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    Moyen-Orient

    Yémen: «l’un des pires endroits au monde pour un enfant»

    media Bombardement de la coalition sur Sanaa. REUTERS/Mohamed al-Sayaghi

    A l’heure actuelle, le Yémen est « l’un des pires endroits au monde pour un enfant », a résumé Geert Cappelaere, le directeur régional de l’Unicef pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord en préambule à la publication mi-janvier de chiffres dramatiques sur la guerre du Yémen. Après des décennies de conflit, le Yémen sinistré, qui connait depuis 2015 une aggravation des combats, est aujourd’hui ravagé par la guerre. D’après les Nations unies, un enfant y meurt toute les dix minutes des suites des combats, de maladie ou de malnutrition, faute bien souvent de soins, d’un système basique de santé. Les enfants sont victimes d’un pays divisé et sous-développé, qui compte parmi les plus pauvres du monde, et otages d’une guerre où l’aide peine à arriver. On estime que près de onze millions d’enfants ont besoin d’une assistance humanitaire d’urgence.

    On est loin des vergers florissant de cette Arabie heureuse que nous décrivent les vieux textes sur l’époque de la reine de Saba. Ce contrefort montagneux à la croisée des continents, qui distingue le Yémen du reste de la péninsule, fut pendant l’Antiquité le verger de la région qui fit la fortune de ses habitants.

    Mais depuis fort longtemps, se sont affrontés tribus, monarques et occupants dans une histoire complexe qui ont rendu la terre aride. Des décennies de conflits, de déclin économique, de sous-développement, de destruction des infrastructures et des services publics ont fait du Yémen le pays le plus pauvre du Moyen-Orient.

    De plus, le pays possède un des plus forts taux de fécondité au monde, sa population actuellement estimée à 30 millions de personnes double tous les vingt ans. Sanaa par exemple, se trouve à 2 300 mètres d’altitude et compte déjà 3 millions d’habitants sur des hautes terres très sollicitées, où les ressources en eau et en terres cultivables s’épuisent comme dans le reste du pays. Avant même l’évolution guerrière de 2015, l’avenir paraissait déjà sombre avant que la nuit ne tombe sur le Yémen.

    Ces trois dernières années furent des années de guerre

    Le Yémen a toujours eu une histoire différente des autres pays voisins. Le fait que son existence particulière soit citée dans des textes anciens et sacrés comme le Coran, que durant dix siècles de son histoire (jusqu’en 1962), l’ensemble ou des parties du Yémen ont été contrôlées par des dirigeants religieux et politiques zaydites (issu du chiisme) a développé chez beaucoup de Yéménites un sentiment d’appartenance à une entité spécifique, entourée de déserts et très différente de l’Arabie saoudite, pays avec lequel les relations ont été souvent conflictuelles.

    Durant le XXe siècle, le Yémen a été un grand pourvoyeur de main-d’œuvre en Arabie saoudite, et à la fin de la guerre du Golfe, dans les années 1990, près d’un million de ses travailleurs ont été brutalement expulsés et les Yéménites n’ont pas oublié cette histoire douloureuse.

    Le Yémen est majoritairement sunnite, mais connait une forte communauté chiite (40 % de la population) qui s’estimait, dans les années 2000, à l’écart de la vie politique et économique. Face à cette situation, les chiites commencent à s’opposer, par des manifestations, au pouvoir central qui réagit violemment en tuant de nombreux contestataires. Le meneur de la révolte, Hussein Badreddine al-Houthi, qui donne son nom aux rebelles « houthis », est tué en septembre 2004 par les autorités.

    A cette date, le conflit s’engage dans une escalade de violence et en cinq ans, gagne du terrain sur la frontière nord avec l’Arabie saoudite. L’armée saoudienne engage des combats et effectue ses premières frappes aériennes. L’Iran de son côté est soupçonné de participer au conflit en fournissant des armes aux rebelles.

    Dans la foulée des printemps arabes, le Yémen connait d’importantes manifestations, les Houthis se joignent aux étudiants et le président Ali Abdallah Saleh doit céder le pouvoir en 2012 au vice-président Abd-Rabbo Mansour Hadi dans le cadre d’un accord de transition qui sera confirmé par les urnes. Dès l’été 2014, les rebelles reprennent leurs offensives et prennent en septembre la capitale Sanaa et assiègent les grandes villes du Sud. Le gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi se réfugie à Riyad et contrôle avec l’aide de l’Arabie saoudite une partie du sud et de l’est du pays.

    Al-Qaïda profite de l’effondrement de l’Etat et de l’offensive saoudienne pour contrôler une partie du Sud. En 2015, l’ancien président Ali Abdallah Saleh rejoint les Houthis, reprend pendant deux ans le pouvoir et décide en décembre 2017 de se rapprocher des Saoudiens pour obtenir une levée du blocus à l’origine du désastre humanitaire que subit son peuple. Son revirement est considéré comme une trahison et il est assassiné. Depuis, les combats et les bombardements se sont intensifiés et le blocus a repris la population en otage.

