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    Moyen-Orient

    Irak: l'offensive pour la reconquête de Mossoul s'annonce longue et difficile

    media Combattantes kurdes sur le front de la bataille de Mossoul, à Erbil. REUTERS/Reuters TV

    Cela faisait des mois qu'elle était en préparation. L'offensive lancée sur la ville irakienne de Mossoul, bastion de l'organisation Etat islamique qui la contrôlent depuis juin 2014, a commencé dans la nuit. Elle a été annoncée à la télévision par le Premier ministre irakien Haïdar al-Abadi. Un moment décisif dans la lutte contre l'EI, selon le secrétaire américain à la Défense alors que l'ONU de son côté fait part de sa forte préoccupation sur le sort du million et demi de civils qui vivent à Mossoul. L'armée irakienne a largué des milliers de tracts pour prévenir la population de l'offensive.

    Sur le terrain la situation évolue rapidement rapporte notre envoyée spéciale, Oriane Verdier qui se trouve sur le front, à Erbil désormais, avec les peshmergas kurdes.

    En début d'après-midi ce lundi, des nuages de fumée s'élèvent désormais des villages ciblés par les combattants, des villages qui séparent le front de la ville de Mossoul à une dizaine de kilomètres. Selon un peshmerga, sept villages sur les neuf visés par l’opération d’aujourd’hui seraient libérés. Malgré les combats au sol, les canons peshmergas continuent de viser certaines agglomérations. Mais les combattants kurdes le savent bien, la reprise de la ville même de Mossoul sera bien plus complexe que la reprise de ces quelques communes.

    Il est prévu que les peshmergas reprennent ces villages, puis l'armée irakienne viendra en renfort pour reconquérir des agglomérations plus importantes comme les villes chrétiennes de Karakoch ou encore Bartella, également sous le contrôle de l'organisation Etat islamique. Des zones urbaines qui sont autant d'obstacles à la marche des forces armées vers Mossoul.

    Les troupes de l'armée nationale irakienne ont également lancé de leur côté l'offensive depuis l'est de Mossoul et notamment Qayyarah à une soixantaine de kilomètres, reprise à l'EI en août dernier.

    Quel scénario ?

    Va-t-on assister à une bataille de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois, avec une résistance acharnée, ou bien à une fuite de l'essentiel des combattants qui préféreront quitter la région pour se réfugier à Raqqa ? Les deux scénarios se sont déjà produits dans le passé. Le premier à Ramadi, dans la province d'Al-Anbar. Le second, à Fallouja. De nombreux combattants jihadistes avaient préféré quitter la ville plutôt que de la défendre, estimant sans doute que la partie était perdue d'avance.

    A Mossoul, deux éléments donnent à penser que la résistance sera acharnée. D'abord, la ville est un symbole très important pour l'organisation jihadistes. Ensuite, les combattants jihadistes ont eu beacoup de temps pour préparer leur défense, et il est très probable qu'ils ont déjà truffé le terrain d'engins explosifs, de mines, et de tireurs embusquées, aux alentours de Mossoul, ainsi qu'à l'intérieur de la ville.

    Mossoul Studio grpahique FMM

    Une offensive menée par des forces composites

    « Le temps de la victoire est venu et les opérations pour libérer Mossoul ont commencé », avait déclaré cette nuit le chef du gouvernement dans une allocution télévisée. S'adressant aux habitants de la région de Mossoul, Haïdar al-Abadi a lancé : « Je déclare aujourd'hui le début de ces opérations victorieuses pour vous libérer de la violence et du terrorisme de Daech », acronyme arabe de l'Etat islamique (EI).

    Le Premier ministre - commandant en chef des forces armées qui était entouré par de hauts responsables militaires irakiens pendant qu'il lisait sa déclaration - a précisé que seules l'armée et la police irakiennes entreraient dans Mossoul, alors que de nombreuses autres forces participent à l'offensive préparée depuis des semaines pour reprendre la deuxième ville d'Irak. Des forces qui n'ont pas forcément les mêmes objectifs ou les mêmes intérêts : il y a l'armée et la police irakienne, bien sûr, mais il y aussi les milices chiites, et les combattants kurdes peshmergas et les acteurs étrangers : la Turquie, l'Iran [l'organisation paramilitaire Hached al-Chaabi, dominée par des milices chiites soutenues par l'Iran, avait déclaré qu'elle avait l'intention de participer à cette opération], et bien sûr la coalition internationale emmenée par les Etats-Unis qui fournit notamment un soutien aérien à l'opération.

    Cette multiplicité d'acteurs aux objectifs parfois divergents explique d'ailleurs le retard dans le lancement de l’offensive militaire.

    Les Kurdes n'entreront pas dans Mossoul

    Troupes des peshmergas kurdes dans la nuit du 16 au 17 octobre 2016, avant l'offensive sur Mossoul. REUTERS/Azad Lashkari

    La force qui mène les opérations de libération est la courageuse armée irakienne avec la police nationale, et ce sont elles qui entreront dans Mossoul, pas d'autres », a déclaré le Premier ministre.

    Les peshmergas eux devraient s’arrêter avant l’entrée des troupes dans Mossoul même. L’entrée des combattants kurdes dans la deuxième ville d’Irak aurait donné trop de pouvoir à la région autonome en conflit politique avec le gouvernement national, explique encore, Oriane Verdier.

    Le président turc Erdogan a également affirmé que l’armée turque participerait à l’offensive, ce qui a amené ces derniers jours à une escalade de violences verbales entre les gouvernements des deux pays voisins, Irak et Turquie. Rappelons que la Turquie forme des milices sunnites irakiennes dont les 2 000 soldats actuellement présents autour de Mossoul sont vus comme une force d’occupation par le gouvernement irakien.

    Une ville sous le joug de l'EI depuis 2014

    Mossoul, ville à majorité sunnite, avait été prise avec une relative facilité en juin 2014 par les jihadistes sunnites de l'Etat islamique, en partie à cause de la profonde défiance de la population locale envers les forces de sécurité irakiennes, dominées par les chiites. C'est là que l'EI a proclamé le Califat, sur un territoire entre l'Irak et la Syrie. Les jihadistes ont dynamité des mausolées chiites et des sanctuaires, pillé et vandalisé le musée de la ville.

    Mossoul, c'est la deuxième ville d'Irak à 350 kilomètres au nord de Bagdad, une région très riche en pétrole. C'était aussi un un site historique et un carrefour commercial important entre l'Irak et la Turquie. A l'époque de Saddam Hussein, Mossoul était un bastion du parti Baas, tombé ensuite aux mains des jihadistes d'al-Qaïda.

    La population est majoritairement sunnite dans cette région du nord de l'Irak dominée par les kurdes. Beaucoup avaient fui notamment les minorités kurdes et chrétiennes, mais certains étaient revenus. Aujourd'hui on estime qu'environ 1 million et demi de personnes y vivent. L'armée irakienne a largué des milliers de tracts pour les prévenir de l'offensive. Selon la coalition internationale, les jihadistes, affaiblis, seraient environ 5000 combattants à Mossoul.

    → lire aussi : La bataille de Mossoul est retransmise en direct via Facebook Live (sur le site de nos confrères de France 24)

    Décryptage avec Loulouwa Al Rachid, spécialiste de l’Irak pour le programme de recherches Wafaw - Sciences-Po-Ceri, invitée de la mi-journée sur RFI.

    Les troupes des peshmergas kurdes font route vers Mossoul le 17 octobre 2016. REUTERS/Azad Lashkari

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