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    Moyen-Orient

    Crise dans le Golfe: le Qatar sous pression

    media L'émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, ici à Koweit City en mars 2014. REUTERS/Hamad I Mohammed/File Photo

    Sitôt annoncée la rupture des relations décidée par l'Arabie saoudite et ses alliés envers le Qatar, l’Iran a appelé ses voisins du Golfe à « un dialogue franc » pour résoudre leurs différends. Quels liens entretiennent donc le Qatar et l’Iran et pourquoi Riyad accuse Doha de soutenir Téhéran ?

    L'Arabie saoudite, l'Egypte, les Emirats arabes unis et Bahreïn ont rompu leurs relations diplomatiques lundi 5 juin avec le Qatar et décidé notamment de fermer leur espace aérien et leurs frontières terrestres et maritimes avec cette petite, mais très riche monarchie pétrolière et surtout gazière. La rupture avec Doha a été justifiée par son « soutien au terrorisme », y compris al-Qaïda, le groupe Etat islamique (EI) et les Frères musulmans, confrérie classée « terroriste » par l'Egypte et des pays du Golfe. Selon Riyad, Doha soutient aussi « les activités de groupes terroristes soutenus par l’Iran dans la province de Qatif (est) », où se concentre la minorité chiite du royaume saoudien, ainsi qu'à Bahreïn, secoué depuis plusieurs années par des troubles animés par la majorité chiite de ce pays.

    La réaction de Téhéran ne s’est pas fait attendre. « La résolution des différends dans les pays de la région, y compris les problèmes actuels entre les trois voisins du Qatar et ce pays, n'est possible que par des moyens politiques et pacifiques et un dialogue franc entre les parties », a indiqué lundi midi un communiqué de Bahram Ghasemi, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères.

    Le Qatar et l’Iran entretiennent des relations depuis plusieurs décennies, ce qui ne plaît ni au royaume saoudien ni à Donald Trump. Les deux pays ont en effet des relations depuis la création du Qatar en 1971. Doha entretient des liens avec Téhéran pour deux raisons principales : le réservoir de gaz commun et la volonté de desserrer l’étau saoudien.

    Il faut attendre les années 1980 pour observer une distanciation entre Doha et Téhéran au moment où l’ensemble des pays de la région se rapprochent alors de Riyad par crainte d’une diffusion de l’islamisme révolutionnaire. « La dynamique fondamentale est 1979, estime Alexandre Kazerouni*, politologue, chercheur à l’Ecole normale supérieure, spécialisé sur le monde musulman contemporain, la révolution iranienne provoque la peur de toutes les monarchies qui acceptent de rentrer dans une union régionale voulue par les Etats-Unis en s’adossant à l’Arabie. » Depuis 1979, estime de son côté Mohammad Reza Djalili**, professeur émérite à l’Institut des hautes études internationales et du développement de Genève, « la rivalité entre Riyad et Téhéran s’est transformée en une guerre froide ».

    Le tournant

    Dans les années 1990, à la fin de la deuxième guerre du Golfe, le Qatar se repositionne régionalement, voire mondialement. Il se rapproche alors de l’Iran. Les liens sont forts.

    « Lors de la guerre du Golfe, les Etats de la côte, qui sont des principautés, se rendent compte que non seulement l’Arabie saoudite n’est pas capable de les protéger militairement contre une menace venant du dehors de la péninsule arabique (en l’occurrence l’Irak) mais qu’en plus ils lui avaient cédé des pans entiers de leurs autorités locales », analyse Alexandre Kazerouni. L’entrée dans le Conseil de coopération du Golfe (CCG) en 1981 assoit en effet l’hégémonie saoudienne sur ses voisins mais en échange, Riyad n’est pas capable de les protéger. « L’Iran est une ressource contre l’Arabie saoudite, explique Alexandre Kazerouni. Se rapprocher de Téhéran est une manière pour Doha de trouver un équilibre avec Riyad. »

    Le Qatar cherche en effet à se défaire de la mainmise saoudienne. Pour se faire, il multiplie les relations directes avec les puissances occidentales et commence à créer ses propres réseaux, dont un partenariat très fort avec les Etats-Unis dans le domaine de la liquéfaction du gaz naturel.

    Une richesse faramineuse pour le Qatar qui provient d’un réservoir situé au milieu du golfe Persique dont une moitié appartient au Qatar et l’autre à l’Iran. C’est aussi « le problème essentiel qui fait que l’Iran et le Qatar doivent toujours trouver un modus vivendi : le partage de cette réserve gazière, la plus grande du monde », analyse Mohammad Reza Djalili. Un problème auquel s'ajoutent les révolutions arabes au début des années 2010.

    Une relation solide et pérenne ?

