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    Moyen-Orient

    Syrie: la perte de Raqqa ne signifie pas la mort de l'EI selon Cédric Mas

    media Une colonne de fumée au-dessus de la ville de Raqqa, le 20 août 2017. REUTERS/Zohra Bensemra

    C’est l’une des batailles les plus symboliques de la guerre contre l’organisation Etat islamique en Syrie. La bataille de Raqqa, lancée en juin dernier, touche à sa fin. Les Forces Démocratiques Syriennes soutenues par Washington et qui contrôlent 90 % de la ville évoquent désormais la phase finale de l’opération. En parallèle, un accord d’évacuation de certains jihadistes a été conclu samedi soir. Les enjeux de cette bataille décrypté par Cédric Mas, historien et spécialiste des questions militaires et stratégiques, qui prépare un ouvrage sur le conflit syrien.

    RFI : L’organisation Etat islamique est donc sur le point de perdre totalement sa capitale autoproclamée qu’elle occupait depuis 2013. On sait que l’organisation a perdu plus de 80 % de ses positions en Syrie. Assiste-t-on à la fin de l’organisation EI dans le pays ?

    Cédric Mas : C’est un peu tôt pour le dire. Je rappelle que la bataille de Raqqa c’est la phase finale de la phase finale de la phase finale, puisqu’il a fallu cinq phases pour s’en approcher. Puis il y a eu l’encerclement par le sud de la ville elle-même qui est isolée depuis cette époque et qui avait été évacuée par le service administratif de l’Etat islamique, aujourd’hui réfugié le long de l’Euphrate. Al-Mayadeen, autre ville actuellement en passe d’être perdue par l’Etat islamique face aux forces du régime syrien cette fois, était citée comme un refuge possible.

    Donc concernant Raqqa, une fois que la ville assiégée, celle-ci n’est plus un centre névralgique pour l’Etat islamique. Cela reste la perte de leur capitale symbolique, évidemment. Cette perte est écrite dans le temps depuis [des mois] puisqu’à partir du moment où la ville est encerclée elle ne peut qu’être perdue à terme.

    Alors justement, les jihadistes opèrent un repli dans le désert syrien. Ils ont encore des armes. Ils ont encore des combattants. Est-ce qu’une contre-offensive est possible ?

    C’est un petit peu plus compliqué. Des contre-offensives, il y en a régulièrement du point de vue tactique. Je vous rappelle que l’Etat islamique est actuellement à l’offensive sur les arrières de l’avancée du régime vers Deir Ezzor. Mais surtout, l’Etat islamique opère un repli stratégique et organisationnel, puisqu’il bascule comme il l’a fait en Irak dans la province d’al-Anbar, par exemple, dans une organisation beaucoup plus clandestine qui lui permet de résister et de tenir, le temps de pouvoir réapparaître en profitant de la division de ses ennemis, momentanément alliés contre lui, mais qui sont fortement divisés. On le constate par exemple, en Irak entre les Kurdes et les forces irakiennes.

    L’organisation perd du terrain en Syrie, mais aussi en Irak… Ce repli, ces défaites, s’accompagnent dans le même temps de revendications en série, d’attaques survenues en Europe ou même aux Etats-Unis. On pense notamment à la fusillade de Las Vegas. Aucun lien n’a pourtant été établi entre le tireur et l’organisation. Selon vous, quelle est la signification de ces revendications ?

    Ces revendications peuvent avoir plusieurs significations, puisqu’il est très difficile de se prononcer sur des revendications qui ne sont pas confirmées ou informées par l’enquête à ce stade. Par exemple pour Las Vegas. D’une manière générale, il y a une offensive stratégique de l’Etat islamique contre l’Occident et l’Europe et particulièrement la France depuis quand même septembre 2014. Donc ces revendications ne sont pas une nouveauté. Régulièrement, l’Etat islamique a tenté de s’approprier des événements ou des attaques menées par des personnes sans lien avec lui, mais qui restaient dans la sphère et utilisaient les modes opératoires préconisés par l’Etat islamique.

