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    Moyen-Orient

    Répression en Egypte: ONG et opposants condamnent la mansuétude de la France

    media Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi est largement contesté pour les dérives de son pays en matière de droits de l'Homme. REUTERS/Carlo Allegri

    Le président égyptien arrive ce lundi 23 octobre en France pour une visite officielle de trois jours où il rencontrera pour la première fois Emmanuel Macron. Des organisations de défense des droits de l'homme exhortent donc le président français à cesser « la scandaleuse politique de tolérance » à l'égard de l'Egypte où des milliers de personnes sont emprisonnées. Ahmed Nagy est un jeune écrivain sorti de prison il y a quelques mois. Il a été condamné à deux ans pour des références sexuelles dans l'un de ses romans L'Usage de la vie. Il dénonce lui aussi l'abandon de la France en ce qui concerne les droits de l'homme et fait part de son état d'esprit.

    Avec notre correspondant au Caire,  François Hume-Ferkatadji

    Une chemise cintrée bleu nuit, une légère moustache et une envie indéniable de parler malgré les risques. Le romancier de 31 ans Ahmed Nagy a passé un an en prison. Il a été libéré sous caution, mais attend toujours son procès en appel.

    « Je suis brisé.... je suis en miettes, je n'ai pas besoin de vous mentir, je suis déjà brisé. Je suis sorti de prison il y a un an, et je ne peux rien faire, je n'ai pas le droit de travailler, je n'ai pas le droit de voyager, ma femme fait son master aux Etats-Unis, ça fait cinq mois que je ne peux pas la voir », souffle Ahmed Nagy.

    En prison, l'un de ses codétenus était le célèbre blogueur Alaa Abdel Fatah, l'un des porte-voix de la révolution de 2011. Ahmed Nagy se mobilise aujourd'hui pour la libération de son ami, qui a été condamné à cinq ans de prison pour avoir participé à une manifestation. « Ces trois dernières années, la seule chose que nous faisons, c'est d'aller chercher nos amis dans les prisons et dans les commissariats, raconte-t-il. Il est évident que ma génération a perdu car il n'y a plus de vie politique en Egypte, il n'y a plus de société civile, les jeunes ne peuvent pas se sentir vivants dans ces conditions. »

    Les ONG suggèrent un soutien conditionné à l'Egypte

    Aujourd'hui, Ahmed Nagy ne rêve que d'une chose : quitter l'Egypte et se réfugier à l'étranger. « Je ne peux pas me battre depuis une prison, dit-il, je ne peux pas me battre dans un pays où il m'est impossible de publier ce que j'écris. »

    Une dizaine d'organisations de défense des droits de l'homme, dont Human Rights Watch et Amnesty International, ont appelé lundi Emmanuel Macron à mettre fin à la « scandaleuse politique de tolérance » de la France envers le « gouvernement répressif » du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, en visite en France pour trois jours.

    La répression à tout-va

    Selon HRW, des dizaines de milliers d'opposants ont été arrêtés depuis l'arrivée au pouvoir du maréchal Sissi en 2014. L'organisation accuse en outre les forces de sécurité égyptiennes d'avoir recours à la torture « de façon systématique ».

    « Une forme d'action serait d'indiquer au président al-Sissi que sa visite doit être l'occasion d'un réexamen du soutien de la France à l'Egypte et que ce soutien, qu'il soit militaire, économique ou politique, sera conditionné à une amélioration des droits de l'homme dans le pays », a proposé Bénédicte Jeannerod, responsable de HRW pour la France.

    D'après Amnesty International, une quarantaine d'opposants politiques et une vingtaine de journalistes sont aujourd'hui en prison. Et ce, dans une indifférence quasi totale de la communauté internationale.

    « Toutes les voix dissidentes, c’est-à-dire journalistes, militants, défenseurs de droits humains, avocats, syndicalistes, toutes celles et ceux qui s’expriment de manière critique à l’égard du gouvernement sont menacés d’arrestation, de poursuite et d’emprisonnement simplement pour les faire taire », rapporte Katia Roux, chargée de plaidoyer à Amnesty International.

    Cette « répression à tout va », Mohamed Zarea l'a subie personnellement. Il est aujourd'hui vice-président de la FIDH et président d'une association égyptienne pour les droits de l'homme. Il vit aujourd'hui en Europe après avoir fui l'Egypte avec sa famille.

    « On m’a accusé d’avoir été le directeur d’une organisation illégale, illicite, dit-il. J’ai aussi subi une campagne de diffamation pour avoir dit que la torture était encore aujourd’hui une réalité dans les prisons égyptiennes. Je suis avocat et je n’ai jamais prétendu des choses sans fondement. J’ai même réussi à faire condamner l’Etat égyptien à 4 millions de dollars dans un procès où je défendais des personnes qui se sont fait torturer ».

    L'Elysée a indiqué la semaine passée que la situation des droits de l'homme serait évoquée lors de la visite du président égyptien, qui rencontrera aussi des chefs d'entreprise français.

     

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