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    Moyen-Orient

    2017, l’année où le groupe EI a perdu son «califat»

    media Des membres de l'armée irakienne arborent le drapeau de l'organisation Etat islamique après avoir fait reculer les jihadistes à Mossoul, le 17 juin 2017. REUTERS/Alkis Konstantinidis/File Photo

    En 2017, l’organisation Etat islamique (EI) a perdu la quasi-totalité de son territoire, à commencer par les deux grandes villes dont il avait fait les capitales de son califat autoproclamé : Mossoul, en Irak, et Raqqa, en Syrie. Aujourd’hui, les jihadistes sont retranchés dans quelques poches à la frontière syro-irakienne et l’on peut s’interroger sur l’avenir du groupe EI désormais privé de base territoriale.

    2017 a vu s’enchaîner les défaites pour l’organisation jihadiste EI. Début juillet, les autorités irakiennes annoncent la fin de la bataille de Mossoul, deuxième ville d’Irak, conquise trois ans plus tôt par l’organisation EI. La bataille de Mossoul a duré neuf mois, le bilan humain n’est pas connu avec précision mais il se chiffre en milliers de morts.

    En 2017, les envoyés spéciaux de RFI ont couvert les combats puis le retour progressif des civils dans la ville : « oui, on était menacé, l’Etat islamique nous tuait, nous battait, nous volait ; j’ai fui avec ma famille, se souvient Ahmed, commerçant de Mossoul au micro de Murielle Paradon en octobre 2017. Maintenant, la situation est bonne mais j’aimerais retourner chez moi. On ne peut pas y aller, tout est détruit. On a essayé mais les autorités ne nous laissent pas, ça n’est pas encore sécurisé ».

    Le groupe Etat islamique n’a plus de base territoriale en Irak mais il peut encore commettre des attaques : 45 personnes, civils et militaires, ont été tuées par les jihadistes depuis le mois d’octobre, date à laquelle l’organisation radicale a perdu Hawija, la dernière localité qu’elle contrôlait.

    Raqqa

    En Irak, ce sont l’armée nationale et les milices chiites soutenues par la coalition internationale anti-jihadiste qui ont fait reculer le groupe EI. En Syrie, la coalition s’est appuyée sur les FDS (Forces Démocratiques Syriennes) dominées par les Kurdes.

    Depuis le début de ses frappes sur l’EI en 2014, la coalition a reconnu avoir causé la mort de 801 civils en Irak et en Syrie. L’organisation indépendante Airwars avance un chiffre beaucoup plus élevé, proche de 6 000 victimes civiles.

    En octobre 2017, après des mois de bombardements et un accord d’évacuation concernant certains de ses combattants, le groupe EI est chassé de Raqqa, sa capitale autoproclamée en Syrie. Les combats ont été violents et c’est un champ de ruines que contrôlent désormais les forces kurdes syriennes.

    En novembre, les envoyés spéciaux de RFI, Sami Boukhelifa et Boris Vichith, se rendent dans un camp proche de Raqqa où sont détenues les familles des jihadistes du groupe Etat islamique : des enfants et des femmes, comme Khadidja, une Tunisienne de 29 ans, qui a rejoint son mari en 2014, en Syrie. La jeune femme décrit « le cauchemar » qu’elle a vécu. « L’Etat islamique n’a rien à voir avec l’Islam », dit aujourd’hui Khadidja qui reconnaît avoir répondu à « l’appel » de l’organisation. « Les principales préoccupations de l’Etat islamique, c’était l’argent et le pouvoir. Et ils les obtenaient en terrorisant les gens. Cela n’avait rien à voir avec la religion », explique la jeune femme, au micro de RFI.

    Jihadistes

    Le devenir des jihadistes et de leurs familles est l’un des enjeux de «l’après EI» en Irak et en Syrie. Début décembre, le Ministre français des Affaires étrangères estimait qu’environ 500 ressortissants français se trouvaient encore en Syrie ou en Irak.

    Sans territoire, le groupe Etat islamique est privé des infrastructures et des ressources financières (les revenus du pétrole notamment) qui lui permettaient de revendiquer le terme « Etat » auquel il tenait tant. Cette base territoriale lui a aussi permis de préparer des attentats et, notamment, ceux de novembre 2015 à Paris.

    Après le recul enregistré par l’organisation jihadiste en 2017, « il lui reste le projet, l’idéologie et une partie des combattants », résume le chercheur et consultant Romain Caillet (1). « Le groupe Etat islamique avait anticipé la perte de son territoire », explique le chercheur qui décrit un mouvement qui, désormais, remplace al-Qaïda. Paradoxe : « au départ, quand de jeunes Français, Russes, Tunisiens ou Saoudiens sont partis en Syrie, l’Etat islamique était un groupe régional et al-Qaïda une organisation transnationale. A présent, les branches locales d’al-Qaïda se rapprochent de plus en plus de logiques nationales. Et l’Etat islamique prend sa place de groupe transnational engagé dans une guerre totale contre le monde entier », explique Romain Caillet.

    Calife

    On ne sait toujours pas ce qu’il est advenu du chef du groupe Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi qui, en juin 2014, avait proclamé le califat dans une mosquée de Mossoul. Sa mort a été annoncée, puis démentie, à plusieurs reprises, y compris par lui-même puisque, malgré la débâcle de son organisation, il a pu enregistrer et faire diffuser un enregistrement audio en septembre dernier.

    (1)      Romain Caillet et Pierre Puchot sont les auteurs de l’ouvrage Le combat vous a été prescrit. Une histoire du jihad en France, aux Editions Stock.

    ECOUTER : Quel avenir pour Daech?

    LIRE : Irak: Mossoul célèbre sa première messe de Noël depuis sa libération

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