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    Moyen-Orient

    Jérusalem 1967: la destruction du quartier des Maghrébins

    media L'esplanade du Mur des Lamentations a remplacé le quartier des Maghrébins. RFI/Valérie Nivelon

    10 juin 1967, cinquième jour de la guerre israélo-arabe des Six-Jours. Après une attaque éclair contre les armées égyptienne, syrienne et jordanienne, l’armée israélienne s’empare de Jérusalem-Est et atteint le Mur des Lamentations, lieu saint de la religion juive. Le quartier dit «—des Maghrébins—» s’étend alors à quelques mètres du Mur occidental.

    « Ce soir-là, ils ont demandé aux gens qui vivaient juste à côté du Mur des Lamentations d’évacuer leurs maisons. Ils n’ont eu que deux heures, et les bulldozers ont entamé la démolition », raconte Haïfa Khalidi, témoin oculaire de l’événement, depuis sa terrasse surplombant l’esplanade du Mur des Lamentations. Cependant, quand les soldats israéliens entrent de force dans sa maison familiale en juin 1967, cette vaste place n’existe pas encore. Elle est créée en une nuit et achevée le 11 juin au matin par quinze entrepreneurs du bâtiment israéliens, mandatés dans le plus grand secret par le maire d’Israël, Teddy Kollek.

    Expulsions par l’armée israélienne

    Depuis les fenêtres de sa maison, Haïfa Khalidi montre où les bulldozers ont rasé le quartier des Maghrébins pour créer l'esplanade du Mur. RFI/Valérie Nivelon

    A l’heure où les Israéliens conquièrent Jérusalem, leurs radios se veulent rassurantes et conseillent aux gens « d’avoir des drapeaux blancs et de ne pas avoir peur », se souvient Haïfa Khalidi. « Mais nous ne les avons jamais crues. Nous écoutions nos radios arabes, et je suis désolée de le dire, mais nos espoirs étaient anéantis. »

    L’armée israélienne rentre de force dans les maisons et réunit les hommes du quartier sur l’esplanade de la mosquée al-Aqsa. Le souvenir de la guerre de 1948 est très présent dans les esprits, et Haïfa et sa sœur « craignent qu’ils [les] violent. Heureusement, cela n’est pas arrivé. » Selon Vincent Lemire, historien et directeur du projet européen ERC Open Jerusalem, « il n’y a pas eu d’exactions de la part de l’armée israélienne ni en 1948, ni en 1967. Cela ne fait pas partie de l’arsenal de l’armée d’occupation israélienne. »

    Le soir même, les Maghrébins sont évacués de force de leur quartier qui jouxte le Mur des Lamentations. Les bulldozers israéliens commencent la destruction du quartier par son centre. « Nous étions devant la fenêtre dans notre maison, nous regardions, et nous entendions les haut-parleurs qui nous disaient ‘sortez, vous avez un quart d’heure pour sortir, sinon vous allez mourir et la maison sera détruite sur vous’ », raconte Abou Mahdi, ancien habitant marocain du quartier des Maghrébins. En 1967, Abou Mahdi a treize ans. Il étudie à Ramallah mais est en vacances chez ses tantes, à Jérusalem. Il se réfugie avec sa famille dans un bâtiment proche.

    Abou Mahdi montre l'emplacement de sa maison dans l'ancien quartier des Maghrébins, aujourd'hui esplanade du Mur des Lamentations. RFI/Valérie Nivelon

    Les habitants du quartier des Maghrébins

    Abou Marwan, dont le père marocain a enseigné toute sa vie dans une école coranique du quartier, se remémore l’expulsion de sa famille et la destruction de sa maison. « Nous sommes sortis parce que nous avons entendu crier les soldats israéliens de vider les maisons. Il y avait ma mère, une femme âgée, que nous avons évacuée la première. Nous sommes revenus sortir mes sœurs et le reste de ma famille », explique-t-il. Certains Maghrébins expulsés de leur quartier se réfugient alors dans les zawiya environnantes (centres d’accueil des pèlerins) tandis que d’autres prennent les bus affrétés par les Israéliens à la Porte de Damas, censés les conduire en Jordanie.

    Ce quartier pauvre est marqué par les guerres et l’arrivée de réfugiés à partir de 1948. Certains habitants sont expulsés et relogés dès les années 1960 par les autorités jordaniennes. « Je me rappelle que mon enfance a été souvent triste, avec les gens qui venaient se réfugier chez nous après la guerre de 1948, puis la guerre de 1967 quand on a dû quitter notre village et nos maisons », raconte Abou Marwan. Il habite à l’extrémité nord du quartier des Maghrébins quand la guerre des Six-Jours éclate.

    Les Jordaniens refusent alors d’armer les jeunes du quartier des Maghrébins et leur interdisent de tirer sur les Israéliens qui prennent la ville. « La Jordanie a perdu et l’armée jordanienne s’est retirée de la vieille ville », explique Abou Marwan. Les Israéliens pénètrent dans le quartier des Maghrébins et ordonnent aux habitants d’évacuer. « C’étaient des soldats qui conduisaient les bulldozers », poursuit-il. Il raconte avoir vu « des gens âgés qui n’entendaient pas très bien » et auraient péri ensevelis dans leurs maisons.

    « Il n’y a pas, à ma connaissance, d’autre destruction massive. Et d’ailleurs, il n’y a pas de combats à Jérusalem en 1967 », précise Vincent Lemire. Jérusalem est donc prise sans combat, et la destruction « massive » du quartier des Maghrébins est « unique » dans la guerre des Six-Jours, selon l’historien. Pourtant, cette destruction n’a jamais été racontée. Comme les archives israéliennes en attestent, aucune décision officielle n’a été prise concernant l’expulsion des habitants ou la destruction du quartier des Maghrébins dans la vieille ville de Jérusalem.

