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    Moyen-Orient

    Alep: Bachar el-Assad victorieux, la rébellion sur le déclin

    media Le président syrien Bachar el-Assad sort grand vainqueur de la bataille d'Alep. SANA/Handout via REUTERS

    La reprise d'Alep-Est par les forces du régime syrien et par ses alliés iraniens et russes est un moment décisif dans la guerre civile qui déchire la Syrie depuis plus de cinq ans. Après des années de combats acharnés, et plusieurs mois d’un siège impitoyable, les rebelles se sont effondrés en quelques semaines. Cette bataille constitue un revers très important pour la rébellion, mais aussi une victoire éclatante pour le régime syrien.

    Une victoire militaire, stratégique et politique : pour Bachar el-Assad, la reconquête d’Alep-Est vient couronner des années d’efforts de guerre tendus vers un seul but : la reprise de la seconde ville du pays. En juillet 2012, lorsque la rébellion s’empare des quartiers situés à l’est de la ville, le régime syrien apparaît à de nombreux observateurs et acteurs internationaux comme étant à bout de souffle, et sur le point de tomber.

    Quatre ans plus tard, non seulement Bachar Al-Assad est toujours au pouvoir, mais il semble plus fort que jamais face à une rébellion déclinante. « Sans Alep, Bachar el-Assad n'était qu'un demi-président, analyse Fabrice Balanche, maître de conférences à Lyon II et chercheur invité au Washington Institute. En reprenant le contrôle de la deuxième ville du pays, de la grande métropole du nord syrien, il redevient un président à 100%. C’est donc une grande victoire qui le rend légitime auprès de la population syrienne, mais aussi à l’extérieur. On voit les bonnes relations qu'il entretient avec le président égyptien Abdel Fatah Al-Sissi, mais également le profit dont la Russie et l'Iran tirent de cette victoire pour le réhabiliter. »

    Pour expliquer cette victoire, plusieurs éléments peuvent être avancés : l’intervention décisive de l’aviation russe (à partir de l’automne 2015), l’effort des milices chiites iraniennes, irakiennes et libanaises (Hezbollah), et une meilleure coordination de l’ensemble de ces forces.

    Idleb, le dernier bastion

    Renforcé sur le plan militaire et diplomatique, Bachar el-Assad va-t-il pousser son avantage en tentant de s’emparer des territoires qui lui échappent ? Plusieurs options s’offrent à lui : reprendre la ville de Palmyre, reconquise il y a peu par les jihadistes de l’organisation de l’Etat islamique, obtenir la reddition des poches rebelles de la Ghouta, près de Damas, ou se concentrer sur la province d’Idleb, devenue de facto le principal bastion de la rébellion.

    « Ni le régime ni les milices ne sont véritablement de taille à affronter « à la régulière » les défenseurs d’Idleb, estime François Burgat, de l'Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman, mais si l’aviation russe et l’artillerie lourde prennent le pas, rien ne permet de penser que la stratégie qui l’a emporté à Alep ne permettrait pas de l’emporter à Idleb. Compte tenu de l’incapacité absolue des pays occidentaux à affecter le rapport de force militaire, on ne voit pas ce qui pourrait infléchir la stratégie victorieuse des Russes. »

    L’autre difficulté pour les rebelles d’Idleb est le changement de cap stratégique de la Turquie, qui s’est rapprochée de Moscou et de Téhéran afin d’empêcher la constitution d’un territoire kurde homogène dans le nord de la Syrie. « L’intégralité du ravitaillement rebelle dans la province d’Idleb vient de Turquie, explique François Burgat, et sans le soutien de la Turquie, les groupes rebelles de cette région peuvent se retrouver dans la situation des Aleppins assiégés et être court-circuités en quelques semaines. »

    Epouvantail jihadiste

    Pour la rébellion, la défaite d’Alep est d’autant plus significative que la province d’Idlib est dominée par la mouvance la plus islamiste, la plus radicale de l’opposition au régime syrien. Le groupe Fateh al-Cham, ex Front al-Nosra, autrefois affilié à al-Qaïda, y est notamment en position de force. Désormais, la rébellion syrienne ressemble de plus en plus à l’épouvantail jihadiste que le régime syrien et son allié russe assurent combattre – et de moins en moins à cette opposition « modérée » que les pays occidentaux voulaient soutenir face à Bachar el-Assad.

    « Nous observons deux tendances au sein de la rébellion, estime Fabrice Balanche. Il y a ceux qui se découragent et qui envisagent soit de signer une trêve avec le régime, soit de partir à l’étranger ; et puis il y a ceux qui se radicalisent et qui veulent se battre jusqu’au bout. Ceux-là se rapprochent de Fatah al-Cham. »

    Affaiblie, isolée et démoralisée, la rébellion risque de n’avoir d’autre choix que de rendre les armes, ou de s’engager dans une lutte désespérée et de plus en plus fanatisée. Dans les deux cas, le régime syrien ne peut être que conforté dans sa stratégie et dans son ambition de rester au pouvoir, quel qu’en soit le prix.

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