    Mais j’aimerais vraiment insister sur le fait que la perte des villes et des territoires tenus par l’Etat islamique est une défaite importante pour lui, mais ça ne signifie pas la mort de cette organisation qui est en capacité de basculer dans une structure beaucoup plus clandestine et de résister. N’oublions pas que l’Etat islamique a déjà subi un premier recul territorial, en Irak en 2006, et qu’il y a survécu pour reparaître à partir de 2011 jusqu’à 2014.

    Donc une organisation sans territoire fixe, mais qui pourrait toujours être active, notamment dans des actions, que ce soit en Europe, aux Etats-Unis ou en Afrique. C’est selon vous plausible ?

    Non seulement plausible, mais même très probable, puisque même s’ils n’ont plus de territoire officiellement, ils ont des réseaux clandestins. Je vous rappelle que dans toute la province d'al-Anbar aujourd’hui il y a des cellules clandestines de l’Etat islamique qui sont en action, à la fois pour l’extorsion de fonds, le financement, mais aussi pour des actions terroristes. Evidemment, en Europe leur propagande va continuer à vouloir susciter des « vocations » et des attaques. Ce n’est pas nouveau : ça permet de distraire, de faire diversion et de limiter les moyens qui pourront que nous pourrons leur opposer dans leur sanctuaire, sur les territoires sur lesquels ils souhaitent résister.

    L’Etat islamique est une organisation qui dispose d’une grande capacité de résilience. Donc la perte des territoires ne signifie pas, contrairement à ce que l’on croit, la fin de l’organisation. Regardez al-Qaïda qui avait perdu ses sanctuaires en Afghanistan et qui a survécu largement depuis, voire même s’est étendu sur d’autres secteurs géographiques.

    Sur le terrain, ce dimanche matin, un responsable du Conseil civil de Raqqa évoquait l’évacuation de certains jihadistes hors de Raqqa, dont des jihadistes étrangers. C’est une information intéressante et qui pose une question : qu’est-ce qui va se passer pour ces milliers de combattants qui se trouvent toujours en territoire syrien ? Est-ce que l’après-Etat islamique a été pensé en Syrie ?

    L’après-Etat islamique n’a été pensé, ni en Syrie, ni en Irak puisqu’il y a déjà des difficultés pour rassembler tous les élus de Etat islamique et les faire combattre dans le même temps puisqu’ils s'opposent eux-mêmes. En revanche ce qui est important, puisque je ne me prononcerai pas sur ce qui se passe à Raqqa et les accords, [c'est qu'il] y a beaucoup de rumeurs : les jihadistes étrangers bloqueraient, d’autres rumeurs diraient que ce sont les Américains qui bloquent. Il faut se souvenir que des accords d’évacuation de jihadistes vers des zones qui sont encore tenues par l’Etat islamique, ce sont des accords qui ont déjà été pratiqués : par exemple au Liban, avec le Hezbollah et dans d’autres zones. Donc ce n’est pas une nouveauté. Reste à savoir comment cela se concrétisera sur le terrain. On n’a pas de confirmation pour l’instant.

    En attendant ce qu’il faut noter, c’est que Raqqa est une ville importante en Syrie. C’était une ville importante pour l’Etat islamique et qu’elle a été reprise, non pas par les forces du régime, mais par des forces kurdes et de la rébellion, sous mandat et avec le soutien américain. Ça c’est important. Ça veut dire qu’après Idlib, Raqqa devient une autre grande ville de la Syrie qui échappe au régime de Bachar el-Assad. Donc, pour l’après Syrie, c’est important de s’en rendre compte.

    On entend très peu Bachar el-Assad ces dernières semaines. Il s’est peu exprimé. Est-ce qu’il s’agit d’une stratégie de sa part ?

    La communication du régime de Bachar el-Assad est très travaillée. Elle est étudiée et donc il s’est beaucoup exprimé et il est apparu plusieurs fois lors d’un certain nombre de festivités récentes. Ce silence auquel on ne peut pas donner de sens aujourd’hui sont bien évidemment étudiés et voulus. Le régime maîtrise parfaitement sa propagande et sa communication.

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