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    Moyen-Orient

    Bataille de Mossoul: la Garde de Ninive, «pion» turc en Irak

    media L'ancien ministre de la Défense Khaled al-Obaidi et l'ancien gouverneur de Mossoul, Atheel Nujaifi, qui commande aujourd'hui la Garde de Ninive, au sud d'Erbil, le 9 janvier 2015. SAFIN HAMED / AFP

    Entraînée par la Turquie, la « Garde de Ninive » est commandée par l’ancien gouverneur de Mossoul, Atheel Nujaifi, qui a perdu la ville face au groupe Etat islamique en juin 2014. Ankara et Nujaifi espèrent, avec les quelques centaines de sunnites qui composent cette unité, s’assurer un rôle pendant et après la prise de Mossoul.

    « Au vu des forces en présence, la Garde de Ninive n’aura pas d’importance militaire dans la campagne de Mossoul », affirme Michel Goya, analyste des questions de défense et enseignant de l’histoire militaire à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris’Sup). « Mais l’unité possède un rôle symbolique et politique fort », nuance-t-il.

    On estime au maximum à 2000 hommes l’effectif de la Garde de Ninive - une paille comparée aux 30 000 à 40 000 hommes mobilisés pour prendre Mossoul. Selon Myriam Benraad, chercheuse à l'Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman, la Garde de Ninive « reflète la diversité locale, et se compose d’Arabes, de Turkmènes, de Kurdes… » Leur point commun : ce sont des sunnites, acquis à la cause d’Atheel Nujaifi, ancien gouverneur de Mossoul.

    Le gouverneur déchu devenu chef de guerre

    Atheel Nujaifi est accusé par Bagdad d’être le responsable de la chute de Mossoul, carrefour stratégique du nord de l’Irak, aux mains du groupe Etat islamique (EI), en juin 2014. Avant cette date, les relations entre le gouverneur de la province de Ninive et le gouvernement irakien étaient déjà mauvaises. La perte de la deuxième ville du pays (1,5 million d’habitants) aggrave son cas, et en 2015 il est démis du poste qu’il occupait à Bagdad.

    Il entreprend alors de chercher des soutiens à l’étranger, pour revenir aux affaires à Mossoul. « Il commence à courtiser les monarchies du Golfe, mais c’est finalement la Turquie qui choisit de l’appuyer », résume Myriam Benraad.

    Du point de vue militaire, le choix de soutenir Atheel Nujaifi est un pari risqué pour les Turcs : il a déjà perdu une fois la bataille de Mossoul. Mais du point de vue politique, la décision est compréhensible : « Atheel Nujaifi a su se placer, et exploiter ses réseaux avec les Kurdes (très présents dans la région, ndlr) », explique Stéphane Mantoux, agrégé d’histoire qui suit la situation en Irak et en Syrie depuis 2013. « Il n’est pas populaire dans les campagnes autour de Mossoul, mais les liens claniques et clientélistes qu’il a développés pendant son mandat de gouverneur lui assurent toujours une certaine influence dans la région. »

    Appétits turcs en Irak

    Depuis plus d’un an, la Turquie a envoyé du personnel militaire pour former les hommes rassemblés par Atheel Nujaifi dans la Garde de Ninive, à la base militaire de Bachika, à une dizaine de kilomètres au nord-est de Mossoul. « Sans l’appui turc, cette unité n’existerait pas », estime la politologue Myriam Benraad.

    Au total, Ankara aurait envoyé entre 500 et 2000 hommes dans le nord de l’Irak pour entraîner ceux qui luttent contre l’Etat islamique. Une ingérence du point de vue de Bagdad, qui dénonce une « occupation », et a saisi sans succès le Conseil de sécurité de l’ONU à ce sujet.

    Mais l’Etat irakien est défaillant, selon la Turquie, qui préfère avoir un droit de regard sur la région frontalière de Ninive. Surtout, le président turc Recep Tayyip Erdogan veut s’assurer que ni les Kurdes, ni les chiites de l’armée irakienne et des milices soutenues par l’Iran ne feront main basse sur Mossoul.

    Des milices « incontrôlables »

    D’où le recours à la Garde de Ninive, une « petite force utilisée comme un pion par Ankara », analyse Stéphane Mantoux. Au contraire des milices chiites ou des Kurdes, cette unité sunnite aura le droit de pénétrer dans la ville de Mossoul, elle-même majoritairement sunnite. En théorie, seules l’armée régulière irakienne et d’autres milices sunnites lui partageraient ce privilège. C’est du moins l’accord auquel sont péniblement parvenus les membres de la coalition anti-EI, menée par les Etats-Unis.

    « Pendant la bataille de Falloujah (en juin 2016, ndlr), les milices chiites n’étaient pas non plus censées rentrer dans la ville, et pourtant elles l’ont fait », rappelle l’ancien militaire Michel Goya. Et la spécialiste du monde arabe Myriam Benraad de renchérir : « Les milices chiites et sunnites sont généralement incontrôlables, et des affrontements ne sont pas à exclure si elles venaient à se croiser pendant la prise de Mossoul. » Selon l’observateur du conflit Stéphane Mantoux, « on peut même penser que la stratégie du groupe Etat islamique est d’amener ces unités rivales à se côtoyer sur le front, pour ralentir leur progression ».

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