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    Moyen-Orient

    Victoire de Rohani en Iran: les nombreux défis du président réélu

    media Le président réélu Hassan Rohani après son discours à la télévision d'Etat, à Téhéran, le 20 mai. ATTA KENARE / AFP

    Hassan Rohani a été réélu au premier tour de l'élection présidentielle. Il l'a emporté avec une large avance, 57%, sur son principal adversaire, le conservateur Ebrahim Raissi. Rohani est un modéré, il a réussi lors de son précédent mandat à signer un accord historique avec les Occidentaux sur le nucléaire, sortant progressivement le pays de l'isolement. Mais il reste encore beaucoup à faire.

    Le dossier sur lequel Hassan Rohani est sans doute le plus attendu est celui de l'emploi. Durant son dernier mandat, il s'est surtout attaqué à l'inflation qui a beaucoup diminué. Mais le chômage est resté très élevé, passant même de 10 à 12,5 % en quatre ans.

    La question des laissés-pour-compte a été l'un des principaux thèmes de campagne d'Ebrahim Raissi, le grand perdant de l'élection présidentielle, qui a tout de même attiré 15 millions de votes. Rohani devra les prendre en considération, analyse notre envoyée spéciale en Téhéran, Murielle Paradon.

    « Il faut absolument trouver un modèle économique qui permette la création d’emplois, insiste Thierry Kellner, enseignant en sciences politiques à l’Université libre de Bruxelles. Mais le problème de monsieur Rohani est qu’une grande partie de l’économie est entre les mains des Gardiens de la révolution ou des grandes fondations religieuses. Donc il n’a pas toutes les cartes en main pour faire ce qu’il veut. »

    En quête d'ouverture

    Une analyse partagée par le journaliste Ahmed Parhizi : « au niveau économique, il n’a pas réussi à faire venir les investisseurs étrangers dans le pays, parce qu’il y avait beaucoup de restrictions. Les conservateurs ont protesté et mené une grande campagne contre lui. Et il sait bien qu’il ne peut pas résoudre les problèmes économiques sans investissements étrangers. »

    Pour relancer l'économie, le président devrait en effet poursuivre sa politique d'ouverture avec l'Occident et tenter d'obtenir la levée d'autres sanctions contre son pays. Cela dépendra de l'attitude des Etats-Unis, Donald Trump se montrant pour l'instant hostile à l'égard de l'Iran.

    Situation régionale

    Mais cela dépendra aussi de la conjoncture dans la région, souligne Thierry Kellner. « Si on veut réellement concrétiser une ouverture économique de l’Iran, il faudrait que la situation régionale se stabilise. Or, pour l’instant, on voit bien que l’Iran est entouré d’une série de contextes difficiles, que ce soit en Irak, en Afghanistan, dans le Golfe persique avec ses relations avec l’Arabie saoudite, le terrain syrien. »

    Ce Moyen-Orient « très déstabilisé » est problématique pour le développement du pays, rappelle le chercheur. « Il faudrait d’abord une sorte de retour à un environnement régional apaisé si l’Iran veut réintégrer la communauté internationale et avoir une ouverture économique dans les meilleures conditions possibles. »

    L'opposition des conservateurs

    Enfin, sur le plan des libertés, il reste beaucoup faire. Les restrictions, les atteintes aux droits de l'homme restent nombreuses. Rohani a promis de faire évoluer les choses.  Or, comme le rappelle le journaliste Ahmed Parhizi, « durant son premier mandat, il n'a pas pu tenir certaines promesses - il avait beaucoup d'obstacles face à lui - notamment la libération des prisonniers politiques et surtout la libération des opposants iraniens assignés à domicile. » Et en Iran, rien ne se fait sans l'aval de l’ayatollah Khamenei.

    Un Guide suprême avec lequel « on attend beaucoup d'affrontements », analyse le journaliste iranien. « Durant la campagne, Rohani a dû franchir des lignes rouges : il a abordé des thèmes tabous comme la prison et il a critiqué le Guide suprême. Ce qui est sans précédent. » Désormais, reste à voir quelle sera la réaction des conservateurs mais la cohabitation semble mal engagée. « Le Guide suprême a adressé un message de félicitation aujourd'hui, mais au peuple, sans évoquer le nom de Rohani ». Tandis que de son côté, le président réélu a souligné lors de son discours qu'il « respectait les valeurs démocratiques » et de remercier publiquement l'opposant Mohammad Khatami.

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