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    Moyen-Orient

    Qatar: Emmanuel Macron de retour dans un Golfe en crise

    media Emmanuel Macron avait reçu en le 15 septembre dernier à l'Elysée l'émir du Qatar Tamim ben Hamad al-Thani lors de sa venue en Europe. REUTERS/Charles Platiau

    Après l’Algérie ce mercredi, le président français est attendu au Qatar ce jeudi 7 décembre. Emmanuel Macron a rendez-vous avec l’émir Tamim ben Hamad Al Thani et de gros contrats pourraient être signés à cette occasion. Cette visite a lieu dans un contexte particulier puisque depuis 6 mois le Qatar est en crise avec plusieurs de ses voisins : l’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l’Egypte ont rompu avec le Qatar et tentent de lui imposer un blocus.

    C’est le deuxième voyage du président français en moins de deux mois dans une région stratégique aujourd’hui plongée dans l’incertitude. En novembre dernier, Emmanuel Macron s’est rendu aux Emirats arabes unis et a enchaîné avec une visite-surprise en Arabie saoudite. Cette fois-ci, il fait escale au Qatar devenu la bête noire d’une partie de ses voisins du Golfe qui l’accusent de soutenir des mouvements extrémistes ou d’être trop proche de l’Iran. C’est ainsi que le 5 juin dernier, l’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l’Egypte ont soudainement rompu avec le Qatar et tentent depuis de lui imposer un blocus qui n’a pas fait plier Doha, premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié.

    C’est une crise sans précédent pour le Conseil de coopération du Golfe (CCG) qui depuis 1981 rassemble les six monarchies pétrolières de la péninsule (Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar). « Je pense que le Conseil de coopération du Golfe n’a jamais été dans une situation aussi délicate, explique Mehran Kamrava, chercheur irano-américain installé au Qatar où il dirige un centre d’étude de l’Université américaine de Georgetown, et à l’avenir, je vois deux scénarios possibles : soit l’implosion du CCG, soit son maintien et c’est le scénario le plus probable, car personne ne voudra apparaître comme étant responsable de sa mort. Mais au fur et à mesure il deviendra de plus en plus insignifiant… »

    Le CCG se fissure

    Le Conseil de Coopération du Golfe se fissure, on vient de le constater à l’occasion du sommet annuel du CCG, qui s’est tenu mardi au Koweït. L’émir du Qatar avait fait le déplacement, mais ses adversaires, à commencer par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, n’étaient représentés qu’au niveau ministériel. Ces deux pays pourfendeurs du Qatar en ont profité pour annoncer la naissance d’une « commission conjointe de coopération », militaire et économique, une preuve que le Conseil de coopération du Golfe a du plomb dans l’aile, même si la crise interne n’a pas été mentionnée dans le communiqué final. Le sommet de cette semaine était organisé par le Koweït, qui tente depuis des mois d’opérer une médiation entre le Qatar et ses adversaires.

    Stratégie qatarienne

    C’est dans ce contexte troublé qu’Emmanuel Macron est en déplacement au Qatar ce jeudi. Dès le début de la crise entre les monarchies du Golfe, alliées de la France dans la région, Paris a manifesté son soutien à la médiation koweïtienne. De son côté, le Qatar a rapidement montré qu’il pouvait contourner son isolement régional : il s’est rapproché de la Turquie et de l’Iran et l’émir Tamim ben Hamad Al Thani a été reçu en Europe (et notamment à l’Elysée par Emmanuel Macron) avant de se rendre à l’ONU en septembre dernier. Cette fois, le Qatar reçoit la visite du président français, « une victoire, selon Claire Beaugrand, spécialiste des pays du Golfe à l’Université anglaise d’Exeter, qui décrit une stratégie de survie du Qatar, qui adopte une stratégie que tous les pays du Golfe pratiquent : il s’agit de bien traiter les relations commerciales avec les grandes puissances pour être sûr de ne pas se les aliéner ». Pour Paris, Washington et d’autres, il s’agit d’un « jeu d’équilibriste pour ne pas fâcher les pays du Golfe qui sont des partenaires commerciaux très importants, notamment de gros clients de l’industrie de défense », explique Claire Beaugrand.

    Lutte antiterroriste

    Et il sera effectivement question de gros contrats lors de cette visite d’Emmanuel Macron au Qatar, avec la signature probable de la vente de 12 avions Rafale (en plus des 24 achetés par le Qatar en 2015). Et c’est une entreprise française qui est sur le point d’empocher le contrat d’exploitation et d’entretien du métro de Doha actuellement en construction. Un marché de 20 ans estimé à 3 milliards d’euros et qui semble promis à un consortium RATP-SNCF.

    A Doha ce jeudi, il sera aussi question de lutte contre le terrorisme : selon l’entourage du président français, il s’agit d’engager « un dialogue de haut niveau » entre Paris et le Qatar à ce sujet. La France souhaite organiser l’année prochaine une conférence internationale dédiée à la lutte contre le financement du terrorisme.

    Au Qatar, le président français se rendra sur la grande base américaine d'Al-Udeid abritant le commandement central américain qui dirige les opérations antijihadistes (Centcom). Il y rencontrera des officiers américains, ainsi que des militaires français présents sur place.

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