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    Moyen-Orient

    Mort de Jalal Talabani, peshmerga devenu président de l’Irak

    media L'ancien président irakien Jalal Talabani est mort. Ici à Bagdad, le 2 mars 2009. AFP/Ali al-Saadi

    Jalal Talabani s'est éteint « en Allemagne » à l'âge de 83 ans, a annoncé l'un des responsables de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK). Elu président de la République d’Irak (2005-2014) par le Parlement, il a été le premier chef d’Etat élu démocratiquement de l’histoire de ce pays. Il a aussi été le premier Kurde à accéder à ce poste. Talabani laisse derrière lui toute une vie dédiée à la défense des droits des Kurdes. Retour sur le parcours sinueux d’un homme de passion, charismatique et fin diplomate, qui n’aurait jamais cru pouvoir un jour devenir une figure respectée dans tout le pays, même si le poste de président de l’Irak n’est qu’honorifique.

    Le 18 décembre 2012, Jalal Talabani, alors président de la République d’Irak, est victime d’un accident vasculaire cérébral. Ses soucis de santé l’éloignent pendant plus d’un an et demi du pouvoir : Talabani est d’abord rapidement hospitalisé à Bagdad avant d’être transféré en Allemagne où il est pris en charge.

    Le premier Kurde à être président de l’Irak retourne le 19 juillet 2014 dans sa région du Kurdistan. Il retrouve un pays en proie à une importante crise politique au sommet de l’Etat et mis en péril par un nouvel ennemi, l’organisation Etat islamique (EI), qui s’est emparé d’une grande partie du territoire. Les peshmergas, dont il a fait partie pendant plusieurs années, combattaient l’EI, notamment dans la ville stratégique de Kirkouk, menacée par les jihadistes.

    C’est justement à Kirkouk, au Kurdistan irakien, que Jalal Talabani a effectué son collège, dans cette ville qui, à l’époque, est riche, cosmopolite et majoritairement kurde. Jalal Talabani l’a appelée la « Jérusalem kurde », lorsqu’elle a été placée sous l’autorité de Bagdad. C’est Saddam Hussein qui par sa politique d’arabisation a, dans les années 1980, chassé les non-Arabes de cette ville, rejetant les Kurdes dans les montagnes plus reculées. A la chute du régime de Saddam Hussein en 2003, Kirkouk est redevenue majoritairement kurde.

    Un combat pour les droits des Kurdes entamé dès ses quatorze ans

    Né le 12 novembre 1933 dans le village de Kelkan, dans la région de Dokan, au Kurdistan irakien, Jalal Talabani vient d’une famille illustre, qui compte parmi ses membres de nombreux notables et intellectuels de la région. Il a œuvré toute sa vie pour défendre les droits des Kurdes, peuple maltraité par les gouvernements successifs. Farouche nationaliste, homme de passion et de conviction, Jalal Talabani est aussi un ambitieux obstiné.

    Son combat a commencé très jeune. Dès ses 14 ans, il intègre le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), qui domine alors le mouvement nationaliste kurde. Il poursuit ensuite ses études universitaires en droit à Bagdad, où il se révèle être un élève doué. En parallèle, il poursuit une activité politique en fondant notamment un syndicat d’étudiants kurdes. Charismatique et populaire auprès de la jeunesse kurde, Jalal Talabani entre au comité central du PDK à l’âge de 18 ans. Il est notamment séduit par l’idéologie marxiste – il est lecteur assidu du Capital de Karl Marx –, et admire le nationaliste kurde Moustapha Barzani, président-fondateur du PDK.

    En raison de la répression de la monarchie hachémite, il entre dans la clandestinité de 1956 à la chute du royaume en 1958. Lors du coup d’Etat de 1958, le PDK, majoritairement chiite, devient un allié essentiel du militaire Abdul Karim Qasim, Premier ministre et nouvel homme fort du pays. Mais cette alliance ne tient pas longtemps : les promesses d’Abdul Karim Qasim aux Kurdes s’évanouissent vite, car ce dernier redoute de se mettre à dos l’armée dominée par les nationalistes arabes.

    Jalal Talabani devient un des lieutenants de Moustapha Barzani et est partisan de la lutte armée contre le régime de Qasim. Puis, il entre rapidement en conflit avec le général Barzani, et mène avec Ibrahim Ahmed (son futur beau-père) la révolte des intellectuels du PDK contre le général Barzani. En 1970, il se marie à la fille d’Ibrahim Ahmed, qui a été secrétaire général du PDK, Hero Ibrahim Ahmed. Il a eu deux fils avec elle : l’aîné Bifal et le cadet Qubad, vice-Premier ministre du gouvernement régional du Kurdistan.

    Rupture avec le PDK, avant la réconciliation du clan kurde

    Une nouvelle insurrection kurde éclate, où Jalal Talabani fait ses premières armes. Un de ses compatriotes se souvient : « Au début des années 1960, le nom de Talabani était déjà dans toutes les bouches. Il suscitait l’admiration et la sympathie. C’est à cette époque qu’il a gagné le surnom de Mam Jalal (oncle Jalal en kurde, ndlr), qui ne l’a jamais quitté depuis. »

    Le 1er juin 1975, il quitte le PDK pour fonder l’Union patriotique du Kurdistan, dont il devient le président. Il entre alors dans une lutte armée entre le PDK et l’UPK et contre Saddam Hussein. Il se rapproche de l’Iran pendant la guerre Iran-Irak. En 1998, Talabani et son rival du PDK, Massoud Barzani (le fils de Moustapha), signent un traité de paix. Ils unissent en fait leurs forces au sein d’un Front du Kurdistan d’Irak, en résistance à la campagne d’Anfal lancée en 1987-1988 par Saddam Hussein. En quelques mois, Saddam Hussein est à l’origine de la mort de plus de 180 000 civils kurdes, dont plusieurs milliers qui sont gazés à Halajba.

