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    Moyen-Orient

    [Reportage] Iran: Hassan Rohani et la bombe environnementale

    media Une jeune iranien porte un masque lors d'un pic de pollution à Téhéran, en décembre 2015. ATTA KENARE / AF

    « L’ennemi de l’Iran est à l’intérieur et non à l’extérieur. » Ces mots de l’ancien ministre de l’Agriculture Issa Kalantari, évoquant le péril écologique qui guette le pays, résonneront-ils toujours aux oreilles du président réformateur réélu Hassan Rohani, dont il est le conseiller ? C’est en tout cas ce qu’espèrent les défenseurs de l’environnement : après quatre années tournées vers l’international, il y a urgence à multiplier les mesures pour éviter que l’Iran ne devienne « un pays de fantômes ».

    De notre envoyé spécial en Iran,

    Réélu avec 57 % des suffrages dès le premier tour, vendredi 19 mai, le président Hassan Rohani voit son action depuis quatre ans encouragée par une majorité d’Iraniens. Mais après un premier mandat placé sous le signe de l’ouverture vers l’Occident, actée par la signature de l’accord de Vienne sur l’encadrement du programme nucléaire de la République islamique, les attentes en politique intérieure sont nombreuses.

    L’un des dossiers les plus urgents était et reste la question de l’environnement. De nombreuses villes iraniennes étouffent sous les nuages de particules fines. L’Iran est aussi à un seuil de non-retour pour ce qui concerne l’accès à l’eau, dont les réserves s’épuisent dangereusement.

    Des questions qui ont d’ailleurs ressurgi au niveau local, à l’occasion des élections municipales qui ont eu lieu le même jour que le scrutin présidentiel. Ce 19 mai par exemple, la candidate réformatrice à Téhéran, Taraneh Yalda, architecte de profession, proposait sur RFI de remédier à la pollution urbaine par un développement des transports en commun et un nouvel aménagement des parcs publics. Les réformateurs ont remporté les 21 sièges du conseil municipal mis en jeu.

    Mais si la capitale est fréquemment marquée par des pics de pollution, la ville de Zabol, dans l’est du pays, bat elle tous les records à l’échelle de la planète. La limite de particules fines définie par l’OMS s’établit à 20 µg/m3 (microgrammes par mètre cube) par jour, en moyenne sur une année. Téhéran est à 77. Zabol à 526.

    « Sans voiture, vous n’êtes personne »

    « Nous n’avons pas vraiment de pollution industrielle dans nos grandes villes. Beaucoup est imputable au parc automobile, explique Farrokh Mostofi, expert des questions environnementales en Iran. Vous avez des voitures partout. Et c’est une question de prestige, si vous n’avez pas de voiture vous n’êtes personne. Des voitures souvent bon marché, qui ne répondent à aucun standard écologique actuel », notamment en ce qui concerne la consommation de carburant. Une consommation effrénée dans ce pays riche en hydrocarbures, où le litre d’essence tourne autour de 35 centimes d’euros et est en partie subventionné.

    Avec une population qui est passée de 37 à 80 millions d’habitants en quarante ans, dont les trois quarts vivent en ville, le cocktail est détonnant.

    Et quand ce n'est pas la pollution des véhicules qui draine les particules fines, les tempêtes de poussières se chargent de le faire. Le gouvernement rétorque qu’une grande partie de celles-ci provient de la péninsule arabique et d’Afrique du Nord, et tente de trouver des responsables en dehors des frontières, comme en février 2015 lorsque la province de Khouzistan (sud-ouest) s’est retrouvée deux semaines durant prise dans un épais nuage jaunâtre. Mais de fait, ces tempêtes ont aussi pour origine l’assèchement de la terre en Iran, conséquence de politiques parfois incohérentes de gestion des ressources hydriques.

    La ruée vers l’eau

    En fait, la pollution atmosphérique n’est que la partie émergée de la catastrophe environnementale qui guette le pays. Sous les pieds des Iraniens se joue une bataille bien plus mal engagée.

    L’Iran manque d’eau. Un phénomène, qui s’il est accentué par le réchauffement climatique - un argument maintes fois évoqué par le régime - trouve l’essentiel de son origine dans les activités humaines. Les nappes d’eau souterraines sont à un niveau dangereusement bas et l'agriculture y est pour beaucoup : selon une étude réalisée pour la revue Nature parue en début d’année, l’Iran est depuis 20 ans dans le trio de tête des pays qui puisent le plus dans leurs réserves hydriques souterraines non renouvelables pour satisfaire leurs productions agricoles. La faible pluviométrie - 250 mm par an en moyenne - n’est pas en mesure de compenser ces pertes.

