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    Moyen-Orient

    Le dossier syrien de retour à Genève sous l'égide de l'émissaire de l'ONU

    media La ville d'Alep, photographiée depuis la citadelle le 31 janvier 2017.

    A Genève, sous l’égide des Nations unies, l’objectif reste le même : trouver une issue politique à la guerre qui dure depuis presque six ans et a déjà fait plus de 310 000 morts en Syrie. L’opposition syrienne réclame des négociations directes avec le régime de Damas. Si les représentants de Bachar el-Assad acceptaient, ce serait une première. Pour le moment, cela reste flou.

    Avec notre envoyé spécial à Genève,  Sami Boukhelifa

    Mercredi 22 février 2017, l’émissaire de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a refusé de donner le programme détaillé de ces pourparlers de paix. Peu d'informations ont filtré à Genève.

    Le palais des Nations, où se tiennent les discussions ce jeudi, garde ses portes closes. Les délégations sont arrivées en ordre dispersé ce jeudi matin, régime d'un côté et les trois groupes de l'opposition syrienne de l'autre : le HCN, le Haut comité des négociations, le groupe de Moscou et celui du Caire.

    Des réunions bilatérales à huis clos pour commencer. Pour la suite, impossible de connaître le schéma de ces pourparlers.

    Staffan de Mistura, le 12 janvier 2017 à Genève. REUTERS/Pierre Albouy/File Photo

    Régime et opposition dans une même pièce, c’est la disposition rêvée pour M. de Mistura. Mercredi, lors de sa conférence de presse, l’émissaire de l’ONU l’annonçait : il est temps de s’affronter autour d’une table et non plus sur le terrain.

    Plus facile à dire qu’à faire. Jamais jusque-là ce haut diplomate des Nations unies n’a réussi cette épreuve de force d’établir un dialogue direct entre les opposants syriens et les représentants du régime de Bachar el-Assad. Steffan de Mistura affiche sa prudence, voire son scepticisme. Rappelons que c'est la quatrième fois qu'il se livre à ce genre d'exercice.

    « Nous sommes prêts à faire des efforts sur le terrain politique »

    A Damas, on critique toujours le manque de représentation et d'unité de l'opposition en exil. Ces trois délégations de l'opposition présentes à Genève sont une bénédiction pour les représentants de Bachar al- Assad, qui voient là comme à chaque fois le signe de la division du camp d’en face. Le scénario est bien rôdé. A chaque nouvelle session de pourparlers le négociateur en chef de Damas, Bachar Al-Jaafari pointe le manque de sérieux d’une opposition aux interlocuteurs multiples.

    Joint sur le terrain, en Syrie, un député pro-régime de la ville d'Alep, Fares Al-Shebabi, livre ses impressions sur la question des discussions et de l'opposition :

    « Nous savons qu’ils sont instrumentalisés, qu’ils sont payés par des pays comme l’Arabie saoudite ou le Qatar. Nous savons qu’ils obéissent à ces pays. Mais nous sommes prêts à montrer à la communauté internationale que nous sommes allés de l’avant. Notre délégation est unie. Elle travaille avec rapidité. »

    « Eux, ils se disputent pour savoir qui fera partie de leur délégation parce qu’ils n’ont pas une vision claire de leur pays, dénonce le député. Il y a une grande contradiction entre ce qu’ils disent à l’extérieur dans les conférences internationales ou dans les médias, et ce qu’ils font vraiment sur le terrain. »

    Et de tacler : « Sur le terrain nous ne voyons pas de leur part des pratiques démocratiques. Nous voyons des pratiques religieuses. La plupart d’entre eux voient la Syrie comme un émirat islamique, comme une forme de gouvernement islamique. »

    « C’est totalement inacceptable pour nous. Néanmoins, nous sommes prêts à faire des efforts sur le terrain politique afin de trouver une solution », conclut Fares Al-Shebabi en guise de bonne foi à l'adresse du camp adverse.

    « Nous avons le sentiment que la Russie cherche une stratégie de sortie »

    L'opposition, elle, dénonce les bombardements, qui se sont intensifés près de Damas et dans la province de Homs, ainsi que le « message sanglant » lancé selon elle par le régime à l'approche des négociations. Mais on note quand même un certain espoir né de la volonté russe de faire taire les armes en Syrie. Moscou, allié indéfectible de Damas, serait disposé au dialogue avec l’objectif de trouver une solution politique au conflit syrien.

    « Nous avions eu un acteur russe extrêmement négatif dans les sessions précédentes. Après le désastre d’Alep, je crois que la Russie a compris qu’il n’y avait pas de solution purement militaire », explique à RFI Basma Kodmani, membre du Haut Comité des négociations de l'opposition.

    « Nous avons le sentiment que la Russie cherche une stratégie de sortie de ce conflit et que cette stratégie de sortie ne peut qu’être politique en fin de compte. Est-ce que la Russie en est là ? C’est ce que nous testerons ici », poursuit Basma Kodmani.

    Restent d’autres inconnues, comme la position de l’Iran, allié du régime. Quelle position adoptera la République islamique réputée pour son inflexibilité ? Quelle position pour la nouvelle administration américaine de Donald Trump ? A suivre.

    « Il y a évidemment un acteur majeur qui est un grand détracteur de tout cela, c’est l’Iran, soutien inconditionnel du régime. Je dis inconditionnel parce qu’il y a une différence, aujourd’hui, on la ressent entre la position russe et la position iranienne. Tout ça est très inquiétant », estime Basma Kodmani.

    → Lire aussi : Le calvaire des habitants de Foua, dans le nord syrien (témoignages)

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