    La création de l’esplanade du Mur

    « Le samedi 10 juin au soir, le mur occidental était sous le contrôle de l’armée israélienne. C’est alors que le maire [de Jérusalem], Teddy Kollek, a décidé que c’était une occasion unique de créer la grande esplanade », explique Nirit Shalev-Khalifa, historienne et commissaire d’exposition pour l’Institut Yad Izhak Ben-Zvi, où une exposition inaugurée le 11 juin dévoile l’histoire méconnue de l’esplanade.

    Si les soldats israéliens sont aux commandes des bulldozers, « Teddy Kollek et les généraux qui étaient en charge de Jérusalem ne voulaient pas que l’armée [s’en charge] », précise Nirit Shalev-Khalifa. Ils font alors appel à quinze entrepreneurs du bâtiment de Jérusalem. Un officier, Eitan Ben-Moshe, « a juste rédigé une note manuscrite disant de ‘nettoyer cet endroit’ », raconte l’historienne.

    Il faut rappeler que les juifs n’avaient plus accès au Mur depuis la perte de la vieille ville de Jérusalem pendant la guerre israélo-arabe de 1948. « Tous se souvenaient de l’humiliation causée par le manque de place pour prier », rappelle Nirit Shalev-Khalifa. Toujours selon l’historienne, la décision de détruire le quartier était consensuelle : « Tout le monde pensait que c’était un pur acte de justice, parce que ça devait être ainsi. » Le Kotel, ou Mur occidental, était considéré comme le « cœur du peuple juif », l’une des rares ruines du Temple d’Hérode, lui-même construit à l’emplacement du Temple de Salomon.

    Si la guerre des Six-Jours n’est « pas une guerre sainte » mais « stratégique », précise Vincent Lemire, elle constitue néanmoins un tournant pour Israël et pour le sionisme, qui « va petit à petit s’orienter de plus en plus sur des aspects religieux, sur des aspects sacrés. » La destruction du quartier des Maghrébins et la création de l’esplanade du Mur rentrent dans cette logique. Selon l’historien, la guerre de juin 1967 n’a pas pour but de détruire ce quartier, mais elle offre à Israël l’opportunité d’accomplir le projet, remontant au début du 20e siècle, de dégager un espace de prière devant le Mur. « Les sionistes voulaient changer la situation ; ils disaient que le Mur était la source de leurs traditions, de leurs droits, mais qu’ils devaient faire quelque chose de nouveau », confirme Nirit Shalev-Khalifa.

    L’ordre du Kotel

    Dans l’étroite ruelle qui sépare le quartier maghrébin du Mur, le samedi 10 juin au soir, les quinze entrepreneurs volontaires se rassemblent pour planifier le chantier. « Tous pleuraient », raconte Nirit Shalev-Khalifa. « C’était un moment très émouvant. » Apercevant les toilettes publiques accolées au lieu saint, ils déclarent : « Nous allons commencer par détruire ces toilettes, parce que pour nous, c’est le summum de l’humiliation », rapporte-t-elle.

    « A trois heures du matin, le dimanche 11 juin, ces quinze entrepreneurs pressentent qu’ils vivent le moment le plus important de leurs vies. » C’est en ces termes que Nirit Shalev-Khalifa rapporte l’émotion qui incita les entrepreneurs israéliens à fonder « l’ordre du Mur occidental pour servir la ville de Jérusalem. »

    Cet ordre du Kotel se réunit chaque année et en 1968 commande des dessins à l’artiste Léa Majaro-Mintz, née dans la vieille ville dans les années 1920. A la demande de Baruch Barkai, le secrétaire dudit ordre, elle illustre les écrits d’Itamar Ben-Avi, célèbre journaliste israélien, prophétisant la création de l’esplanade : « des milliers de personnes s’y rendraient et une nouvelle vie, qui n’était encore qu’un rêve à l’époque, serait insufflée à l’Etat d’Israël », cite pour exemple Nirit Shalev-Khalifa. Mêlant photos des membres de l’ordre du kotel et ses dessins, les collages de l’artiste sont rassemblés sous le titre Le Mur occidental est à nous, le Mur occidental est indivisible.

    Collage créé par Léa Majaro-Mintz sur ordre de Baruch Barkai, secrétaire de l'ordre du Kotel, en 1968. RFI/Valérie Nivelon

    Ecrire l’histoire du quartier des Maghrébins

    Aujourd’hui, les derniers témoins de la destruction du quartier des Maghrébins tentent de perpétuer sa mémoire et d’écrire son histoire. A la fin des années 1970 déjà, un historien marocain du nom d’Abdelhadi Tazi co-écrit un livret intitulé Les biens religieux de Main Morte des Maghrébins à Jérusalem.

    « Connaître l’histoire de ce quartier, ses valeurs et ses héritages, cela doit être transmis aux nouvelles générations », souhaite Abou Marwan. Il espère que les jeunes « vont aller plus loin et peut-être faire mieux [qu’eux] » pour écrire l’histoire de ce quartier et la mémoire de ses habitants. A l’image de Haïfa Khalidi, qui entretient les archives familiales et la mémoire de la grande famille palestinienne dont elle est issue, la mission mémorielle des habitants du quartier des Maghrébins est, comme le résume Vincent Lemire, « de conserver les lieux, de tenir les lieux, et de raconter cette histoire », à laquelle l’historien consacre justement ses recherches à travers le projet Open Jérusalem.

    ► A écouter samedi à partir de 10h10 (TU) dans la Marche du Monde : Jérusalem 1967, le secret de l'esplanade du Mur.

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