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    Moyen-Orient

    En Arabie saoudite, la culture est «contrôlée pour éviter l’explosion»

    media Le premier festival Comic-Con organisé à Jeddah, en Arabie saoudite, le 16 janvier 2017. AFP/Fayez Nureldine

    Jusqu’à samedi, le festival pop culture Comic Con se tient à Jeddah, en Arabie saoudite. Une première pour le pays ultraconservateur qui cherche, depuis le lancement en 2016 du plan « Vision 2030 » , à élargir son offre culturelle. Un moyen de canaliser la jeunesse saoudienne, de plus en plus tournée vers le monde occidental.

    Par Pierre Steinmetz

    C’est une première historique pour l’Arabie saoudite. Depuis jeudi, des milliers de Saoudiens rencontrent les robots Transformers et autres superhéros des studios américains Marvel lors du festival Comic Con. Jusqu’à samedi, l’événement - qui rend notamment hommage aux jeux vidéo et séries télévisées - est installé à Jeddah, au bord de la mer Rouge.

    Dans un pays ultraconservateur où il est impossible de trouver un théâtre ou une salle de cinéma, une telle manifestation peut surprendre. En réalité, le festival Comic Con est le résultat d’un calcul politique. Le gouvernement cherche à réduire la frustration d’une jeunesse désireuse d’une véritable offre culturelle. 75 % des 29,2 millions de Saoudiens ont moins de 30 ans, il est donc impératif pour le roi Salmane dont « le but est de rester au pouvoir, de contrôler cette évolution qui semble inévitable », explique Hélène Thiollet, chargée de recherche au CNRS. La professeure de sciences politiques y voit « une manière d’éviter l’explosion ».

    Plus éduquée, ouverte sur le monde via internet et les réseaux sociaux, une partie de la population ne se reconnaît plus totalement dans les valeurs classiques de l’Arabie saoudite. Pour la chercheuse, les deux ressorts classiques de l’État, la religion et la rente pétrolière, ne suffisent plus.

    « La jeunesse ne conteste pas forcément ses liens à l’islam mais elle veut désormais conjuguer ses contradictions : être musulman tout en regardant des films américains violents ou en écoutant du rap, par exemple. Quant à la rente pétrolière, elle n’est pas suffisante pour ces jeunes qui, d’une manière générale, sont de plus en plus qualifiés. Ils souhaitent du travail plus qu’un chèque de l’Etat », ajoute Hélène Thiollet.

    Pour le professeur de géopolitique à l’université Paris XI, Khattar Abou Diab, il est également capital de saisir l’évolution de la jeunesse saoudienne pour mieux comprendre la démarche du roi. « Les femmes sont plus instruites tout comme des dizaines de milliers de jeunes. Nombreux sont ceux qui vont étudier en Occident. Il y a donc une influence de la mondialisation dans beaucoup de secteurs. L’influence des réseaux sociaux est également très présente ».

    « Indifférence stratégique »

    Le régime a compris ces évolutions contre lesquelles il lui est impossible de lutter. Jusqu’ici, l’Arabie saoudite adoptait une stratégie à deux vitesses. Certaines initiatives culturelles écopaient d’une répression extrêmement violente quand d’autres bénéficiaient d’une forme « de laisser-faire ». Une sorte « d’indifférence stratégique », résume Hélène Thiollet.

    Désormais, une nouvelle étape est franchie. L’ouverture à la culture et au divertissement est assumée par le gouvernement. Et l’organisation du festival Comic con n’est qu’un exemple parmi d’autres. Le 23 janvier 2017, des milliers de personnes assistaient au concert du chanteur Mohamed Abdu. En octobre 2016, un spectacle de catch est organisé seulement quatre jours après un concert de hip-hop du groupe new-yorkais iLuminate à Riyad. Un événement à la suite duquel Ahmed Al-Khatib, responsable de l'Autorité du divertissement expliquait que, désormais « au lieu de penser où aller et ne pas avoir d'options, vous aurez trois ou quatre évènements chaque week-end ».

    Si les propos sont à prendre avec précaution, cette nouvelle offre reste bien présente. Pour autant, il est important pour Khattar Abou Diab de resituer cette recherche de « paix sociale » à travers la culture dans un programme de réformes économiques et sociales plus large.

    Entre 2010 et 2011, le contexte révolutionnaire pousse l’Arabie saoudite à augmenter ses dépenses publiques de 15 %. La réduction du chômage chez les jeunes fait alors partie d’une des priorités du gouvernement, selon un article d’Hélène Thiollet paru dans la Revue européenne des migrations internationales.

    Au vu des ambitions clamées par le gouvernement, les Saoudiens peuvent s’attendre à ce que de nouveaux divertissements soient proposés. En revanche, comme le souligne le géopoliticien spécialiste du Moyen-Orient, même si des salles de cinéma sont construites, « on n’imagine pas d’ouvrir leurs portes aux femmes ou encore d’accepter la mixité. Et la censure est loin de disparaître ».

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