    10 000 morts et près de 3 millions de déplacés

    La guerre qui a fait plus de 10 000 morts et près de 3 millions de déplacés ne se préoccupe pas de son impact sur les civils, victimes directes des combats et des bombardements (plus de 30 000 épisodes de bombardement à ce jour), ni des conséquences indirectes de la guerre (maladies, manques de soins, malnutrition…). La majorité des hôpitaux ne fonctionne plus.

    Exaspérée par des tirs de missiles visant la capitale saoudienne, à partir de territoires tenus par les Houthis, l’Arabie saoudite a resserré son embargo sur les ports yéménites, empêchant tout approvisionnement vital (énergie, nourriture, eau, médicaments…). Par exemple, sans énergie aucune pompes de filtrage pour l'eau ne peut fonctionner et cela entraine des pénuries d’eau potable et une épidémie de choléra qui a déjà touché plus d’un million de personnes. Sans oublier les pénuries intentionnelles organisées par certains dans ce contexte pour faire plus de profits ou pour exercer une pression sur l’Iran. Les ports du Yémen, de par leur position sur le détroit de Bab el-Mandeb en mer Rouge, ont aussi une importance stratégique pour le trafic pétrolier à destination du canal de Suez.

    La Banque centrale du Yémen a déménagé à Aden et les fonctionnaires ne touchent plus leur salaire depuis 2016. Plus rien ne fonctionne, les gens n’ont plus d’argent, l’aide peine à arriver, les terres sont arides et de toute façon incultivables à cause des combats, et la famine menace. Actuellement, 18 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire (taux de malnutrition le plus élevé au monde).

    Un enfant meurt toutes les dix minutes

    Le prix le plus lourd, ce sont les enfants du Yémen qui le payent. L’Unicef estime qu’un enfant meurt toutes les dix minutes. 1,8 million d’enfants souffrent de malnutrition aigüe, et près de 400 000 sont atteints de malnutrition sévère et luttent pour survivre. 250 000 enfants de moins de cinq ans souffrent de diarrhées et de choléra (plus d’un million de personnes sont touchées). Plus de la moitié des enfants n’ont pas accès à l’eau potable ou aux produits d’assainissements adéquats et tombent malades.

    L’Unicef qui est présent sur tout le territoire arrive à faire rentrer des provisions et des équipements humanitaires mais ne peut pas, même avec tous les autres acteurs, faire face à l’ensemble des besoins de la population. En novembre 2017, l’Unicef est parvenu à acheminer des vaccins sur place mais la situation est catastrophique, quasiment chaque enfant du pays a besoin d’une assistance humanitaire de toute urgence.

    Les enfants soldats, une génération exposée à la violence extrême

    De plus, près de 300 écoles ont été soit détruites, soit occupées par des parties au conflit ou par des familles déplacées qui ont besoin d’abri. 2 millions d’enfants ne sont pas scolarisés et certains rejoignent les combattants. Comme l’explique Tamara Climane, du bureau de l’Unicef à Amman, c’est actuellement un problème extrêmement présent au Yémen. « Les familles perdent leurs moyens de subsistance, parfois les hommes partent à la guerre et sont tués, ou encore, les gens sont victimes de bombardements ou d’attaques, qui fauchent les personnes qui sont à même de subvenir aux besoins des familles. Cette situation pousse souvent les familles à devoir utiliser les enfants pour pouvoir survivre. Et par là, j’entends notamment le recrutement d’enfants dans les combats. Depuis mars 2015, nous avons pu documenter plus de 2 360 cas de recrutements de garçons. Ce chiffre comprend uniquement les cas que les Nations unies ont pu vérifier et documenter, sachant que nous appliquons une procédure très rigoureuse. Donc le chiffre réel est largement supérieur, et on remarque que les enfants sont recrutés à un âge de plus en plus jeune. Ils sont de plus en plus présents directement sur le front, dans des rôles de combattants et moins dans des rôles de soutien, d’aides de camp, etc. Ils sont sur les lignes de front et évidemment cela les expose bien plus aux violences et beaucoup meurent… »

    Chez les filles, l’Unicef a observé une très forte augmentation des mariages précoces et presque trois quarts d’entre elles sont mariées avant l’âge de 18 ans, souligne Tamara Climane. « C’est une manière pour les familles, paradoxalement, de les protéger. Ce sont des familles qui vivent dans des situations extrêmement précaires et qui sont exposées aux violences. C’est, soit une manière de "protéger l’honneur", parce que ces familles vivent dans des situations où les filles sont peut-être très exposées aux violences, notamment aux violences sexuelles, mais aussi, pour avoir une bouche en moins à nourrir. Donc on voit qu’au fur et à mesure que le conflit dure, les ressources des familles s’amenuisent et cela les pousse dans des schémas extrêmement néfastes pour les enfants, juste pour pouvoir survivre. »

    « Une génération entière d’enfants au Yémen grandit en ne connaissant que la violence. Ils souffrent des conséquences dévastatrices d’une guerre qu’ils n’ont pas choisie », s’indigne Meritxell Relano de l’Unicef. « La malnutrition et les maladies ne cessent de croître au moment où les services de base s’effondrent. Celles et ceux qui survivent garderont les séquelles physiques et psychologiques de ce conflit pour le restant de leur vie. » Selon l’Unicef, actuellement au Yémen, 11 millions d’enfants ont besoin d’une assistance humanitaire d’urgence.

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