    Mais la réconciliation des deux partis kurdes ne dure pas plus de cinq ans. Leur véritable rapprochement intervient en 2003 à la chute du régime de Bagdad. Elle est officialisée le 3 février 2005, quelques jours après les élections générales. Ce jour-là, Massoud Barzani et Jalal Talabani proclament solennellement la réunification du Kurdistan irakien.

    Une personnalité de diplomate, médiateur des tensions confessionnelles

    Pourtant, la différence de fond entre le PDK et l’UPK a toujours été ténue. Tous deux luttent pour les droits des Kurdes, le clan Barzani ayant été le premier à réclamer l’autonomie voire l’indépendance du Kurdistan, tandis que Talabani est pour la création d’un Irak fédéral, qui miserait davantage sur la décentralisation.

    Leurs différences tiendraient plus de la personnalité des deux leaders, car « Mam Jalal » est perçu comme plus moderne. Il porte des costumes-cravates alors que Massoud Barzani opte pour le keffieh. Il aurait aussi un rapport moins conservateur envers les femmes. Derrière son apparence trompeuse d’éternel mécontent, Jalal Talabani était très bavard et amateur de bons vins et de gros cigares. Rompu à l’art diplomatique, parlant le kurde, le persan, l’anglais et ayant des notions de français, Jalal Talabani a été élu président en 2005 sans ouverte opposition, ni des Kurdes ni des Arabes, dans un pays pourtant marqué par de nombreuses tensions confessionnelles.

    Après le renversement de Saddam Hussein en 2003, les Américains ont considéré les Kurdes comme leur principal allié. Du 1er au 30 novembre 2003, Talabani est président du Conseil intérimaire de gouvernement irakien, un poste équivalant au chef de gouvernement de l’Autorité provisoire de la coalition, installé après le renversement de Saddam Hussein.

    Premier chef d’Etat élu démocratiquement de l’histoire de l’Irak

    Le 6 avril 2005, il devient le premier chef d’Etat élu démocratiquement de l’histoire de l’Irak. Il est élu par le Parlement, grâce à une alliance faite avec les chiites de l'Alliance irakienne unifiée (AIU), arrivés premiers aux élections législatives plus tôt dans l'année. Ces derniers obtenaient le poste de Premier ministre, tandis que Talabani allait être élu président notamment grâce aux voix de l'AIU.

    Il faut remonter à Saladin pour trouver la trace d’un Kurde à la tête d’un Etat arabe. Talabani s’en est félicité ainsi : « Les Kurdes citoyens de seconde catégorie, c’est fini. Dans la nouvelle démocratie irakienne, je suis un citoyen comme les autres et j’ai donc le droit de revendiquer n’importe quel poste et pourquoi pas la présidence, d’autant que les Irakiens me connaissent et savent que j’ai passé toute ma vie à combattre pour la démocratie. »

    Malgré le caractère largement cérémoniel de la fonction de président, Jalal Talabani affirmait qu’il serait « un président fort qui aura son mot à dire ». Les grandes lignes de son programme étaient : « Rendre visite aux pays victimes de Saddam, c’est-à-dire l’Iran et le Koweït, pour leur demander pardon au nom de l’Irak, mais aussi une aide financière. Réformer d’urgence la police et l’armée. Refuser catégoriquement un Etat islamiste et, pour mes invités, avoir toujours chez moi, à Bagdad, une bonne bouteille de champagne frais ! » Des mauvaises langues ont ajouté que, de toute façon, « Talabani a toujours été très sensible aux honneurs et aux flatteries. Cette fonction lui va donc comme un gant. »

    Après l'adoption par référendum d'une nouvelle constitution, il est réélu président le 22 avril 2006. Moins d'un an plus tard, le 25 février 2007, il est hospitalisé en Jordanie après être tombé malade à cause d’une importante charge de travail. Le 20 mai de la même année, il voyage aux Etats-Unis pour un traitement médical. Les 7 et 8 mars 2008, il visite la Turquie pour sa première visite officielle comme chef d’Etat. Sa fonction honorifique l’amène à effectuer de nombreuses visites officielles.

    « Les Kurdes citoyens de seconde catégorie, c’est fini »

    Le 11 novembre 2010, il est réélu par le Parlement pour un troisième mandat de président. Le 18 décembre 2012, il est victime d’un arrêt cardiaque et il est pris en charge en Allemagne. Il ne retourne en Irak qu’en juillet 2014, où un autre président est élu cinq jours après son retour, Fouad Massoum, également kurde et issu de l’Union patriotique du Kurdistan.

    Avoir été président de l’Irak a été pour lui une douce revanche, après avoir passé tant d’années à lutter pour les droits des Kurdes. Mais les institutions du pays sont au point mort. Face aux jihadistes de l’Etat islamique contrôlant une grande partie du territoire, les Kurdes les combattent du haut de leurs montagnes, regagnant de la légitimité auprès de la communauté internationale. Comme l’a peut-être prophétisé Jalal Talabani après avoir été assuré de devenir président de l’Irak : « Les Kurdes citoyens de seconde catégorie, c’est fini. »

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