrétiens, comme l’église de la Vierge Marie ou le monastère de Saint-Elie, le plus vieux d’Irak (VIe siècle), dynamités. Le mémorial du génocide arménien a été rasé. Contactée par RFI, l’Unesco dresse une liste de 36 mosquées et mausolées sur 80 répertoriés qui seraient totalement détruits : le complexe de Nabi Yunis, la mosquée du prophète Georges (Nabi jirjis), la mosquée al-Khidr (XIIe s.)... A Ninive, trois zones archéologiques ont été sévèrement endommagées et des fouilles illicites ont été entreprises.

    Cette période de destruction a culminé en février 2015 avec le saccage du musée de la ville. Des vidéos de propagande du groupe avaient montré ses membres détruisant des œuvres à coups de massue. La bibliothèque a aussi fait les frais de cette folie destructrice : le 22 février, 8 000 livres sont brûlés. Certains de ces ouvrages témoignaient de l’invention de l’écriture, des trésors qui permettent de considérer que cette région est le berceau de la civilisation…

    Signe de l’ampleur de cette catastrophe, la directrice générale de l’Unesco avait, en février 2015, qualifié ces activités de « génocide culturel ». « La démolition du musée de Mossoul et la destruction des vestiges archéologiques de Ninive resteront dans l'histoire humaine comme l'une des attaques les plus barbares contre le patrimoine de l’humanité (…) », a encore déclaré Irina Bokova ce 17 octobre. Qui prévient : « La protection du patrimoine n’est pas un luxe, mais une obligation centrale du droit international humanitaire et du droit de la guerre. Cet effort est inséparable de la protection des vies humaines, et doit faire partie intégrante de toute stratégie durable et efficace pour la paix. »

    « Il y a eu pendant de très longs mois une politique systématique de destruction intentionnelle du patrimoine. Un grand nombre de bâtiments religieux et culturels ont été détruits. Mais ce que révèlent les images satellites n’est pas suffisant pour évaluer les dommages », explique à RFI Nada al-Hassan, chef de l'unité Etats arabes au sein du département Patrimoine mondial de l'Unesco. « Le pire est à venir, poursuit-elle. La bataille va avoir lieu et l’on sait qu’il y a des pratiques de minage très étendues et que cela va être une bataille féroce, une bataille de rue, qui sont les plus destructrices pour le patrimoine ».

    Or, selon le journaliste Wilson Fache, auteur d’un long reportage dans L’Orient-Le Jour, Mossoul est truffée d‘explosifs. « Il piègent même les frigos », indique un militaire dans ce récit.

    ■ Une coalition aux intérêts divergents

    Les combats en cours pourraient durer « des semaines, voire plus », a indiqué Stephen Townsend, le commandant américain de la coalition. Une bataille de longue haleine s’amorce dans cette agglomération où agissent environ 5 000 combattants jihadistes. « Je ne pense pas que Mossoul va tomber facilement, estime Fabrice Balanche, géographe spécialiste du Moyen-Orient. Elle est très bien défendue par l’Etat islamique qui a eu le temps de construire des défenses, de s’infiltrer parmi la population, parce que la meilleure arme de l’Etat islamique, c’est d’utiliser la population civile comme des boucliers humains. Comme la coalition internationale ne veut pas faire de dégâts civils, elle est très limitée dans ses moyens d’action. Ce n’est pas la méthode russe à Alep. La solution sera de laisser un corridor pour que les combattants puissent s’échapper pour éviter qu’ils ne se battent jusqu’au bout. » La principale inconnue sera donc l'attitude - jusqu'au-boutisme, reddition, fuite... - des assiégés.

    Dernier enjeu, peut-être le plus inquiétant à long terme : la coalition militaire d’environ 100 000 hommes (opposée à quelque 5 000 combattants) est composée de nombreux acteurs extrêmement hétéroclites et aux intérêts strictement opposés.

    Bataille pour Mossoul: le front irakien souffre de ses divisions

    Pour l’instant, l’ennemi à abattre cimente fragilement le front commun. Mais « au-delà de cet objectif de libérer Mossoul, il n'y a absolument aucun consensus entre les membres de cette coalition », analyse sur RFI Loulouwa al-Rachid.

    Or, « une fois que la ville sera prise, se posera la question de la gouvernance de cette ville, arabe sunnite, explique encore Fabrice Balanche. Il n’est pas question que les Kurdes rentrent dans la ville parce que cela pourrait être considéré comme une occupation. Même chose pour l’armée fédérale irakienne, qui est chiite. La Turquie occupe une partie du nord de l’Irak et ne veut pas que l’armée fédérale irakienne prenne le contrôle de toute cette zone. La situation est très complexe. »

    « Derrière la question militaire, il y a la question politique de l’après… », anticipe Michel Goya. Qui acceptera et sera accepté pour « nettoyer la ville, quartier par quartier », puis administrer politiquement Mossoul ?

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