    A Ispahan, la rivière Zayandeh Rud (fleuve qui donne la vie), détournée et surexploitée, est à sec (novembre 2016). RFI / Marc Etcheverry

    Si les nappes souterraines sont menacées, les eaux superficielles ne sont pas en meilleur état : 97 % d’entre elles sont exploitées, selon Issa Kalantari. Autour des lacs, des rivières, les exploitations agricoles se sont étendues pendant des décennies, les puits illégaux se sont multipliés.

    « La présidence précédente, celle de Mahmoud Ahmadinejad, a permis la construction de nombreux puits illégaux, ce qui a énormément entamé nos réserves en eau, précise Farrokh Mostofi. L’actuel président en a fermé beaucoup. » Mais il concède qu’il y a un vrai problème avec l’agriculture : « Nos cultures sont chères à produire. Il y a besoin d’une véritable évaluation de ce que coûte - y compris en eau - chacune d’elle. »

    A cet appétit agricole, qui surexploite les eaux superficielles et souterraines, s’est ajoutée une politique de construction tous azimuts de barrages depuis la révolution islamique de 1979, et qui s’est accélérée sous les présidences Khatami et Ahmadinejad. On dénombre ainsi près de 800 ouvrages de moyennes ou grandes tailles dans le pays, ce qui classe l’Iran dans les tout premiers pays au monde dans ce domaine.

    Sauver Orumieh

    Le lac Oroumieh est ainsi emblématique de cette surexploitation aveugle des ressources en eau. Situé dans le nord-ouest de l’Iran, il était jadis l’un des plus grands lacs salés au monde. Mais entre la vingtaine de milliers de puits construits autour et les différents barrages érigés sur les cours d’eau qui s’y jettent, il a perdu plus de 90 % de sa surface depuis les années 1970. Lors de son élection en 2013, le président Rohani s’était engagé à le sauver, notamment en tentant de dissuader les agriculteurs d’étendre leurs exploitations, mais quatre ans après, et si les récentes pluies ont apporté un peu d’aide, les fonds manquent, si bien que les populations de ses pourtours font fréquemment part de leur impatience et de leur colère.

    Oroumieh n’est d’ailleurs pas le seul dans ce cas : les lacs Bakhtegan (sud), Hamoun (est) ou encore Parishan (sud-ouest) - pour ne citer qu’eux -, sont également mal en point.

    Discours et mesures

    La prise de conscience de cet ultimatum est bien réelle dans la population. Si les sondages d’opinion manquent sur la question, les initiatives citoyennes, relayées par les réseaux sociaux, elles, existent bel et bien. « A Drop of Water » (« une goutte d’eau ») ou « I’m Lake Urmia » (« Je suis le lac Oroumieh »), parmi d’autres, poursuivent leur travail de sensibilisation et tentent de maintenir une forme de pression sur les politiques.

    De leur côté, les responsables du régime évoquent fréquemment la question environnementale en public, surtout lorsqu'elle est sujette à des mobilisations sociales. En outre, l’écologie fut quand même un thème de campagne, bien que relégué derrière la question du nucléaire ou celle du chômage.

    Mais qu'en est-il du bilan et des perspectives esquissées par le président réélu ? Ici, comme pour la question des droits de femmes ou de celle des minorités, il a fallu partir de loin. Certes des mesures ont été prises depuis 2013 : la politique de grands barrages a par exemple été stoppée et de nouvelles techniques d'irrigation, moins sujettes au gaspillage, ont été promues. Les projets de transfert d’eau se poursuivent également - avec un bilan néanmoins mitigé. Mais les réformes doivent s’accélérer. « Rohani s’est focalisé sur la levée des sanctions durant son premier mandat. Il doit maintenant prendre à bras le corps le problème de l’environnement car chacun en ressent les conséquences dans son quotidien », prévient Farrokh Mostofi.

    « Or pour se faire, il doit faire évoluer l’Agence de protection de l’environnement en un véritable ministère de l’Ecologie, comme il en existe dans tous les pays. S’il fait cela, la coordination avec les autres ministères [notamment ceux de l’Energie, du Pétrole et de l’Agriculture] sera possible. A l’heure actuelle, elle n’a aucun réel pouvoir. » Il en faudrait pourtant pour réformer en profondeur ces secteurs. Pas sûr que quatre années suffisent.

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