    Les printemps arabes font apparaître au grand jour des difficultés entre le Qatar et la République islamique. Sur le dossier syrien, Doha et Téhéran se retrouvent dans deux camps opposés, le Qatar optant pour une politique de soutien aux révolutions arabes alors que l’Iran se positionne aux côtés de son allié Bachar el-Assad.

    « On aurait pu s’attendre à ce que les liens se détériorent beaucoup, analyse Alexandre Kazerouni, mais en fait, non. Car ce sont les tensions avec l’Arabie saoudite qui sont allées crescendo. Car le problème majeur du Qatar ce n’est pas l’Iran mais l’Arabie saoudite : Doha craint d’être absorbé par son voisin arabe sunnite dont il est le prolongement géographique naturel. » Une opinion qu’appuie Mohammad Reza Djalili quand il affirme que les printemps arabes ont considérablement accentué la guerre froide Riyad-Téhéran. Le problème du Qatar viendrait-il alors des Etats-Unis ?

    La délicate position du Qatar

    Si les investissements américains dans la liquéfaction du gaz naturel ont permis au Qatar de s’enrichir considérablement « le rapprochement est aujourd’hui délité, explique Alexandre Kazerouni. L’élection de Donald Trump joue un grand rôle dans ce que l'on voit ». Et nul ne peut s’empêcher de faire le lien entre la crise actuelle et la visite du président américain dans la région il y a deux semaines. En Arabie saoudite, Donald Trump a voulu remettre Riyad à sa place de leader régional dans la lutte contre le terrorisme et réclamé l’isolement de l’Iran. Ce voyage intervient alors que le gouvernement de Téhéran n’a de cesse d’appeler au dialogue « et les Saoudiens ne se sont pour le moment pas montrés intéressés, note Mohammad Reza Djalili, et risquent de ne pas être encouragés à parler avec l’Iran depuis la visite de Trump. »

    « En façade, le Qatar a toujours affiché son adhésion à une unité des pays de la péninsule arabique, poursuit Alexandre Kazerouni, et cela tout en restant proche de l’Iran (..) et l’Arabie saoudite cherche aujourd’hui à ce que Doha affiche plus visiblement son lien avec Téhéran : forcer le Qatar à rentrer dans le rang en le mettant face à la réalité » : les relations, surtout économiques, entre le Qatar et l’Iran sont réelles.

    « Désormais, analyse le politologue, soit le Qatar va afficher sa solidarité avec l’Iran dans cette espèce de conflit régional qui oppose l’Iran à l’Arabie saoudite, soit au contraire Doha va estimer qu’il a trop à perdre dans ce jeu-là, et en particulier avec les Américains, et va alors entrer dans le rang. » Une autre possibilité avancée par Alexandre Kazerouni est qu’un coup d’Etat se produise et que l’émir soit renversé. Il faut savoir que les coups d’Etat ont été très nombreux au Qatar depuis sa fondation, et en particulier depuis que le pays s’est rapproché de l’Iran dans les années 1990. En 1995, c’est grâce aux Etats-Unis qu’un coup d’Etat soutenu par Riyad échoue… Or aujourd’hui, le Qatar se retrouve en porte-à-faux après le discours de Trump pour isoler l’Iran.

    Effacer les liens entre Riyad et l'islamisme salafiste

    Selon Mohammad Reza Djalili, « ce n’est pas dans l’intérêt du Qatar d’afficher plus sa relation avec l’Iran, même s’il y a continuation. Il va tenir un profil bas pour ne pas provoquer davantage les foudres de Riyad. S’il y a dans le futur une véritable confrontation militaire entre l’Iran et l’Arabie saoudite, les petits pays comme le Qatar essaieront de prendre leurs distances car ils n’ont pas les capacités pour résister à ces deux géants économiques et militaires. »

    Alors, que va faire le Qatar, cet allié de l’Iran au sein du monde arabe, au sein du monde sunnite et au sein de la péninsule arabique et du CCG ? Une chose est sûre : « On voit aujourd’hui une volonté des Etats-Unis de confondre l’Iran avec le terrorisme en effaçant les liens entre Arabie saoudite et islamisme salafiste pour remettre Riyad sur le devant de la scène et pour isoler plus que jamais Téhéran », conclut Alexandre Kazerouni. « Les accusations de Donald Trump sont très amusantes, ajoute Mohammad Reza Djalili, quand il évoque un axe du mal entre Daech et l’Iran, ce qui est un non-sens absolu. Les organisations salafistes, jihadistes, sunnites, proches d’ailleurs de la division wahhabite, sont anti-chiites dans leur ADN ! »

    * Dernier ouvrage : Le miroir des cheikhs, PUF, mars 2017.

    ** Dernier ouvrage : L'Iran en 100 questions, Tallandier, mars 2016.

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